L'iPhone bien sûr, mais aussi la Magic Mouse : le meilleur et le pire du design d'Apple pendant l'ère Jony Ive

High-tech

TOP/FLOP - Jony Ive, le designer emblématique d'Apple depuis la fin des années 90, vient d'annoncer qu'il allait quitter l'entreprise. Pendant plus de vingt ans, "Sir Jony" a tout créé, de l'iMac jusqu'au nouveau campus d'Apple, des produits icôniques, parfois indémodables, mais aussi quelques petits accidents de parcours, qui en disent parfois long sur sa conception même du design.

Les designers-stars œuvrent le plus souvent dans l'ombre pour laisser la lumière à leurs créations. Rares sont ceux dont le nom devient comme une marque, même s'il y a des exceptions. En France, Raymond Loewy ou Philippe Starck sont de ceux-là. Mais le parcours de Jony Ive chez Apple restera unique, tant son nom est désormais attaché à la marque, à une époque de l'histoire d'Apple -celle de la renaissance, du retour de Steve Jobs et d'un ahurissant enchaînement de succès. Des machines, et autant de designs qui ont chacun à leur tour révolutionné un marché.

iMac. iPod. iPhone. iPad. Comme le disait Steve Jobs sur scène, avoir eu sa part de la création d'un seul de ces produits était déjà une chance. Avoir été à l'origine de chacun d'entre eux est exceptionnel. Dans chacun, on trouve le côté obsessionnel tant du designer que de Jobs lui-même, une course à la simplicité et à l'épuration. Pas de lecteur de disquette dans l'iMac, disparition de la prise jack depuis l'iPhone 7, les exemples sont nombreux. Pourtant, sur le chemin, certains choix de design ont surpris, certains autres n'ont pas trouvé le succès, même si tous racontaient une histoire.

Pour le meilleur

2007 - L'iPhone

Il n'était ni le premier smartphone, ni le premier à interface entièrement tactile, il n'était d'ailleurs même pas 3G. Mais peu importe, l'iPhone a défini le genre, durablement, mettant la barre très haut en terme d'ergonomie grâce à l'intégration du logiciel et du matériel. De quoi faire oublier qu'un autre projet chez Apple voulait faire de l'iPod (et sa roue tactile) un téléphone mobile. Plus de clavier physique, un écran géant pour l'époque, un système dérivé de celui du Mac, mais avec une interface pensée pour le pouce : l'iPhone premier du nom est à marquer d'une pierre blanche dans l'histoire du design industriel. Comme une nouveauté qui aurait d'un claquement de doigts fait table rase de tout l'existant. Un projet qui sera aussi l'un des derniers sur lequel Apple a réussi à garder le secret jusqu'au bout.

2008 - Le Macbook Air

Après des années 2000 marquées par une course au prix et à la puissance, Apple invente une nouvelle gamme, entre ses Macbook et ses Macbook Pro. Ce sera le Macbook Air, dévoilé sur scène par un Steve Jobs qui le sort d'une enveloppe. Là où ses concurrents dans le monde PC se battent sur le marché des netbooks, des machines pas chères, petites, mais terriblement peu puissantes, Apple choisit d'affiner le design au maximum dans une machine sans trop de compromis et avec une connectique assez complète. Un pas en avant magistral, sur un marché où toutes les machines se ressemblaient alors un peu, et l'une des plus belles réussites de l'époque du tandem Jobs/Ive.

2017 - Apple Park

Si Jony Ive et Steve Jobs étaient comme Paul McCartney et John Lennon, alors le nouveau campus d'Apple est leur Sergeant Pepper ou leur White Album. Une oeuvre unique, définitive, un panthéon à leurs obsessions communes et un monument -fait pour durer- à la gloire de l'ethos du design d'Apple. C'est aussi leur dernier projet commun, celui qui fait la liaison entre l'Apple, époque Steve Jobs, et celui d'après. Jobs tenait terriblement à cet Apple Park. Son audition devant le conseil municipal de Cupertino, où il venait présenter et défendre le projet de nouveau campus, sera d'ailleurs sa dernière apparition publique, lui qui sait alors qu'il ne le verra pas sortir de terre. 

À Jony Ive la charge de prendre le relais et de réaliser la vision d'un bâtiment empli de références auto-centrées, comme cette boucle infinie, l'infinite loop qui reliait les bâtiments du campus précédent. On attend de pouvoir un jour le visiter en vrai, pour voir jusqu'à quel niveau de détail Ive et Jobs ont poussé la minutie de leur exigence commune.

... et pour le pire ?

2013 - Le Mac Pro

Un cas d'école, ou quand le design l'emporte sur l'usage et l'ergonomie, et quand le designer fait mine d'oublier comment sa création sera utilisée. Cela faisait longtemps que les professionnels (ceux qui ont besoin de puissance, de stockage, d'extensions possibles) attendaient une remise à plat du Mac Pro, qui jusque-là ressemblait à un PC format tour, en plus élégant. Ils seront servis, en 2013, avec cet ovni, une machine cylindrique, brillante, comme une machine de bureau, mais que l'on pourrait fièrement poser sur son bureau. 

Problème : là où les anciens modèles permettaient à loisir de rajouter des extensions, des disques durs..., ici, tout se passe à l'extérieur, avec certes une connectique riche (six ports Thunderbolt !) mais qui ruine un peu l'effet épuré si l'on y connecte trop de périphériques. En 2017, Apple a reconnu que ses choix de design n'étaient pas les bons. Et cette année, la marque a corrigé le tir... avec une machine en forme de tour, mais assez petite désormais pour être à son tour posée sur le bureau.

2009 - La Magic Mouse

Sur le papier, elle est magique, et totalement dans la ligne du design Apple de l'époque : plastique translucide, design épuré, accent sur la finesse. Techniquement aussi, elle impressionne : ici, il n'y a plus de boutons, le dessus de la souris est une surface tactile, multi-touch même. Rien à redire, sauf un détail qui tue : la souris est sans fil, il faut donc la recharger assez régulièrement. Or le port de recharge se trouve... sous la souris, inutilisable donc quand elle est connectée. Si le port de recharge s'était trouvé à l'avant, la souris sans fil serait devenue filaire le temps de la recharge. Mais les designers d'Apple -ou Steve Jobs lui-même ?- en ont décidé autrement. Un exemple de plus d'un design pas franchement centré sur l'utilisateur. Mais le débat n'est pas clos. Pour Jean-Louis Fréchin, grand designer français, "se plaindre de la recharge de la souris, c'est regarder le doigt plutôt que la lune, c'est mettre de côté toute l'intelligence de la conception qu'il y a derrière. Et puis, cette souris, elle se rechargeait très vite, en fait."

1997 - L'e-Mate

On l'oublie souvent, mais l'e-Mate est le premier produit de l'ère Ive chez Apple, avant même la naissance de l'iMac. Une curieuse machine, pensée pour le monde de l'éducation, comme un PC mais en moins cher, avec son écran monochrome et son système emprunté au Newton, la petite tablette tactile ingénieuse mais à la fois trop en avance et trop limitée pour trouver son public. L'écran est tactile, à condition d'utiliser le stylet, et la machine a un clavier complet. Pas un échec de design pour l'époque, mais un flop commercial, doté quand même d'une immense qualité : dessiner le chemin qui vient. Comme l'explique Jean-Louis Fréchin, "il donnait beaucoup de pistes pour l'avenir, sur la simplicité, un design plus malin et plus adapté à l'éducation que les PC portables des années 90". On y trouve aussi déjà le plastique translucide des futurs iMac. C'est également la seule fois de l'histoire où Apple a produit un ordinateur à écran tactile, fonction que le constructeur refuse toujours obstinément d'installer dans ses Macbook.

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