La gymnastique les teste déjà : impartiaux, les robots seront-ils de meilleurs arbitres que les hommes ?

La gymnastique les teste déjà : impartiaux, les robots seront-ils de meilleurs arbitres que les hommes ?
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MONDE DE DEMAIN - Un juge d’un nouveau genre, doté d’intelligence artificielle, a participé aux derniers mondiaux de gymnastique en octobre. 2.500 ans après son invention, cette discipline olympique vit sa première révolution technologique. Une expérimentation qui pourrait se concrétiser l'an prochain aux JO de Tokyo.

Accomplir un salto arrière et se réceptionner à la manière d'un humain, effectuer une roulade, avant d’enchaîner avec un poirier. Digne d'un gymnaste de bon niveau, cette prouesse, nécessitant agilité et équilibre, est désormais à la portée d'un humanoïde. Atlas, l’impressionnant robot-bipède de Boston Dynamics, en a récemment fait la démonstration. Petit à petit, nos alter ego faits de câbles et d'acier grignotent du terrain et acquièrent, avec l'aide de l'Homme, de plus en plus de compétences grâce aux progrès fulgurants de l'intelligence artificielle (IA). 

La participation d'Atlas aux prochains Jeux olympiques d'été à Tokyo au Japon, pays le plus "robot friendly" du monde, n'est cependant pas à l'ordre du jour. L'un de ses acolytes pourrait néanmoins lui couper l'herbe sous le pied en s'imposant plus vite que prévu hors des lignes du terrain. Au mois d'octobre, lors des mondiaux de Stuttgart, en Allemagne, une technologie d’un nouveau genre a en effet officiellement pris part à sa première compétition sportive internationale. Non pas en tant qu'athlète, mais comme arbitre ...aux côtés des juges.

En vidéo

VIDÉO - Quand le robot Atlas réalise un salto arrière

Un arbitre impartial, incorruptible et d’une précision hors pair

En apparence, cette machine dite "intelligente" n’a pourtant rien de futuriste, à la différence d'Atlas. Conçue au sein des laboratoires de l’entreprise japonaise Fujitsu, elle se compose d'une kyrielle d'écrans, sur lesquels défilent des silhouettes humaines. A Stuttgart, il s'agissait donc de celles des 547 gymnastes en lice qui effectuaient, l’un après l’autre, leurs figures imposées. Pendant ce temps-là, sur le praticable, des boîtiers équipés de capteurs laser tridimensionnel enregistraient en temps réel les performances de chacun des athlètes.

Et c'est là que la magie opère. "Un programme informatique reçoit en temps réel le flux de données et restitue la position du corps sous la forme d’un nuage de points", explique à LCI Takehiko Ishii, chef adjoint de la division du développement des activités sportives et culturelles chez Fujitsu. Fin observateur, rien n'échappe au dispositif. "De cette manière, il devient possible d’effectuer des analyses beaucoup plus fines, à 360 degrés autour de la cible, via un logiciel informatique, ce qui était difficile à obtenir avec des images provenant de caméras ordinaires". 

Membre de l'équipe de France de gymnastique, le champion lyonnais Cyril Tommasone figurait parmi les athlètes dont les performances ont été jaugées par cette machine. Le déploiement de ce type de technologie, à l'entendre, ne peut être qu'une bonne chose pour son sport. Il explique : "Régulièrement, les décisions des juges font l'objet de controverses, notamment du fait que les écarts sont souvent minimes, de l'ordre du centimètre. Forcément, il y a une part de subjectivité. Or, grâce à cette technologie, il n'y aura plus de contestation possible." De leur côté, les athlètes vont devoir redoubler d'effort. "Cela va pousser à encore plus d'exigence. Et le système mis au point par Fujitsu va justement pouvoir nous servir de partenaire d'entraînement pour s'approcher le plus possible de la perfection absolue", plaide Cyril Tommasone, qui s'est qualifié pour le s JO de Tokyo.

En effet, jusqu’à présent, les sportifs tentaient d’exploiter au maximum leur talent en redoublant d’efforts à l’entraînement, en s’entourant du meilleur entraîneur possible, en adaptant leur alimentation ou, pour une très faible partie, en profitant de leur don. Mais ça, c’était avant l’essor de l’intelligence artificielle, devenue le meilleur allié des athlètes, amateurs ou professionnels. "Les technologies d'IA permettent aux athlètes d’optimiser leurs performances à partir de l’analyse d’une multitude de données. Même marginal, ce gain peut parfois valoir beaucoup sur le résultat final", estime Arthur Leroy, doctorant à l'Institut National du Sport, de l'Expertise et de la Performance (Insep), qui travaille justement sur les algorithmes de machine learning afin de détecter les sportifs à haut potentiel. 

La machine peut évaluer certains aspects mieux que les humains, mais l'inverse est vrai aussi- Pascal Mérieux, juge intercontinental à la FFG

Pour l'instant, le recours à ce système d'aide au jugement est autorisé dans seulement deux cas de figure : une contestation ou lorsque l'écart entre les notes est trop grand.  Pour Fujitsu, cette technologie n'a pas pour vocation, à terme, de remplacer les juges humains, mais plutôt de les responsabiliser. 

Pascal Mérieux, juge intercontinental au sein de la Fédération française de gymnastique (FFG), ne redoute pas outre-mesure l'arrivée de l'intelligence artificielle dans le monde de la gymnastique. Selon lui, l'humain conservera notamment la main-mise dans l'évaluation de certains critères. "L'aspect artistique et l'émotion sont des notions qu'une machine est incapable de percevoir, avance-t-il. Certes, elle peut évaluer certains aspects mieux que les humains. Mais l'inverse est vrai aussi. Chacun conserve donc son rôle."

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Lors de la conférence de presse d'ouverture du championnat du monde, le président de la Fédération internationale de gymnastique (FIG) n'a pas caché son enthousiasme, saluant la présence du 3D Sensing/AI Technology comme "le début d'une nouvelle ère" dans l'histoire de ce sport olympique vieux de 2.500 ans. "Des discussions sont en cours avec le Comité international olympique pour savoir si cette technologie sera utilisée à Tokyo l'an prochain", confirme le porte-parole de Fujitsu.

La firme nippone imagine surtout déjà des applications dans d'autres disciplines où des figures sont également imposées, comme le plongeon, le skateboard (discipline qui sera présente pour la première fois au JO l'année prochaine) ou encore le patinage artistique. Pourquoi pas à Paris en 2024 ?

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