La tech au bord de la pénurie ? Des smartphones aux écrans TV, 5 questions sur l'impact du coronavirus

Des salariés de l'usine Oppo en Chine
High-tech

AU RALENTI - Un mois et demi après le déclenchement de l'épidémie de coronavirus, la planète tech continue de tousser. Usines à l'arrêt, stocks qui fondent, composants qui manquent... les ténors font grise mine et anticipent le pire. Mais qu'en est-il véritablement ? Se dirige-t-on vers une pénurie de produits high-tech ? Pas forcément...

Se dirige-t-on tout droit vers une pénurie de matériels high-tech ? Possiblement. Secteur plus mondialisé que jamais, les produits technologiques sont tout particulièrement affectés par le ralentissement des usines chinoises en raison de l’épidémie de coronavirus. Fabrication, assemblage, expédition : quand la Chine est à l’arrêt, c’est toute la planète 3.0 qui retient son souffle connecté.

Fermées depuis la fin janvier, en raison des vacances du Nouvel An asiatique puis du coronavirus, les usines chinoises ont donc accumulé beaucoup de retard de production, repartie en douceur à la mi-février pour les plus chanceuses d’entre elles. Foxconn, plus grand employeur privé de la région de Zhengzhou, très touchée, a par exemple dû longuement placer ses ouvriers en quarantaine, portant ainsi un coup à toutes les marques qui font appel à ses services pour assembler leurs produits. Des grands sous-traitants comme BOE et TSMC ont de leur côté rapidement fait part leurs inquiétudes quant à la pénurie de composants qui auraient des conséquences sur l'ensemble de la chaîne logistique.

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Lundi, l’analyste Ming-Chi Kuo a annoncé que la production des iPhone serait fortement ralentie en raison de la longue mise à l’arrêt de l’usine d’assemblage de Foxconn –qui ne redémarrera pas à 100% avant la fin mars-, mais aussi des difficultés de livraisons des optiques des modules d’appareils photo de Genius Electronic Optical. Selon le célèbre analyste de TF Securities, Apple disposerait d’un mois d’inventaire pour fabriquer ses futurs iPhone, ceux attendus à la rentrée, mais aussi le probable iPhone 9/SE 2. Selon la rumeur, celui-ci devrait être dévoilé à la fin du mois. 

Plus globalement, de la fabrication d’écrans aux composants, en passant par l'assemblage et l'expédition, tout se joue en Chine. Avec le ralentissement sur les chaînes de production, les stocks des marques vont fondre progressivement. Et avec le manque de composants fabriqués, il n’y aura également plus grand-chose à assembler dans les usines. Une spirale négative qui ne devrait pas se terminer tout de suite. Il est à prévoir que des lancements de produit soient décalés, faute de stocks pour les ventes. Pour rappel, si Huawei a prévu une annonce pour la fin mars, d'autres marques ont déjà commencé à repousser les leurs.

Cela aura-t-il des impacts économiques ?

De nombreuses entreprises ayant délocalisé la majeure partie de leur production en Chine, les dommages collatéraux du coronavirus sont nombreux. Si fin février, Tim Cook, le patron d’Apple, avait évoqué une situation "temporaire" n’affectant pas son entreprise sur le long terme, il avait néanmoins prévenu ses actionnaires que les résultats pourraient être en deçà des prévisions. Une annonce qui a fait chuter le cours de l’action en bourse. Même situation de crise chez Microsoft qui a également averti fin février d’une baisse probable des ventes d’ordinateurs Surface ou de logiciels Windows. A plus long terme, e manque de certains composants pourrait entraîner la hausse du prix de certains appareils.

Mais tous s’accordent à dire que l’évolution du virus et sa propagation restant imprévisibles, il est difficile d’anticiper et donc d’envisager un rapatriement de production. De plus, les usines se remettent doucement en route en Chine, mais sont encore loin de tourner à plein régime.

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Faut-il alors privilégier un smartphone chinois ?

Pas forcément. Les usines sont fermées et le personnel aux abonnés absents pour tout le monde. Or sur les six principaux fabricants de smartphones au monde, quatre sont Chinois et loin d’être épargnés. Huawei et sa filiale Honor devaient déjà essuyer les conséquences de l’embargo américain. Même si le numéro deux mondial du smartphone a remis ses usines en marche rapidement, ce nouveau coup dur vient mettre à mal toute sa production. Car à la baisse des achats, s’ajoute désormais la pénurie de composants pour fabriquer ses modèles. De leur côté, Oppo et Vivo envisagent des baisses de vente de l’ordre  14 à 15%. Xiaomi, 4e fabricant mondial, a annoncé que sa production était aussi affectée, mais dans une moindre mesure par rapport à ses compatriotes (-10%). Un chiffre qui a contraint la firme à suspendre ses activités de R&D en février, provoquant des retards à la chaîne.

Samsung semble être celui qui s’en sort le mieux. Le Sud-coréen ne comptait que deux usines en Chine qui ont été fermées et la majeure partie de sa production s'effectue désormais sur son propre territoire. Mais surtout, Samsung peut compter sur ses propres fournitures (mémoire, écran, processeur, etc.) pour fabriquer ses produits et limiter ses dépendances.

Les smartphones sont-ils les seuls produits touchés ?

Selon le cabinet d'études TrendForce, le coronavirus devrait faire chuter la production de smartphones de 12% en ce premier trimestre 2020 par rapport au premier trimestre 2019, son plus bas niveau en cinq ans avec seulement 275 millions d’unités prévues. Le cabinet IDC prévoit pour sa part une baisse de 2,3% du marché pour l'ensemble de 2020. 

Mais la téléphonie n’est pas la seule touchée. Selon les prévisions de TrendForce, les montres connectées devraient voir leurs prévisions d’expédition à la baisse (-16%), tout comme les enceintes intelligentes (-12%) et les ordinateurs portables (-12%). Cela s’explique notamment par le fait que certains de ces produits sont assemblés dans les provinces les plus touchées et où la main d'oeuvre vient donc à manquer (Guangdong, Jiangsu et Zhejiang pour les montres ; Shanghai, Jiangzhe Chongqing pour les enceintes).

Reparti à la hausse en 2019, le marché des PC s’attend quant à lui à une baisse avant un sursaut au 3e trimestre. Année phare dans le secteur du jeu vidéo, 2020 doit voir débarquer en fin d'année des consoles PlayStation (Sony) et Xbox (Microsoft) de nouvelle génération. Elles sont actuellement à l’usine, majoritairement, voire quasi exclusivement, en Chine. En attendant d'en savoir plus, Nintendo a déjà annoncé que le coronavirus avait un impact sur la production de sa console hybride Switch et de son futur jeu "Animal Crossing : New Horizon" (accompagné d’une console customisée).

En revanche, les écrans de TV comme d’ordinateur semblent bien s’en tirer, à en croire les chiffres de TrendForce (-4,5 et -5,2% respectivement).

Est-on assuré de recevoir les produits commandés ?

Les fabricants et revendeurs disposent encore de stocks. Les produits technologiques n’étant pas de première nécessité, il n’y a pas de raison qu’il y ait une pénurie immédiate. C’est sur le long terme que les délais de livraison devraient s’allonger. La faute aussi aux ports asiatiques fermés au commerce et des bateaux qui restent à quai avec leurs marchandises.

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