La WWDC 2018 dans les pas d'un jeune développeur français

High-tech

PORTRAIT – Ils sont quelque 6.000 développeurs à arpenter les rues de San Jose durant la WWDC, l'événement annuel que leur dédie Apple. Parmi eux, Léo Vallet a un parcours un peu atypique. Encore étudiant, ce passionné d'Apple a réussi à décrocher une bourse pour être là. Une occasion unique selon lui d'apprendre plus vite et de promouvoir son projet basé sur l'accessibilité.

San Jose, Californie. Une ville à deux pas de la baie de San Francisco et du cœur technologique du monde, la Silicon Valley. Une paisible cité californienne qui vit surtout au rythme des conventions, des quelques musées qui attirent les touristes de passage entre SF et Los Angeles, et demeure bien tranquille entre deux matches des Sharks, l'équipe locale de NFL, le championnat professionnel de hockey sur glace. C'est pourtant là que Facebook comme Apple viennent poser leurs valises et attirent dans leur sillage des milliers de développeurs avides de nouveautés.

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Pour la deuxième année consécutive, la marque à la pomme truste le McEnery Convention Center pour quatre jours de conférences, ateliers et sessions d'échange entre des ingénieurs maison et des développeurs venus du monde entier à l'occasion de la WWDC. Ils n'étaient pas moins de 6000 à se presser dans la grande salle, lundi 4 juin, pour la keynote d'introduction qui dévoilait les futurs chantiers technologiques sur lesquels tout ce petit monde pourrait très vite se pencher afin de créer les outils, les applis et autres futures innovations de vos iPhone, iPad, MacBook ou encore Apple Watch. Parmi eux, un jeune Français venu de bien loin.

Léo Vallet a 21 ans et un parcours déjà atypique. "C'est la seconde année où je viens. C'est toujours un peu dingue", nous confie-t-il, enthousiaste comme un môme de participer à la fête. Cet étudiant en 4e année à Epitech Lyon a décroché une bourse chez Apple pour être là. "Ça reste cher quand tu es encore étudiant. Là, Apple aide aussi pour les frais de voyage, ce n'est pas négligeable." Il faut dire qu'il est actuellement en stage en Chine pour un an avant de revenir en France l'été prochain pour finir ses études et espérer intégrer une grande entreprise afin d'enrichir son expérience. Les quelque 1600 dollars d'inscription (environ 1370 euros), même pour le "passionné d'Apple" qu'il est, c'est encore bien trop onéreux. 

Un projet sur l'accessibilité comme ticket d'entrée

Pour le moment, Léo se trouve plutôt chanceux. L'an dernier, il avait déjà présenté un projet de jeu sur iPhone, réalisé avec Swift Playground, l'outil d'apprentissage facilité du code informatique conçu par la firme californienne, et il avait déjà pu faire partie des 350 "Apple Scholars" invités à la WWDC. Rebelote cette année, mais avec un concept autour de l'accessibilité. "Je veux permettre à des personnes handicapées de connaître l'accessibilité d'un bâtiment en un clic. Ce serait une appli communautaire avec une dimension gamification : les gens renseigneraient les informations sur des bâtiments publics et seraient récompensés pour cela. Je rêve de pouvoir créer un 'AccessibilityKit' (une plateforme pour créer des applis autour du sujet, ndlr) pour que d'autres développeurs y contribuent", explique Léo Vallet. 

C'est en voyant que les bâtiments de son campus en Chine étaient difficilement accessibles que son idée lui est venue. "Le handicap est un véritable sujet tabou en Chine. On ne voit personne en fauteuil dans la rue, alors qu'on sait qu'il y en a", souligne-t-il. Il conçoit alors son projet en 15 jours afin de le rendre dans les temps et espérer être retenu. Avec une contrainte : il ne serait pas là pour le défendre devant le jury. "Celui-ci devait être immédiatement compréhensible, utilisable sans connexion ni localisation", se rappelle le jeune Français, qui voulait initialement qu'il se base sur la géolocalisation en temps réel. "J'ai rajouté de la réalité augmentée pour un effet un peu waouh, mais ce n'est pas l'objectif." Ainsi, sa démo comprenait une représentation de l'Apple Park, "avec des bâtiments dont j'avais pu récupérer les données et qui sont une réplique exacte de tous les éléments. D'autres comme le bâtiment central ovale pour lequel j'ai dû extrapoler un peu..."

Cela a néanmoins suffi pour lui offrir une nouvelle virée à San Jose. "J'ai monté ma première startup à 19 ans avec des amis. On avait créé Owl, une appli pour trouver des événements autour de soi. Mais on n'a pas vraiment géré cela correctement", reconnaît-il. Alors, au fil de ses stages, celui qui se rêvait plutôt architecte petit, enchaîne les créations d'application mobile. Il en totalise près d'une quinzaine depuis le lycée. "Ça m'a servi d'expérience et maintenant, je veux travailler sur mes propres projets pour savoir tout gérer, la communication ou le marketing", avance Léo. C'est aussi ça qu'il vient chercher à la WWDC.

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"Intensif et passionnant"

Après avoir eu le droit à une visite et une journée d'orientation dans l'Apple Park en présence des autres "boursiers" 2018, il arpente les couloirs du Convention Center à la rencontre d'autres développeurs, d'ingénieurs pouvant lui donner des conseils et des explications sur les nouveautés. "Ce que j'espère de la WWDC, c'est avant tout beaucoup de networking (se faire des relations, ndlr)", admet-il. "C'est l'occasion d'échanger, d'en apprendre davantage sur les interfaces." Pour cela, il sait qu'il profitera bien mieux de cette deuxième venue que de la première. "L'an dernier, j'avais été très intimidé. J'ai fait beaucoup de sessions, d'ateliers. Cette fois, je veux apprendre et échanger, prendre des avis, montrer mon projet, le faire grandir et discuter sur l'accessibilité."

De sa première journée, il retiendra évidemment l'impressionnante keynote de Tim Cook et les siens. "C'est plus un événement pour les utilisateurs et acheteurs de produits que réellement pour les développeurs", glisse-t-il dans un sourire. "Nous, on a la conférence 'State of the Union' l'après-midi qui est un peu plus technique et pointue, autour des nouveautés et des nouveaux outils." S'il vient, c'est évidemment pour apprendre les derniers usages et enrichir ses connaissances. Même s'il reconnaît que, pour un jeune étudiant comme lui, l'arrivée d'un nouvel iOS chaque année n'est pas toujours facile à suivre. "Je suis déjà auto-entrepreneur, mais pas à 100% car je reste encore étudiant. Je n'ai pas forcément autant de temps pour développer pleinement mes projets et donc travailler à l'intégration des nouveautés aussi rapidement." Le déplacement vaut-il le coup si on n'est pas encore pleinement dans la vie active ? Assurément, clame Léo qui a déjà chargé la version beta d'iOS 12 pour réfléchir à ses prochains usages. "Etre ici, c'est une opportunité incroyable. J'ai l'occasion de nouer des liens avec d'autres développeurs d'autres pays. On est quand même 44 nationalités différentes parmi les "Scholars". On apprend plus vite, on assimile plus vite. C'est une semaine intensive et passionnante. Très intensive surtout !"

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