Le marché des drones de loisirs victime d'un sérieux trou d'air

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TURBULENCES - Après des années de hausse constante, les ventes mondiales de drones de loisirs ont décroché en 2018. Pour des constructeurs comme le Français Parrot, l'atterrissage surprise est plutôt brutal.

Pour les amateurs de drones, et pour tous ceux qui en ont fait leur métier, la douche est glaciale. Après huit ans de hausse, le marché du drone grand public "traverse une crise de croissance", comme l'explique le communiqué de Parrot, le Français qui a presque inventé le secteur. Sur le troisième trimestre 2018, les ventes ont ainsi plongé de près de 20%, deux fois plus même pour les engins vendus entre 500 et 800 euros. Pas de chance pour un Parrot qui avait justement lancé à l'été Anafi, son nouveau modèle tête de gondole, pile dans cette fourchette de prix.


Si les chiffres sont clairs, le diagnostic l'est moins. Difficile de mettre le doigt sur les raisons d'une pause brutale dans la croissance des ventes. Peut-être a-t-on fait preuve d'un peu trop d'enthousiasme pour des machines qui concentrent certes le meilleur des innovations du moment -capteurs, batteries, pilotage automatique, capteurs photo, communication sans fil, traitement d'image..., la liste est longue- mais qui ne sont pas pour autant un outil du quotidien pour le grand public. Le drone mis sous le sapin souffre souvent de "l'effet raclette" : beaucoup d'envie les premiers temps, mais pas assez pour l'utiliser plus de quelques fois dans l'année. Et pour des machines dont les meilleurs modèles grand public vont de 500 à 1.000 euros, l'équation n'y est pas vraiment. 

Les signes annonciateurs de la crise étaient pourtant déjà là depuis quelque temps : au début de l'année, GoPro avait ainsi jeté l'éponge. Pas facile il est vrai de vivre sous l'ombre du géant chinois DJI, qui représenterait aujourd'hui 70% du marché grand public, mais ne publie pas ses chiffres de ventes.


Seule éclaircie dans un paysage bien gris : les usages professionnels, eux, explosent. Au-delà des machines pensées spécialement pour l'inspection des installations industrielles, pour les usages militaires, pour la surveillance des cultures agricoles, il y a tous les usages professionnels de machines grand public. Dans la police, chez les pompiers, on part souvent en intervention avec son drone, pour arriver à prendre de la hauteur sur un incendie ou un accident. Nombre d'agents immobiliers ont aussi un drone replié dans leur sacoche au moment de prendre des clichés d'une maison à vendre. Ces usages-là sont récurrents, et en hausse constante.

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Anafi, un drone "made in France"

Quand la chute libre de Parrot donne des idées à son fondateur

Si les ventes ont souffert, le cours de bourse de Parrot s'est lui totalement effondré, perdant la moitié de sa valeur le jour où l'entreprise publiait ses comptes vendredi dernier, pour 80% de baisse au total depuis le début de l'année. Au cours du jour, la société ne vaudrait aujourd'hui plus qu'une cinquantaine de millions d'euros. De quoi pousser Henri Seydoux, qui a fondé Parrot il y a 25 ans, à reprendre le contrôle de l'entreprise, en lançant une OPA sur sa propre société pour la sortir de la volatilité boursière, à l'image de ce qu'un Elon Musk avait voulu faire pour Tesla il y a quelques mois, sans succès.


Parrot, qui emploie 600 personnes environ, va en licencier une centaine, et s'attend encore à une année 2019 difficile.  Mais pas au point de jeter l'éponge. Au contraire, Henri Seydoux dit aujourd'hui vouloir faire de la société un pure player du drone.

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