Malgré la pression de Washington, Apple refuse de déverrouiller l’iPhone du tireur de Pensacola

William Barr demande à Apple d'aider la justice à déverrouiller les iPhone du tireur de Pensacola

NO MEANS NO - Apple en fait une affaire de principe : il n’affaiblira pas la sécurité de ses appareils pour les rendre exploitables par la justice. Une affaire qui fait écho à un débat qui dure depuis cinq ans.

L’affaire a un comme un petit goût de déjà-vu, et pour cause. Dans une réédition du bras de fer qui en 2015 l’avait opposé à l’administration Obama dans des conditions similaires, Apple vient d’opposer un refus poli mais déterminé à l’administration Trump. La firme de Cupertino se refuse à essayer de déverrouiller les deux iPhones de Mohammed Alshamrani, ce Saoudien qui début décembre avait abattu trois marins dans le camp militaire de Pensacola en Floride.

A l’époque d'Obama, c’était la tuerie de San Bernardino qui avait mis face à face l’Attorney General et Tim Cook, déjà à la tête d’Apple. Pour le ministère de la justice, c’était à Apple de tout faire pour permettre aux enquêteurs d’accéder aux données des iPhone des assassins. Bis repetita cette semaine, quand William Barr, le ministre de la justice de l’administration Trump, s’est plaint publiquement qu’Apple ne collabore pas mieux avec ses services.

Pour Apple, le casse-tête de la “porte dérobée”

En réponse, Apple a envoyé à la presse un communiqué détaillant sa position : “Nous avons répondu promptement à chaque requête, en partageant nos informations avec le FBI (...) Cela a représenté plusieurs giga-octets d’informations que nous avons fournies aux enquêteurs. A chaque fois, nous avons répondu avec toutes les données dont nous disposions.”

Là où s’arrête la collaboration d’Apple, c’est quand il s’agit de contourner la sécurité de ses smartphones pour permettre aux enquêteurs d’en explorer le contenu. A Pensacola, le tireur avait laissé derrière lui deux iPhone, et avait même tenté de détruire l’un des deux. Pour les enquêteurs, ce pourrait être le signe qu’il contiendrait des messages qui permettraient de prouver des complicités et une entreprise terroriste.

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A Cupertino, la requête de Washington met l’entreprise dans une position intenable, et face à un choix qui n’en est pas un. Soit Apple refuse, et peut se voir accusé d’être du côté des terroristes, soit il collabore, et doit trouver le moyen de contrecarrer ses propres systèmes de sécurité, ce qui enfoncerait un coin dans l’image de ses produits. Depuis longtemps, services de police et législateurs de nombre de pays demandent à Apple - et aux autres fabricants de smartphones - de ménager dans leurs systèmes une porte d’entrée réservée à la justice, que ce soit dans iOS, ou dans sa messagerie instantanée.

C’est sur ce point que la doctrine Apple ne bouge pas d’un iota. “Une porte dérobée pour “les gentils”, çà n’existe pas.”, explique le communiqué. “De telles portes dérobées peuvent aussi être exploitées par ceux qui menacent notre sécurité nationale et la sécurité des données de nos clients.” En creux, l’existence même d’un tel dispositif ouvrirait la porte à des abus de la part de régimes autoritaires, et deviendrait un Saint-Graal pour tous les cybercriminels de la planète.

Volontarisme et pensée magique

Pourtant, ce message a du mal à passer. Aux Etats-Unis et ailleurs, administrations et législateurs réclament souvent un moyen simple de passer outre le verrouillage des smartphones, et le chiffrement des messages sur WhatsApp, Telegram, ou le Messages d’Apple. Chez nous, pendant la dernière campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait un temps porté un message similaire. Pour ce qui est des messageries chiffrées, l’équation est pourtant simple : s’il existe un moyen de déchiffrer leurs messages, alors elle ne peuvent plus en garantir la confidentialité. Le seul moyen d’appliquer ce genre de règle à coup sûr serait d’interdire partout l’usage de messageries dont la justice ne détiendrait pas les clés. Ceux qui auraient des choses à cacher pourront alors se tourner vers d’autres applications. De ce fait, les requêtes venant du monde politique tiennent parfois de la pensée magique, quand elles veulent s’appliquer à des systèmes où aucune porte dérobée n’a été prévue. Palme du genre pour Malcolm Turnbull, le premier ministre australien, qui déclarait en 2017 : “Les lois mathématiques sont formidables, mais la seule loi qui s’applique ici, c’est la loi australienne.”

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