EnjoyPhoenix et la loi contre la haine en ligne : "Je doute qu'une amende puisse dissuader quelqu'un"

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INTERVIEW - Alors que la Loi Avia sur la haine en ligne doit être votée à l’Assemblée nationale ce mardi, les Youtubeurs les plus connus sont concernés au premier rang par les éventuelles futures mesures. Marie Lopez, plus connue sous le pseudonyme d’EnjoyPhoenix, estime cependant que cela ne sera pas forcément suffisant pour faire stopper le cyber-harcèlement.

"J’ai quitté un harcèlement pour un autre, mais je ne le savais pas encore." Les pieds bien sur terre, comme blindée par la vie et les milliers de commentaires haineux ou injurieux reçus, voire les menaces subies par le passé, Marie Lopez, alias EnjoyPhoenix, évoque sans détour son quotidien sur internet. Du haut de ses plus de 3,5 millions d’abonnés sur YouTube, elle sait qu’elle est exposée plus que de raison. Et que le revers de la médaille de la popularité, c’est aussi la haine souvent gratuite qu’elle engendre.


Si EnjoyPhoenix a décidé de se lancer sur la plateforme de partage de vidéos, c'était justement parce que Marie Lopez était victime de harcèlement au collège. "J’ai commencé sur YouTube à 16 ans car je n’avais aucun ami", explique à LCI la jeune femme, âgée aujourd’hui de 24 ans. "Cela m'a permis de m’exprimer et de me faire des amis." Et aussi de se libérer. "J’ai appris à parler de sujets aussi difficiles que le harcèlement. A l’époque, personne n'en parlait. J’avais envie d’exprimer tout cela sur la plateforme", raconte-t-elle à propos de ses débuts de vidéaste.

"Si j'avais su, j’aurais peut-être agi autrement"EnjoyPhoenix

Comptant aux côtés des Norman ou Cyprien parmi les premières stars de YouTube, Marie Lopez et EnjoyPhoenix la Youtubeuse finissent par ne faire qu’une seule et même personne pour le grand public. "J’ai commencé à me faire reconnaître dans la rue à 18 ans", se rappelle l’ancienne candidate de "Danse avec les Stars". "Ce fut difficile au début. Quand on casse la barrière entre quelqu’un qui commente et quelqu’un qu’on rencontre dans la vraie vie, ça fait peur !" Si Marie reconnaît que cette soudaine popularité lui a permis de "réaliser plein de choses" (de la TV, des livres notamment) qu’elle n’aurait jamais pu faire sans YouTube, elle n’a en effet pas connu que de bons moments . "On ne choisit pas forcément d’être connu quand on commence. Et il est compliqué d'avoir conscience de la popularité que cela déclenche," analyse-t-elle. "Si j'avais su, j’aurais peut-être agi autrement". 


Mise en avant et popularisée, rien ne lui est épargné. Les critiques pleuvent sur sa jeune tête, sa vie est scrutée et les propos haineux s’amoncellent. "On apprend à vivre avec", dit-elle, tout en admettant n’être jamais préparée à ça. "Avec la proportion prise par YouTube ces dernières années, tout le monde y va de son petit commentaire et se sent le besoin de donner son avis sur chaque vidéo", résume la jeune femme. "Nous sommes sous les yeux du grand public et, forcément, nous ne pouvons pas plaire à tout le monde. C’est quelque chose que j’ai eu du mal à comprendre au début", ajoute-t-elle.

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Amende de 135 euros

L’an dernier, elle a opéré un virage à 180° sur sa chaîne. Fini les produits beauté pour celle dont la première vidéo avait consisté en un tutoriel pour utiliser un fer à lisser. Désormais, elle veut mettre en avant des initiatives solidaires et des vidéos sur le développement de soi. Une prise de conscience qui signe aussi une certaine maturité. Mais qui ne change pas forcément grand-chose dans l’attitude de certains internautes. "La critique est là. On ne la vit pas toujours très bien, mais c’est aussi parfois ce qui nous fait avancer", confie la Youtubeuse. Elle sait que ses vidéos n’ont pas toujours fait l’unanimité, qu’elle a essuyé des critiques et reconnaît avoir fait des erreurs. "Oui, dans certaines vidéos, (l’affaire du masque à la cannelle où une abonnée avait déclenchée une allergie, ndlr), j’aurais dû être plus précise, émettre des recommandations d’usage. Nous avons une responsabilité vis-à-vis de nos abonnés et il faut que nos vidéos soient 'clean'", admet-elle.


Et quand on lui parle de cyber-harcèlement et de la loi Avia sur la haine en ligne actuellement débattue à l’Assemblée nationale, Marie Lopez voudrait y croire. "C’est au gouvernement de prendre des mesures", martèle-t-elle. "C’est bien d’essayer de mettre quelque chose en place. Mai cela va prendre du temps. J’espère surtout que cela sera véritablement appliqué. Mais je doute cependant qu’une amende de 135 euros puisse vraiment dissuader quelqu’un qui a vraiment envie de faire du mal." 

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