Marketplace, ou comment Amazon tente de séduire particuliers et PME

Un entrepôt d'Amazon
High-tech

REPORTAGE - Au royaume des places de marché virtuelles, la Marketplace d’Amazon règne en maître. Lancée il y a plus de 15 ans, la plateforme a attiré des milliers d’entreprises de toutes tailles, du vendeur particulier aux multinationales. L’occasion pour beaucoup de lancer ou faire décoller leur business, confié pour tout ou partie au géant américain.

Préparation. Emballage. Pesée. Etiquette collée, envoi. Et rebelote chaque seconde sur le tapis, dans un bruit assourdissant. Les cartons poursuivent leur route effrénée vers la sortie et les camions qui n'attendent qu'eux. Au-dessus de nos têtes, le logo maison en forme de sourire s'affiche à la chaîne sur des box en carton que ne cessent de remplir des salariés, scanette à la main, courant dans les centaines de rayonnage des lieux. Bienvenue sur le site de Lauwin-Planque, à quelques kilomètres de Lille, quatrième entrepôt ouvert par Amazon en France -c'était en 2013- et l'un des cinq plus importants d'Europe aujourd'hui.

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C'est une valse à 1.000 temps des colis qui se joue sur l'interminable tapis traversant la majeure partie des 90.000 m2 du site de distribution nordiste. Dessus, quelque 300.000 paquets (jusqu'à 550.000 pour les soldes ou Noël) sont expédiés chaque jour en France, mais aussi à l'étranger. Et parmi toutes ces commandes, près de 58% contiennent des produits vendus par des TPE ou PME françaises qui ont aussi élu domicile sur "la Marketplace". Lancée en 2003, la plateforme de ventes d'Amazon est ouverte aux particuliers et petites entreprises. Le géant du e-commerce revendique déjà 10.000 inscrits dans l'Hexagone, dont 200 réalisent plus d'un million d'euros de chiffre d'affaires et un tiers font plus de 100.000 euros. Il faut dire que les 30 millions de clients français qui se ruent chaque mois sur le site ont de quoi attiser les convoitises.

Tous vendeurs en quelques clics

Vendre et acheter en ligne en 2020 semble devenu incontournable. Amazon en a bien compris l'intérêt. Alors, la firme tente d'attirer les forces vives. Dans cette optique, elle a un argument à faire valoir. Selon Eurostat,  seulement 16% des PME hexagonales vendaient en ligne en 2015, plaçant la France au 13e rang européen. La raison : beaucoup n’ont pas le temps ou les compétences techniques pour le faire. Pourtant, la digitalisation du commerce est donc devenue un enjeu important et la France est en retard. "Il y a un virage à ne pas rater que nous pouvons accompagner", vante Patrick Labarre, Directeur de la Marketplace Amazon.fr. Pour séduire, le groupe américain propose donc une offre "clés en main".

En quelques clics sur le site, vous voilà à la tête d'une boutique en ligne, que vous soyez un vendeur professionnel qui écoulera des milliers d'unités ou un particulier avec ses quelques produits "fait main". Pour les encourager, et moyennant finances pour le package complet (39 € HT/mois), Amazon propose pléthore de services pour accompagner le démarrage d’une activité, aider à l’élaboration d'une boutique (création de fiche, marketing, mise en vente, service clientèle, publicité, vente à l’international, facturation automatique…) et même gérer la logistique (stockage et envoi).

Au sein de l'entrepôt, rien ne différencie d'ailleurs un produit "Amazon basics", Apple, Playmobil voire Pampers de celui de l'entreprise Ponera, une société qui sert d’intermédiaire à des fabricants ou producteurs en tous genres pour les aider à vendre leurs produits en grande quantité. "Nous savions trouver les fabricants et producteurs pour leur proposer de vendre leurs produits. Rejoindre la Marketplace nous a permis de formaliser notre canal de vente", explique son fondateur Laurent Vantorre, fier de nous montrer l'un de ses produits rangés dans les allées de l'entrepôt. 

Rester une boutique physique et voir son avenir en ligne

Mais sauter le pas en allant vendre sur un site aussi énorme qu'Amazon est à la fois tentant et inquiétant. "On pourrait croire que c'est un peu comme vendre son âme au diable pour de la visibilité. Mais pour nous, ce fut salvateur", rigole Christian Aubin. "Et il ne faut pas oublier une chose : les gens ont pris le réflexe d’aller sur Amazon pour acheter." Gérant de la Papeterie NeVeu, il a fini par franchir le cap en 2012 à la suite de difficultés avec son magasin physique au Havre. "Les travaux du tram s'effectuaient juste devant nous et nous avions du mal à faire venir les clients. Alors, nous nous sommes tournés vers internet pour compenser", raconte-t-il. En quelques jours, les ventes décollent. 

Aujourd’hui, la papeterie expédie plus de 300 commandes par jour, partout dans le monde, et la vente en ligne représente 60% de son chiffre d'affaires. "Notre chiffre d’affaires a explosé et nous avons grandi. Nous avons pu créer deux emplois et bientôt un troisième," se félicite-t-il. La notoriété d'Amazon lui a aussi servi à faire venir les clients dans sa papeterie. "Les gens ne nous connaissaient pas et viennent en nous disant qu'ils nous ont découverts grâce à Amazon", s'amuse-t-il.

Comme lui, de nombreux vendeurs ont décidé de tout confier à Amazon pour devenir "vendeur Prime" et obtenir une meilleure visibilité sur le site. La papeterie expédie ses produits à l'entrepôt Amazon le plus proche qui s'occupera ensuite de la vente et des envois. "Cela a un coût supplémentaire, mais c'est un véritable confort", ajoute Christian Aubin. "Certes, Amazon empoche une large somme sur mes commandes (on parle de 15 à 20% des ventes, ndlr)", déplore une particulière qui s'est muée en vendeuse. "Mais je n'ai pas à louer d'espace de stockage. Je travaille de chez moi et je cartonne au Japon. Je n'aurai pas pu faire cela seule."

De leur côté, Caroline et Régis Terrier (VosHuiles.com) avaient initialement choisi de gérer leurs envois de produits délicats mis en vente sur Amazon, en plus de leurs sites. "Nous ne voulions pas être trop dépendants à l’origine et avoir la main sur nos expéditions. Puis, nous avons beaucoup grossi et il a fallu de l’aide pour la logistique", notent-ils. Avec 47.000 commandes par an, des conditions juridiques à vérifier sur le transport selon les pays, ils ont fini par renoncer à une partie de leur indépendance. "Chez Amazon, le personnel est formé aux différentes législations et cela facilite l'hyper-concurrence étrangère. Cette expansion internationale n’aurait pas été possible si nous étions restés dans notre coin", estime le couple, qui ne cache pas se servir d'Amazon pour travailler avant tout la notoriété de sa marque.

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Entrepôts d'Amazon : quand les robots travaillent avec les hommes

Du positif mais quelques désagréments

Si tous reconnaissent un véritable coup de pouce à leur activité donné par la Marketplace et à la force de frappe d’Amazon, ils confient à demi-mot qu’il faut apprendre à gérer certains désagréments et n'hésitent pas à vendre sur d'autres marketplaces en parallèle (eBay, Cdiscount, Rakuten, etc.) pour ne pas mettre tous leurs oeufs dans un seul panier. La mise en avant de certaines boutiques est il est vrai gérée par Amazon de manière pas toujours facile à comprendre, le cadre fonctionnel est assez strict et des frais supplémentaires peuvent apparaître par surprise. L'entreprise n’a d’ailleurs pas voulu signer la charte de bonne conduite avec les PME lancée Mounir Mahjoubi, l’ancien secrétaire d’Etat au numérique, estimant qu’il "y a déjà un engagement avec les entreprises partenaires". "Nous sommes prêts pour les cas particuliers", avance Patrick Labarre.

 

Cela inclut notamment, à en croire le patron de la Marketplace Amazon, l’angoisse de tous vendeurs : le déréférencement des articles sans préavis. "Ils sont toujours prévenus avant toute suspension", a assuré il y a quelques semaines Patrick Labarre au micro de France Info. Une situation parfois un peu stressante pour les vendeurs, coincés entre bénéfices et dépendance, qui a le mérite d’avoir donné naissance à un autre business en plein essor : celui d’agences qui accompagnent et conseillent les vendeurs se lançant dans la jungle des Marketplaces.

Comment devenir vendeur sur la Marketplace ?

- Il faut s’enregistrer en tant que vendeur, en renseignant ses coordonnées personnelles et bancaires.

Si vous comptez vendre moins de 40 articles par mois, vous n’aurez pas de frais d’abonnement mensuel (compte basic), mais serez prélevé de 0,99 euros par article, auquel s’ajoutent des frais de vente en fonction du type de produit. Au-delà de 40 articles (compte pro), des frais d’abonnement mensuel de 39 euros HT sont à verser en plus de ceux prélevés sur les ventes (15 à 20%).

- Indiquez les produits que vous allez vendre et sur quels sites (France seulement, sites européens…). Certains pourront rejoindre les boutiques thématiques.

- Amazon peut traduire les fiches produits, faciliter l’expédition et la visibilité pour l'international si vous souhaitez rendre vos produits disponibles pour la vente à l'étranger.

- Il est possible de gérer les stocks soi-même ou de les envoyer à l'un des cinq entrepôts Amazon en France pour que la logistique y soit gérée via le service "Expédié par Amazon". L’avantage est aussi de pouvoir offrir ses produits en service Prime, très prisé des clients. "Quand le produit est dans le réseau, il peut aussi être expédié partout en France et à l’étranger. Le vendeur est alors ‘vendeur Prime’ avec tous les avantages pour lui et une meilleure visibilité pour les clients", souligne Amazon.

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