Mastodon : d’où vient l’engouement soudain pour ce nouveau réseau social ?

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RÉSEAU SOCIAL – Des dizaines de milliers d’internautes ont afflué sur le nouveau réseau social à la mode, histoire de fuir les plateformes classiques que sont aujourd'hui Facebook ou Twitter. Décryptage.

Avec son gros mammouth en guise de logo, Mastodon est le dernier réseau social à la mode. En moins d'une semaine, ce clone de Twitter, lancé il y a six mois dans l'indifférence quasi générale, a vu son nombre d'utilisateurs presque quadrupler pour atteindre aujourd'hui les 130.000 inscrits. Si bien que son fondateur, Eugen Rochko, a dû se résoudre mercredi 5 avril à clôturer les inscriptions, du moins temporairement, pour éviter que les serveurs ne lâchent, alimentant encore un peu plus l'emballement et la curiosité suscités par ce réseau social auprès des internautes, notamment en France. Ce week-end, le réseau social a rouvert ses portes. L'occasion de vous emmener pour une petite visite guidée.

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Les Français et les réseaux sociaux

Mastodon.social, c’est quoi ?

Le réseau social du pachyderme est un cousin pas très éloigné de celui de l’oiseau bleu. Comme lui, Mastodon est un service de "microblogging". Autrement dit, une plateforme permettant d'échanger en temps réel des messages courts, en les accompagnant de contenus multimédias (image, vidéo, GIF, etc.). Petit plus par rapport à Twitter, il est possible de masquer un contenu, une image ou un texte, qui ne s'affiche qu'en cliquant sur un bouton. Idéal pour parler d'une série sans risquer de "spoiler", ou encore pour partager des images sensibles à ne pas mettre sous le nez de n’importe quel utilisateur.

Au premier coup d’oeil, l’interface, tout comme les fonctionnalités, rappellent d’ailleurs celles de Tweetdeck, l’application professionnelle du réseau social Twitter. Ici, on peut partager des "tweet", qui sont ici appelés des "pouets". Non pas en 140 caractères, comme sur Twitter, mais en 500 signes, ce qui facile grandement les conversations. On peut également suivre des profils, ou être suivi, retweeter ("booster"), mentionner un utilisateur pour démarrer une conversation, marquer un message en favori, ou encore recevoir des messages privés. Jusque-là, rien de bien original, il faut bien l'avouer.

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Le détail qui change tout

La principale différence, et sans aucun doute la plus intéressante, est que Twitter est une plateforme centralisée, alors que le Mastodon est un logiciel de réseau social open source et décentralisé. Ça veut dire quoi ? Sur le réseau du pachyderme, le code source est en libre accès. Autrement dit, tous ceux qui savent coder peuvent le télécharger, l'installer, éventuellement le modifier, mais aussi le rendre utilisable sur des adresses de leurs choix, appelées des "instances". En clair, Mastodon fonctionne comme les e-mails : ce n’est pas parce que vous êtes sur un domaine (@gmail.com, @hotmail.com, @yahoo.com, etc.) que vous ne pouvez pas échanger avec tous les autres. 

Ces "instances", vous l'aurez compris, sont les différentes adresses où des utilisateurs ont installé le logiciel Mastodon. Certaines comptent déjà plusieurs milliers de membres : mastodon.social en dénombre pas moins de 42.000 inscrits, tandis que mastodon.xyz en compte déjà plus 5500. En fonction de leur administrateur, ces instances peuvent avoir des règles différentes, dont il vaut mieux prendre connaissance avant de les rejoindre. Autre avantage, vous ne transiterez plus par les serveurs d’un géant du web, comme Twitter ou Facebook.

Alors, comment ça marche ?

Mastodon va encore plus loin en proposant à ses utilisateurs la possibilité de paramétrer les niveaux de confidentialité d'un pouet (l'équivalent du tweet, pour rappel). En public, tout le monde peut voir le pouet sur les différentes timelines. En "non listé", il n'est affiché sur aucune timeline, mais seulement sur votre profil. En privé, le pouet n'est visible que pour les abonnés.  En direct, le pouet n'est visible que par ceux qui y sont mentionnés, l'équivalent d'un DM.

Pourquoi tout le monde en parle ?

Depuis que Twitter a modifié ses paramètres pour ressembler de plus en plus à Facebook, et que son fondateur s’en est ému dans un billet posté début mars sur Medium, le nombre d’utilisateurs du réseau social a bondi, passant de 31.000 utilisateurs lundi 3 avril à 130.000 inscrits aujourd'hui, dont une grande majorité de Français. Parmi eux, de nombreux pionniers de Twitter. Des nostalgiques de l'époque où le réseau social à l'oiseau bleu était encore confidentiel aux yeux du grand public et pour qui l'arrivée massive des marques et des célébrités a fini par avoir raison de cet esprit "underground" et libertaire qui régnait sur Twitter à ses débuts.

"Facebook ne peut tout simplement pas donner à quiconque le pouvoir de faire quoi que ce soit, car ce pouvoir résidera toujours, en fin de compte, dans Facebook lui-même, qui contrôle à la fois le logiciel, les serveurs et les politiques de modération", s'indignait début mars le fondateur de Mastodon, Eugen Rochko, dans cette lettre ouverte. D'après lui, "le pouvoir ultime est de donner aux gens la possibilité de créer leurs propres espaces, leurs propres communautés, de modifier le logiciel comme bon leur semble, mais sans sacrifier la capacité des personnes de différentes communautés à interagir les unes avec les autres". 

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Mastodon va-t-il sonner le glas de Twitter ?

Difficile à dire, d'autant que de nombreux réseaux sociaux se sont déjà cassés les dents par le passé. Au-delà de l'hystérie qu'il suscite actuellement, difficile de le prédire. L'interface manque encore de clarté, mais le créateur de Mastodon  lui-même le reconnaît : il s'agit d'un travail en cours, indique-t-il sobrement. Sur le site Patreon, qui permet de devenir le mécène de créateurs en leur versant une petite somme mensuelle, Eugen Rochko voit sa cagnotte augmenter. Il dispose désormais de 1400 dollars de don chaque mois pour se consacrer à l'amélioration de son service.

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