Mission Mars 2016 : "Etudier la sismologie de Mars, c'est étudier la Terre dans un milliard d'années"

Mission Mars 2016 : "Etudier la sismologie de Mars, c'est étudier la Terre dans un milliard d'années"

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ESPACE - La Nasa et le Centre national d'études spatiales français (Cnes) viennent d'annoncer une coopération franco-américaine inédite. En mars 2016, la mission InSight s'envolera pour la planète rouge afin d'explorer sa structure et mieux comprendre l'évolution des planètes telluriques. Interview de Francis Rocard, responsable du programme d'exploration du système solaire au Cnes.

Pouvez-vous nous dire en quoi consiste exactement cette mission ? 
La mission InSight consiste à poser en 2016 sur le sol de Mars le premier sismomètre dans des conditions idéales. Le sismo envoyé en 1976 avec la mission Viking n'avait mesuré que le vent car il n'était pas posé sur le sol. Là, ça sera le cas. On sait que mesurer les tremblements sismiques de Mars n'est pas simple du tout, car on pense que Mars tremble beaucoup moins que la Terre. Il faut donc que nos systèmes de mesure soient vraiment très précis. Par ailleurs, notre sismographe vibre sur de très basses fréquences. Il pourra donc capter des vibrations comme celles des marées provoquées par le satellite de Mars, Phobos, ce qui est impossible avec un sismographe classique.

Cette coopération entre le Cnes et la Nasa, c'est une première ?
Ce n'est pas la première fois qu'on travaille avec les Américains, il y a déjà eu une coopération française sur la mission Curiosity. Mais ce qui est nouveau avec InSight, c'est que nous sommes au cœur de la mission. Le sismomètre utilisé pour ce projet, nous le développons depuis quinze ans. C'est pour ça que la Nasa voulait notre matériel : parce que c'est le plus développé et qu'ils considèrent que c'est le meilleur.

Pourquoi pensez-vous que Mars tremble moins que la Terre ?
D'abord, parce qu'il n'y a pas de tectonique des plaques sur la planète Mars. La Terre est la seule planète connue de l'univers à en avoir une. Or, c'est la source principale des tremblements de terre. Sans tectonique, a priori, pas de séisme. Après, certains séismes peuvent provenir des volcans. Néanmoins, bien qu'il y ait d'énormes volcans sur Mars, on n'a pas mis en évidence une activité volcanique, même résiduelle. Mais on espère quand même enregistrer des tremblements sismiques dus aux impacts de météorites. Mars a une atmosphère très ténue, donc les météorites atteignent sa surface plus facilement et plus violemment que sur la Terre.

Pourquoi aller sur Mars pour comprendre comment la Terre a évolué ?
Étudier la sismologie de Mars, c'est étudier comment elle s'est formée. Mars est beaucoup plus petite que la Terre, donc elle s'est refroidie beaucoup plus rapidement. Si sa structure interne est semblable à celle de notre planète, ça nous donne une idée de ce que sera la Terre d'ici plusieurs centaines de millions d'années, voire un milliard d'années. Le refroidissement de la Terre étant très lent depuis 4,5 milliards d'années, je pense même qu'on peut parler en milliard.

Quelle est la difficulté pour vous ?
Collaborer avec les Américains nous pousse à l'excellence. C'est eux qui ont la plus grande expérience dans ce domaine, donc nous sommes très motivés. D'autant que Mars 2016, c'est demain. Il nous faut livrer notre matériel impérativement avant la fin de l'année 2014. On n'a pas le droit à l'erreur. On est d'ailleurs entre le marteau et l'enclume, entre les Américains et nos partenaires suisses, allemands et britanniques qui doivent aussi nous livrer des éléments. C'est une coordination de tous les instants, avec presque une réunion par jour. J'ai rarement vu ça.

Quel est le budget de cette mission ?
Les Américains ont investi près de 690 millions de dollars dans cette mission. Le budget français s'élève à 40 millions d'euros. C'est logique : ils construisent tout le véhicule et procèdent au lancement. Nous, nous nous occupons "seulement" du sismographe.

Enfin, cela reste un rêve, mais peut-on imaginer un vol habité sur Mars dans les prochaines décennies ?
Oui, on peut l'imaginer. Mais pas avec des Français. Si un homme doit se poser sur Mars, ce sera un Américain. Avec un budget estimé entre 200 et 250 milliards de dollars, l'initiative sera américaine ou ne sera pas. Certes, il y a beaucoup de difficultés techniques, mais ce n'est pas du tout impossible, à une échéance de quinze ans, peut-être. Mais les Américains ne sont pas prêts du tout, ils ont d'autres priorités. Et ça se comprend. Actuellement, l'enjeu, comme Obama l'a annoncé, c'est un homme sur un astéroïde en 2025. Et c'est déjà du gros boulot.

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