"Netflix a diffusé 6,5 milliards d'heures de programmes au premier trimestre"

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VIDÉO À LA DEMANDE – Avant son lancement en France le 15 septembre prochain, Netflix a reçu metronews à son siège californien. L'occasion de s'entretenir avec le responsable technique de la société et de faire le point sur cette machine technologique qu'est le service de VOD.

Que représente techniquement une plateforme comme Netflix ?
Nous avons streamé quelque chose comme 6,5 milliards d'heures au premier trimestre 2014 avec une augmentation à deux chiffres du nombre d'abonnés. Mon rôle est d'aider les gens à trouver du contenu qu'ils ne trouveront pas ailleurs, faire en sorte qu'ils en consomment beaucoup et restent le plus longtemps possible sur notre service. Nous sommes également l'un des plus gros consommateurs de bande passante au Etats-Unis aux heures de pointe.

Quelle est la particularité de l'interface de Netflix ?
C'est la personnalisation poussée du contenu proposé. J'aime bien les séries et films plutôt violents et sombres. Lorsque j'ouvre ma page d'accueil Netflix, celle-ci va afficher les contenus des contenus dans ce genre-là. Si ma femme se connecte avec son compte, elle trouvera plutôt des choses romantiques ou sensibles. Même chose avec mes enfants, sans avoir à préciser leur âge, le service va leur proposer essentiellement des dessins animés ou des programmes qui leur conviennent.

Comment cela fonctionne-t-il ?
La chose la plus importante pour prévoir ce que vous regarderez est ce que vous avez visionné dans le passé. Quand vous vous inscrivez pour la première sur Netflix, nous vous demandons seulement ce que vous aimez. Nous ne voulons pas savoir votre âge, votre sexe, ni l'endroit où vous vivez. Nous étions d'abord un service de location de DVD par correspondance. Il était alors impossible de savoir si vous aviez vraiment regardé le film. Avec le streaming il est possible de savoir si vous avez regardé la saison entière d'une série en une nuit ou en trois mois ou encore si vous avez seulement vu les cinq premières minutes d'un film avant de l'avoir arrêté. Ce sont des signaux très différents pour nous. Toutes ces données sont les plus importantes dans notre algorithme.

Comment améliorez-vous cet algorithme, justement ?
Nous utilisons des méthodes scientifiques. Nous avons environ 200 ingénieurs qui travaillent sur notre produit. Lorsqu'ils ont une idée, ils mettent en place un test soumis à un échantillon de plusieurs milliers d'utilisateurs. Ils observent alors leur comportement sur une période de temps donnée pour savoir s'ils utilisent plus longtemps Netflix ou pas. Environ deux tiers de nos tests ne sont d'ailleurs pas concluants. Si c'est le cas, nous déployons la fonctionnalité sur toute la plateforme. Ces tests font qu'il existe probablement des dizaines de milliers de versions de Netflix en même temps !

Sur quels critères choisissez-vous les utilisateurs pour tester les fonctionnalités ?
C'est complètement aléatoire. Nous vérifiions quand même que l'échantillon soit équilibré et que par exemple les utilisateurs de Netflix sur PlayStation 3 ne soient pas trop sur-représentés. Si certains résultats nous paraissent étranges nous les vérifions une seconde fois et nous recommençons l'expérience si cela est nécessaire.

Les cobayes qui font partie d'un échantillon de test le savent-ils ?
Non, nous partons du principe que si nous déployons un test c'est pour améliorer le service, les utilisateurs n'en pâtissent donc pas. Et s'ils le savaient cela introduirait un biais qui pourrait fausser le test.

Observez-vous des comportements différents selon la plateforme utilisée (ordinateur, tablette, smartphone, etc.) ?
Bien sûr, les tablettes et smartphones sont bien entendu privilégiés pour une utilisation individuelle, contrairement à la télévision. Mais la différence principale vient de la manière dont on contrôle l'interface. Cela est bien plus compliqué à optimiser sur une télévision contrôlée par une simple télécommande. Ce n'est pas un système de contrôle très riche avec seulement ses quatre boutons : haut, bas, gauche et droite.

Il existe également des milliers de catégories sur Netflix, comment arrivez-vous à en gérer autant ?
Je crois que nous avons des dizaines de milliers de catégories. Nous appliquons des tags à chaque film et série proposés sur Netflix. Si vous avez des goûts de niche comme "les films de surf des années 60 avec un acteur particulier et filmé au Brésil", vous pourrez le trouver. Nous avons des dizaines d'employés qui regardent les films et les taguent en suivant un tableau de huit pages.

Êtes-vous tentés de pousser auprès de vos utilisateurs certains programmes phare de Netflix ?
Notre algorithme ne sait pas combien nous avons payé un programme, il ne le proposera donc pas plus qu'un autre s'il ne convient pas à l'utilisateur. La série Orange Is The New Black n'est pas du tout affichée sur la page d'accueil de l'ensemble de nos abonnés, car nous savons que les gens ne la regarderont pas systématiquement. Nous sommes ici pour vous satisfaire quel que soit le contenu visionné et non pas pour vendre Orange Is The New Black.

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