On a testé : dans la peau virtuelle d'un acteur porno

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OH - A l'heure où les casques de réalité virtuelle s'apprêtent à sortir dans le commerce, l'éditeur de contenu pour adultes Marc Dorcel propose en première mondiale une expérience unique assez prenante...

"Vous êtes bien installé, tout est OK ? Alors comme ça vous êtes le réalisateur du jour, moi je suis Anna, votre assistante personnelle, et je serai à votre service tout au long de la journée." Tailleur noir, chignon impeccable et décolleté plongeant, Anna passe en revue le planning prévisionnel du film pour adulte qu'on doit commencer à tourner. A ma droite l'équipe technique termine les derniers préparatifs pendant qu'à ma gauche Kimberly et Tatiana glissent une dernière touche de mascara. Je suis confortablement assis dans le fauteuil du réalisateur, et pourtant personne n'est réellement là. J'ai sur la tête un casque de réalité virtuelle qui me permet de profiter de la vidéo qui est en train de défiler, à 360 degrés et en trois dimensions, en toute discrétion.


"On joue volontairement sur tous les clichés du porno", m'explique Anna Polina, en chair et en os. Si l'actrice confie s'être amusée de la situation, les conditions de tournage, elles, n'avaient rien d'une balade de santé. "Il y avait beaucoup de contraintes techniques", détaille-t-elle. On est filmé par 14 petites caméras en même temps et on ne doit pas sortir du couloir de la caméra qui nous a été assignée, sinon notre bras est coupé dans la vidéo finale." De fait, l'assemblage des 14 vidéos différentes en un seul fichier lisible par les casques de réalité virtuelle impose de revoir les habitudes de tournage. La moins évidente étant sans aucun doute la nécessité de tourner en un seul plan séquence. Impossible d'utiliser les artifices du montage. Aucun gros plan salvateur ne viendra éclipser une performance en berne ou effacer un bafouillage malvenu. Alors on ne compte plus les répétitions ou la reprise du tournage à zéro. Tout doit être parfait, d'un seul tenant. Tourner pour la réalité virtuelle demande énormément de préparation et c'est toute une grammaire de l'image, du tournage et de l'expérience qu'il faut inventer.

Cinq fois plus cher à produire

Ghislain Faribeault est l'homme de la situation. Le vice-président de Dorcel en charge de la division media est un geek, un vrai. Du genre à faire coïncider la sortie de cette expérience de réalité virtuelle avec l'arrivée de Marty McFly, le héros de Retour vers le futur, à notre époque. Depuis ce 21 octobre 2015 donc, l'internaute curieux, équipé d'un casque de réalité virtuelle, peut télécharger gratuitement une vidéo soft ou choisir de débourser 10 euros pour une expérience plus adulte. Il y a presque 10 ans déjà, Ghislain se baladait avec un ordinateur et des lunettes pour évangéliser les foules sur la 3D. Mais les meilleurs effets de jaillissement n'ont pas suffi, exit la 3D. L'erreur des Google Glass ? Avoir crié haut et fort qu'il n'y aurait jamais de porno dessus. Alors le casque de réalité virtuelle ? "Il est clair qu'il n'y a pas encore de marché" concède Ghislain, "mais ça va se développer certainement avec le jeu vidéo."


Occulus Rift de Facebook, PlayStation VR de Sony, Gear VR de Samsung, HTC Vive ou encore Cardboard, la simple boîte en carton de Google, les casques de réalité virtuelle vont déferler dès l'année prochaine. Sony doit même lancer les hostilités la semaine prochaine lors de sa grande conférence d'ouverture de la Paris Games Week. Une PlayStation VR judicieusement placé à un prix abordable pourrait bien convaincre de nombreux joueurs avides de nouvelles expériences. Et Dorcel sera d'ores et déjà prêt.


"Pour le moment, l'intérêt n'est pas du tout financier" détaille Ghislain Faribeault. "Clairement ça reste plus cher à produire. On a fait huit mois de tests et ces expériences là nous coûtent forcément plus cher. D'abord parce qu'on en met plus à l'écran : vous avez plus de comédiens et de comédiennes pour remplir les 360 degrés, ça augmente d'autant le budget. Comme on veut offrir une expérience unique on a choisi des lieux plus prestigieux et les temps de post-production sont aussi beaucoup plus longs. On peut quasiment dire que ça coûte cinq fois plus cher qu'une production classique"

En vidéo

Le X passe à la réalité virtuelle : "c'est très compliqué pour l'acteur"

"Pornstar Hero"

Il faut bien avouer que l'expérience adulte est extrêmement réaliste. Le casque vous propulse à la place du hardeur : vous voyez ce qu'il voit. Allongé sur un lit, vous ne voyez que ses bras et le bas de son corps. Sur le lit autour de vous de nombreuses actrices s'affairent entre elles, sur le côté le réalisateur tourne. C'est alors que deux filles s'approchent de vous et passent aux choses sérieuses.


Le point de vue subjectif est déjà bien connu des gamers habitués des jeux de tir. Mais contrairement aux jeux vidéo, il n'y a ici aucune interaction, la vidéo se déroule telle qu'elle a déjà été tournée. "Au niveau du hard c'était très compliqué, nous confirme Anna, surtout pour l'acteur qui n'a pas le droit de bouger, c'est extrêmement difficile. C'est carrément le contraire du X, il n'y a plus aucune improvisation possible. On perd beaucoup de choses, comme la sensualité et le toucher qui ne sont plus là. On ne peut même pas regarder l'acteur en face parce qu'on doit regarder la caméra."


Pour créer l'illusion d'être un hardeur, il faut donc concrètement transformer l'acteur en avatar inerte, limite cadavérique, et relégué au simple rôle de sextoy sur lequel s'affairent les actrices. Ça peut évidemment être excitant, mais ça devient vite frustrant. Et on pense évidemment à la suite. "L'étape d'après sera forcément dans le sensitif, détaille Ghislain Faribeault. On a évidemment envie de toucher ou d'être touché. Pour le moment ce n'est évidemment pas le cas mais on peut imaginer de belles choses avec des objets connectés spécialisés." 


On n'arrête pas la technologie, des sextoy connectés existent déjà. Une startup est d'ailleurs en train de finaliser deux objets connectés au wifi, un pour monsieur, un pour madame, chacun ayant la particularité de pouvoir reproduire les mouvements des deux utilisateurs à distance. De là à synchroniser les mouvements avec un film, Ghislain doit déjà être sur le coup.

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