De 0 à 100 milliards en Bourse en 17 ans : les énormes paradoxes de la success story de Tesla

Le constructeur, déficitaire depuis dix ans, approche enfin le seuil de rentabilité.

AUTOMOBILE - Moins de dix-sept ans après sa création, Tesla a été valorisé la semaine dernière par les investisseurs à 100 milliards de dollars. Un succès qui peut sembler paradoxal alors que le groupe automobile, déficitaire depuis dix ans, approche à peine le seuil de rentabilité.

Icône du capitalisme technologique triomphant, Tesla s'est imposée, en moins de deux décennies, comme un acteur incontournable du secteur de l’automobile. Au point de franchir, la semaine dernière, la barre symbolique des 100 millions de dollars de valorisation boursière. A Wall Street, le groupe a ainsi dépassé Volkswagen et y vaut désormais plus que General Motors et Ford réunis. Quand ces grands constructeurs historiques produisent des millions de véhicules par an, Tesla en fabrique moins de 500.000. Il n'empêche, pour la banque d'affaires Morgan Stanley, "c'est le groupe automobile le plus important au monde". Donald Trump, de son côté, ne tarit pas d'éloges sur son fantasque patron, qualifiant tout bonnement Elon Musk de "génie".

Bien que la marque automobile n'a jamais dégagé un seul profit annuel depuis sa création en 2003, Tesla symbolise aujourd'hui le prestige, le luxe, la technologie et le respect de l'environnement pour les Américains, comme le rapportait une récente enquête du cabinet automobile Cox Automotive. Mais comment la marque a-t-elle bâti ce succès ?

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TESLA OUVRE LES COMMANDES DE SON MODEL Y EN FRANCE

Inventeur génial et financier hors-pair

Avant Tesla, la voiture électrique était considérée comme un gadget, d'autant que le développement de la batterie au plomb piétinait. General Motors, alors leader mondial du secteur automobile, avait même fini même par tuer sa sportive électrique EV1, malgré un investissement de plus d'un milliard de dollars dans le développement de cette voiture. Cherchant à développer un véhicule puissant, rapide et beaucoup moins polluant, Tesla se tourne alors vers la batterie lithium-ion et le moteur à induction. Un choix qui va se révéler payant.

Quand Tesla débarque dans l'automobile, l'écosystème a changé : plusieurs tâches ont été confiées à des sous-traitants, les constructeurs ne s'occupant plus en interne que de l'assemblage des pièces, de la conception du moteur, des ventes et du marketing. Elle décide aussi de s'associer à d'autres, comme la marque britannique Lotus, pour éviter des coûts financiers et humains lourds. Il se sert du châssis de la Lotus Elise pour construire son tout premier véhicule, le Roadster, et se lie à AC Propulsion pour le système de transmission. 

En 2010, Elon Musk, inventeur génial doublé d'un financier hors-pair, fait entrer l'entreprise en Bourse. Tesla ne vaut que quelque 4 milliards de dollars deux ans plus tard. Mais son patron promet de changer l'automobile et les marchés y croient, même si ses frasques et excentricités provoquent de fortes turbulences. C'est le cas lorsqu'il fume de la marijuana en direct, part en guerre contre le gendarme américain de la Bourse (SEC) ou affirme vouloir retirer Tesla de la cotation, sans avoir l'argent pour mener à bien l'opération. 

Vous pourrez rouler gratuitement, pour toujours, grâce aux rayons du Soleil.- Elon Musk en 2013.

Dans le même temps, les politiques environnementales évoluent. De nombreux pays et grandes villes ont mis en place des bonus/malus et des crédits d'impôts pour inciter à des comportements vertueux. L'accord de Paris sur le climat en 2015 a accéléré les choses. Et le premier constructeur automobile de la Silicon Valley a su en tirer en parti. Sa marque de fabrique : proposer des voitures électriques haut de gamme à un prix jugé acceptable pour le consommateur et à un coût de ressources bas pour la planète. "Vous pourrez rouler gratuitement, pour toujours, grâce aux rayons du Soleil", lançait en 2013 Elon Musk, une formule magique dont il a la recette.

Grâce à Tesla, le véhicule électrique devient enfin sexy. Mais la marque automobile a néanmoins connu des déboires à ses débuts. En 2006 notamment, elle avait officialisé ses ambitions en convoquant le tout-Hollywood à une soirée au cours de laquelle les célébrités étaient priées d'apporter leur carnet de chèques. Les livraisons n'ont débuté qu'en 2008, avec deux ans de retard car Tesla a accumulé les problèmes (poignées des portières, sièges, changement de matériaux composites...). Ces retards ont amené Elon Musk à s'impliquer dans l'entreprise et à en prendre le contrôle. En août 2007, Martin Eberhard, son cofondateur, avec Marc Tarpenning, est débarqué. Sous sa férule, la ligne des véhicules s'est étoffée : Model S, Model X, Model 3 et bientôt le Model Y, un pick-up et un même semi-remorque. 

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Pour certains, Tesla est une entreprise en faillite, une bulle spéculative. Pour d'autres, ce n'est rien de moins que le constructeur automobile le plus brillant de l'histoire. Avec une capitalisation qui dépasse aujourd'hui les 100 milliards de dollars, Tesla vaut déjà davantage que les groupes Vinci, Danone, Engie, Essilor ou Société générale. De fait, à elle seule, Tesla capitalise plus que Renault, Nissan et PSA réunis et égale désormais des multinationales comme Airbus. Mais si bulle il y a, personne ne semble assez fou pour vendre son action à découvert et parier sur son effondrement à moyen terme. Au point que l'expression a fait son chemin sur le Nasdaq : "Es-tu vraiment prêt à parier contre Elon Musk ?" 

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