Primaires démocrates : quelle est donc cette application sans nom qui a "planté" les caucus de l'Iowa ?

Primaires démocrates : quelle est donc cette application sans nom qui a "planté" les caucus de l'Iowa ?
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COMPTES ET DÉCOMPTES - L'Iowa devait servir de coup d'envoi aux primaires démocrates, mais ses résultats sont toujours incomplets. La faute à une application dont personne ne connaît le nom. Un bug devenu le sujet de violents débats dans la famille démocrate.

Ils auraient dû tomber lundi en fin de soirée, heure locale. Si le système des caucus est complexe, la compilation des résultats des Biden, Sanders, Warren ou Buttigieg dans l'Iowa, première étape de la course à l'investiture démocrate pour la Maison-Blanche, n'aurait dû prendre qu'une poignée de minutes, grâce à une application mobile pensée pour l'occasion. 

Seulement voilà, dès les premiers chiffres communiqués au QG des démocrates de l'Etat, les responsables du décompte ont expliqué avoir détecté un souci dans la cohérence des votes qui leur étaient rapportés, reportant "à mardi" l'annonce des résultats. Finalement, mercredi matin (en France), l'ensemble des résultats n'étaient toujours pas connus. 

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Une app qui ne dit pas son nom

De cette application utilisée aujourd'hui par les démocrates pour numériser le processus des primaires -un sujet de conversation constant depuis 2016-, on sait en fait très peu de choses. Pour se protéger, le parti démocrate de l'Iowa avait en effet fait le choix de ne pas communiquer, au point même que son nom est resté secret. 

Ce que l'on sait en revanche, c'est qu'au moment de renvoyer les résultats vers le siège du parti à Des Moines, la capitale de l'Iowa, elle est devenue inutilisable pour un grand nombre des responsables des 1.700 bureaux de vote. Problème : pour les bureaux mal couverts par les réseaux mobiles ou en cas de souci avec l'application, un numéro de téléphone pouvait servir à communiquer les résultats de chaque caucus. Un numéro qui était aussi celui du support technique de l'application. Certains responsables de bureaux disent ainsi avoir tenté d'appeler pendant plusieurs heures. Un plantage technique qui n'a pas tardé à faire réagir les supporters de Bernie Sanders, que les sondages voyaient bien placé, face à un Joe Biden distancé au classement.

Créée en deux mois... et pas assez testée avant l'Iowa

En quelques heures, supporters et opposants de chacun des grands candidats ont voulu remonter le fil de l'application sans nom, pour savoir qui l'avait réalisée, choisie, financée. Ce que l'on sait donc, c'est qu'elle a été choisie par le parti démocrate de l'Iowa, qui aurait cofinancé son développement, à hauteur de 60.000 dollars (54.000 euros environ). Une appli développée par une startup pas comme les autres : Shadow (en français, ombre), c'est son nom, a été créée par d'anciens responsables de campagnes démocrates pour inventer des outils numériques pour faire campagne, lever des fonds, organiser le démarchage. Bref, faire passer un processus très artisanal à l'ère numérique. 

Sur le site de l'entreprise, on détaille les outils proposés pour faire campagne, mais rien n'est dit sur l'app en elle-même. Selon le New York Times, le dispositif aurait été développé ces deux derniers mois, et probablement pas testé dans des conditions d'utilisation réelle. Ce qui expliquerait qu'il n'ait pas tenu la charge d'une soirée de primaires.

Le spectre du hacking et des échos de la campagne 2016

Si le parti démocrate veut désormais prendre son temps avant de proclamer les résultats, c'est d'abord parce que les caucus de  l'Iowa revêtent une importance symbolique forte. Rappelons qu'ils sont - en dehors des sondages - le premier résultat qui établisse l'ordre des candidats à l'investiture, avant même le début "officiel" des primaires. Un processus déjà contesté en 2016, où l'establishment du parti avait presque ouvertement favorisé sa candidate, Hillary Clinton, aux dépens de Bernie Sanders. Un épisode qui avait laissé des traces à l'intérieur du parti. Pour preuve, les soutiens de Sanders, découvrant à la tête de Shadow des responsables de la campagne d'Hillary Clinton en 2016, parlent déjà à mots couverts de manipulation.

Ironie du sort : si les démocrates de l'Iowa ont fait le choix d'une telle application et avaient préféré discrets sur son existence, c'était probablement pour se prémunir d'un autre danger. Parmi les menaces sur la sincérité des chiffres, et plus largement de l'élection, il y a désormais l'éventualité d'un piratage, un hacking venu non pas de l'un des candidats, mais de l'extérieur.

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Primaires démocrates : ça commence mal

Dans la nuit, une porte-parole du parti se voulait néanmoins rassurante. "C'est un simple problème de communication des résultats, l'application n'a pas planté, et ce n'est pas un piratage ou une intrusion. Les données et leurs traces sur papier sont cohérents, il nous faudra juste plus de temps pour les publier." 

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