Quelle place pour la création de jeux vidéo en France ?

Quelle place pour la création de jeux vidéo en France ?

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INTERVIEW – A l'occasion de la sortie du jeu Bound by Flame réalisé par le studio français Spiders, Metronews a souhaité en savoir plus sur l'état de la création de jeux vidéo en France aujourd'hui.

Il n'y a pas que les blockbusters qui comptent. La preuve avec Bound by Flame un jeu de rôle bien pensé, plutôt bien réalisé, et conçu par une équipe française : celle des Parisiens de Spiders. Pourtant, pas évident aujourd'hui de se lancer dans la conception d'un jeu vidéo ambitieux comme l'explique Jehanne Rousseau, directrice du studio Spiders.

Est-il facile aujourd'hui de créer des jeux vidéo en France ?
Non, la création de jeux vidéo n’est pas simple comme pour tous les domaines qui comprennent une part artistique je suppose. Nous devons composer avec la crise qui paralyse en partie les investissements, avec un marché en perpétuelle évolution, avec l’arrivée de nouvelles consoles qui demandent de gros investissement technologiques. Et avec une fuite, hélas grandissante de nos talents à l’étranger. Mais pour être honnête depuis que je travaille dans le jeu vidéo, (soit plus de quinze ans) ça n’a jamais été facile. Et plus la technique évolue plus on doit investir à tous les niveaux si on veut avoir une chance d’être visible au niveau international. Les joueurs sont de plus en plus exigeants et ce qui jadis était accepté ne l’est plus aujourd’hui. Un jeu sur console ne peut plus être pensé uniquement pour la France sans risquer l’écueil financier. Un jeu vidéo c’est forcément beaucoup d’énergie, de temps, de passion, et parfois de renoncements aussi.

Quel investissement en temps et en personnes nécessite un titre comme Bound by Flame ?
Le développement de Bound by Flame s'est étalé sur presque deux ans par une équipe qui est a atteintà 35 personnes au gros du projet, sans compter les traducteurs, acteurs et ingénieurs de studios de motion capture et d’enregistrement. Ça peut paraître beaucoup et pourtant c’est une équipe minuscule en comparaison de ce que les grosses maisons d’édition peuvent réunir.

L'Etat aide-t-il les "petites" structure du jeu vidéo ?
Oui il existe plusieurs dispositifs d’aides, tel que le fond d’aide au jeu vidéo, porté par le CNC, qui se révèle souvent très utile pour les jeunes studios. Hélas ce dernier est très limité comparativement au nombre de projets présentés. Il y a aussi d’autres dispositifs auxquels les studios peuvent prétendre tel que le crédit d’impôt recherche (si recherche technique il y a) ou le crédit d’impôt jeu vidéo. Ces "coups de pouce" sont hélas devenus nécessaires pour faire face à une concurrence internationale très forte et qui bénéficie souvent d’aides bien plus conséquentes.

L'âge d'or du jeu vidéo, en termes de profusion des studios de création, est-il terminé en France ?
Je ne dirais pas ça, on a assisté à la fermeture de nombreux studios dont certains historiques ces dernières années, mais ce qu’on ne dit pas c’est que de nombreux studios très prometteurs se sont aussi créés. Si je devais définir ce qui se passe je parlerais plutôt de métamorphose que de fin. Les studios développent désormais plus sur Facebook ou sur portables et tablettes que sur consoles traditionnelles en France. Le jeu en lui-même change tant par les révolutions technologiques permanentes qu’il subit que par les changements d’habitude de ses utilisateurs. Et ceux qui le font sont obligés de changer aussi.

La France est-elle une terre d'avenir pour les développeurs de jeux vidéo ?
C’est difficile à dire : d’un côté la France est un pays qui a une culture forte dans le développement de jeux, historiquement bien sûr, grâce notamment à des géants comme Ubisoft, mais également grâce aux nombreuses écoles spécialisées qu’on y trouve. Le ferment créatif y est très fort. D’un autre côté il faudra que les aides (pas seulement financière d’ailleurs) se maintiennent pour permettre aux studios de conserver les talents qui y travaillent et qui ont tendance à s’expatrier. Et bien sûr il faudra que les studios eux-mêmes continuent de s’adapter au marché, en pensant à l’international et en s’adaptant aux autres cultures si la France veut conserver son statut un peu particulier.
 

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