Reconnaissance faciale : quand la pointeuse note aussi votre sourire en arrivant au boulot

Reconnaissance faciale : quand la pointeuse note aussi votre sourire en arrivant au boulot

High-tech
DirectLCI
SOURIEZ, VOUS ÊTES ÉVALUÉ - Si la reconnaissance faciale peut être utilisée pour pointer les entrées et sorties des salariés d'une entreprise, une start-up japonaise a rajouté un raffinement au système : détecter et noter la qualité du sourire des employés, une conception pour le moins radicale du bonheur au travail.

Au Japon, quand on parle de service client, rien de moins que l'excellence n'est tolérable. Un Français qui pensait vivre dans un pays où le client est roi découvrira vite que côté nippon, le client est dieu. Un niveau d'exigence qui n'a rien de nouveau, car incrusté dans la culture du travail, une normalité attendue par le consommateur, et entretenue par les entreprises, codifiée dans l'omotenashi -l'art de l'hospitalité-, auxquels tous les Japonais qui travaillent au contact du public ont été formés.


Rien d'étonnant du coup à ce qu'une entreprise attende de ses employés qu'ils sachent sourire au client. Mais une start-up de Sapporo, au nord du pays, vient de lancer un système qui érige le bon sens au rang de règle. Et si le sourire, sa qualité, sa sincérité aussi, devenaient un sésame au moment d'arriver au bureau ou dans son magasin chaque matin ?

C'est la promesse de E-Cometrue, qui développe des logiciels pour le secteur du commerce, et notamment un système de reconnaissance faciale qui remplace la pointeuse à l'entrée du magasin pour horodater l'heure d'arrivée et de part des employés. C'est la dernière option du système qui fait débat : outre valider que vous faites bien partie des troupes du magasin, le logiciel sait noter votre sourire, évaluer son intensité. L'employeur peut même décider d'un chiffre en dessous duquel vous ne pourrez pas franchir le sas de sécurité.

À chaque passage devant l'objectif de la caméra, le logiciel vous attribuera une note, votre niveau de "smiley-face". Officiellement, il s'agit pour l'employeur de s'assurer du moral de ses employés et d'éviter de mettre face aux clients un salarié déprimé. Une vision un peu courte du bonheur au travail. Interviewé par le quotidien Nikkan Gendai, le fondateur de la start-up balaye les critiques d'un revers de la main. "Quel que soit votre point de vue, afficher un sourire est indispensable dans l'industrie des services, non ? Et puis, l'entreprise peut régler comme elle le souhaite le niveau de sourire exigé, ils sont libres d'utiliser le système comme bon leur semble."

Pas de sourire, pas de job ?

En fait, si elle surprend vu d'Occident, l'affaire ne fait que peu de vagues au Japon. D'abord parce que d'autres systèmes comparables existent déjà, pour d'autres usages, et dans d'autres industries. Ici, la reconnaissance faciale est passée dans les moeurs, elle sera par exemple au coeur de la sécurité des Jeux Olympiques de Tokyo à l'été 2020. 

En vidéo

Au salon de Tokyo, la reconnaissance faciale fait froid dans le dos

Surtout, omotenashi oblige,  le sourire obligatoire dans le commerce ne choque presque personne. Il faut remonter à 1979 pour trouver une décision de justice interdisant à un employeur de licencier l'un de ses employés pour cause de "personnalité morose".  De quoi garder un sourire de façade en toute circonstance, quitte à ce qu'il cache des émotions plus inquiétantes. Selon un sondage en ligne du site d'information Sirabee, cité par nos confrères du Daily Beast, 27% des employés japonais auraient un jour eu envie d'assassiner leur patron.

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter