Réseaux sociaux : faut-il se ruer sur Vero ?

Réseaux sociaux : faut-il se ruer sur Vero ?

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ON A TESTÉ - En quelques jours, le nouveau réseau social s’est hissé au sommet des App Stores et a passé le million d’utilisateurs. Mais le vent commence à tourner...

Comme un mouvement d’horloge, comme porté par l’attrait de la nouveauté, comme une réaction aussi aux évolutions et à la taille des grandes plateformes, chaque année nous apporte un nouveau réseau social, un challenger forcément différent, à même de corriger ou de compléter ce que Facebook, Twitter et Instagram font, ou ne font pas. Une bonne manière aussi de reprendre les choses de zéro, comme si l’on pouvait soudain "unfriender" son réseau social actuel, et reconstruire ses listes d’amis en les mettant à jour de nos relations actuelles, et pas de leur état il y a cinq ou dix ans. Et puis, pour de jeunes start-up, comment résister à l’envie d’aller chatouiller directement des géants ? Beaucoup s’y sont essayés, de Path en 2010 à Mastondon l’année dernière, en passant par Ello, par Diaspora, par tous ces projets un peu vite qualifiés de "Facebook/Twitter-killers". Vero est de ceux-là.

Un feu de paille ?

Premier détail curieux : Vero n’est pas vraiment nouveau. L’application date en fait de 2015, époque depuis laquelle elle vivotait. Ses créateurs la décrivent comme un réseau social qui s'inquiéterait d’abord de ses utilisateurs, des "gens qui aiment des choses assez pour les partager, et qui veulent savoir avec qui ils les partagent". Une profession de foi qui ratisse large, mais qui sonne comme du déjà entendu, de quoi expliquer que Vero soit pendant deux ans resté assez confidentiel.

Le retournement de situation a commencé avant Noël : soudain, la plateforme s’est mise à accumuler de nouveaux utilisateurs par milliers, chaque jour. Pas forcément un accident, Vero semble avoir trouvé des influenceurs prêts à la suivre, et surtout à inciter leur réseau à faire de même. Une opération qui aura réussi au-delà des espoirs du réseau social : il y a quelques jours encore, l’application mobile trustait la première place des téléchargements sur l’App Store d’Apple. De quoi provoquer lenteurs et bugs sur une plateforme visiblement pas encore dimensionnée pour accommoder un tel rush. Des soucis techniques depuis résorbés, il ne nous a fallu que deux minutes pour nous inscrire ce jeudi 1er mars sur Vero.

Les fonctions de Vero n’ont rien de terriblement original, elles rassemblent des choses picorées chez les autres, le tout dans une interface assez léchée, des couleurs sombres et des animations discrètes.


Comme sur Google+, et sur Facebook aujourd’hui, l’application vous demande de qualifier chaque nouvel ami, qu’il soit une simple connaissance ou un ami proche, pour toujours maîtriser finement la confidentialité de ce que vous partagerez. Le fil d’actualité, apparemment purement chronologique, ressemble à l’Instagram des débuts, en plus joli, et avec des options de partage plus généreuses, Vero ne se limite pas aux photos et vidéos mais élargit aux liens, musiques, films/tv, livres et lieux.

Gratuit, mais pas pour longtemps ?

En fait, la différence de Vero est ailleurs, dans le modèle économique que décrivent ses fondateurs. Ici, promis, pas de publicité ou de contenu sponsorisé inséré dans votre flux d’actualités. Vos données personnelles ne seront pas non plus un objet de commerce, non, Vero sera un réseau social payant et sur abonnement. Une réponse à tous ceux qui promettaient à Facebook qu’ils seraient prêts à payer quelques euros par mois pour un réseau sans pub. Ses créateurs promettaient au premier million d’utilisateurs d'être abonnés gratuitement et à vie - de quoi encourager l’arrivée de nouveaux membres pour amorcer la pompe - la promesse a depuis été étendue à tous les nouveaux utilisateurs à ce jour, pour compenser les soucis techniques des dernières semaines. L’histoire ne dit pas encore combien il faudra payer une fois la gratuité terminée, Vero promet que ce ne sera pas plus cher que quelques cafés par an.

Internet s’enflamme, puis s’interroge

Passée la fièvre de fin février, beaucoup se sont demandés d’où sortait ce nouvel entrant. Surprise, derrière Vero, on trouve Ayman Hariri, homme d’affaires milliardaire, fils du Premier ministre libanais Rafiq Hariri assassiné en 2005, son demi-frère Saad est l’actuel Premier ministre du pays. Pas n’importe qui donc, et c’est là que le bât blesse, dans une carrière d’associé chez Saudi Oger, géant du BTP saoudien, qui a par exemple construit le Louvre d’Abu Dhabi. Saudi Oger, aujourd’hui en faillite, accusée de n’avoir pas payé des milliers d’ouvriers étrangers parfois réduits à la misère ou à ce qui ressemble à de l’esclavage. Et ça, ça ne passe pas auprès des internautes, qu’ils soient sur Vero ou pas. De quoi, pour le réseau social, gérer d’un côté une vague de nouveaux utilisateurs sans précédent, et de l’autre répondre au hashtag #DeleteVero qui a fleuri… sur Twitter. Ayman Hariri a depuis protesté de son innocence et produit des documents censés prouver qu’il s’était retiré de Saudi Oger dès 2013. Pas sûr que le mouvement #DeleteVero ne dure, mais pour l’image, on fait mieux.


Alors, faut-il installer Vero ? Notre conseil : ouvrez un compte, et oubliez-le, en attendant de voir si la mayonnaise prend, au moins votre compte à vous sera gratuit à vie… si Vero tient sa promesse. Sur le fond, ce que toute cette histoire exprime clairement, c’est l’appétit de nombre d’utilisateurs pour un choix plus large de réseaux sociaux, ou au moins pour des réseaux sociaux différents, pas forcément centrés sur la publicité et les données de leurs utilisateurs. Autant de coups de semonce pour des géants qui savent bien qu’il y aura un jour un après-Instagram, un après-Facebook, et que les utilisateurs iront toujours là où leurs amis sont.

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