Parents, voici pourquoi vos enfants se sont fait bannir de Twitter et Instagram

Parents, voici pourquoi vos enfants se sont fait bannir de Twitter et Instagram

RÉSEAUX SOCIAUX - Des milliers d'adolescents ont vu leurs comptes Twitter et Instagram suspendus par les deux plateformes au cours de ces derniers mois, au prix de violentes crises de nerfs. Depuis le 25 mai et l'entrée en vigueur du nouveau règlement sur la protection des données personnelles, les utilisateurs français de moins de 15 ans doivent obtenir le consentement de leurs parents pour s'inscrire sur un réseau social. LCI fait le point.

Un peu comme si ça vie en dépendait, ou plutôt comme si toute l'histoire de sa vie, en l'espace d'un clic, venait de partir en fumée. Shana, 12 ans, se précipite, affolée, vers sa mère, avant d'éclater en sanglots. L'adolescente vient de recevoir un message d'Instagram qui l'informe que son compte a été suspendu. L'intégralité des contenus que poste, depuis bientôt deux ans, la jeune fille sur le réseau social sera supprimé d’ici 20 jours. L'instant d'avant, l'adolescente avait reçu une notification de la plateforme lui demandant d’indiquer son âge pour continuer à utiliser son service. En entrant la date exacte, "par erreur", Shana a vu son compte immédiatement bloqué par le réseau social.


Quelque soit le pays, l’âge minimum requis pour s'inscrire sur un réseau social, depuis leur invention, est fixé à 13 ans. Mais, à l'instar de Shana, beaucoup d'enfants mentent sur leur âge en indiquant une fausse date de naissance pour s'inscrire sur les réseaux sociaux. L'adolescente avait obtenu l’accord de ses parents, qui surveillaient avec la plus grande attention son usage. Mais ce n'est pas toujours le cas. Et les grandes plateformes sociales ont longtemps fermé les yeux. Pour s'inscrire sur Twitter, Shana n'avait pas eu besoin de mentir, puisque la plateforme n'exigeait pas d'indiquer sa date de naissance. C'est la raison pour laquelle un certain nombre de moins de 13 ans l'utilisait pour échanger des contenus et discuter avec leurs amis. 

En France, la majorité numérique est fixée à 15 ans

Mais voilà, depuis le 25 mai et l’entrée en vigueur du nouveau règlement européen sur la protection des données personnelles (RGPD), la loi impose aux plateformes un nouvel âge du consentement dans les pays de l'Union européenne (UE). En France, le seuil de la majorité numérique, c'est-à-dire l’âge à partir duquel le mineur n’a plus besoin de l’autorisation de ses parents ou tuteurs pour utiliser un réseau social, a été fixé à 15 ans, contre 16 ans dans la plupart des autres pays de l'UE. "A cet âge, on estime que l'adolescent possède la maturité suffisante pour comprendre les conséquences de partager ses données personnelles", déclarait récemment à LCI la députée (LaREM) Paula Forteza, rapporteure du texte. A compter de cette date, l’entreprise qui ne respecte pas la règle s'expose à une amende de 20 millions d'euros ou d’un montant équivalent à 4 % de son chiffre d'affaires mondial.

Au cours de ces derniers mois, les grandes plateformes, Twitter et Instagram en tête, ont donc décidé de mettre le holà et de traquer les mineurs qui mentent sur leur âge. Sur le réseau social à l'oiseau bleu, les utilisateurs qui avaient indiqué leur date de naissance et qui avaient plus de 13 ans ont dû fournir une autorisation parentale pour continuer à utiliser la plateforme. Ceux qui n'avaient pas indiqué leur date de naissance lors de la création de leur compte, alors qu'ils avaient moins de 13 ans, et qui l'ont fait une fois l'âge requis atteint, n'ont pas eu leurs mots à dire. Le réseau social à l'oiseau bleu a suspendu leurs comptes, en les invitant à en créer un nouveau. Les équipes de Twitter nous ont indiqué qu'elles travaillaient sur une solution pour que ces utilisateurs puissent conserver les contenus créés après 13 ans. Sur la plateforme, de nombreux utilisateurs ont fait part de leur mécontentement.

Difficile de chiffrer le nombre d'utilisateurs qui ont vu leurs comptes Instagram ou Twitter suspendus en raison de leur âge. Entre les complaintes des uns et les appels au secours des autres, l'information s'est répandue comme une traînée de poudre dans les cours de récréation et sur les forums Internet. Si bien qu'un certain nombre d'utilisateurs, alertés par leurs congénères, ont pu échapper à la suspension de leur compte Instragram ou Twitter, en indiquant une fausse date de naissance. Certains utilisateurs, qui possédaient plusieurs comptes sur ces plateformes, ont pu également passer entre les gouttes. Pour les autres, ceux dont les comptes ont été suspendus, un espoir subsiste : en contactant les supports techniques des différentes plateformes, ils peuvent toujours espérer récupérer leurs contenus.

Sur Facebook, une plateforme dédiée aux 13-17 ans

Sur le site de Mark Zuckerberg, les choses sont un peu différentes. Le géant américain a mis en place depuis 2013 une plateforme dédiée aux utilisateurs âgés de 13 à 17 ans. Au moment de leur inscription, les utilisateurs de moins de 18 ans sont automatiquement redirigés vers une plateforme dédiée, avec un contrôle parental. Ils n’ont donc pas accès à la version classique. Les adolescents qui ouvrent un compte Facebook se voit proposer un paramétrage limité à l’audience de leurs "amis" par défaut. 

Les utilisateurs de moins de 17 ans peuvent aussi publier des contenus visibles par tout le monde,  en modifiant les paramètres de confidentialité sur "public". Avant de valider le partage d’un contenu, les jeunes utilisateurs recevront une notification (pop-up) leur rappelant explicitement que leurs publications seront visibles par tous et leur précisant les implications de ce changement", explique le réseau social. Facebook met à la disposition de chacun (parents, enseignants, adolescents, pouvoirs publics) un espace dédié contenant des informations et des documents clé en main sur la sécurité sur Facebook.

 

Le site de Mark Zuckerberg propose également des protections et des paramètres de sécurité spécifiques pour les adolescents âgés de 13 à 17 ans. Notamment, par défaut, leurs profils Facebook ne sont pas référencés sur les moteurs de recherche. Pour en savoir plus sur la protection de la vie privée des mineurs, une page dédiée à ces questions est accessible sur la plateforme. 

Sur Snapchat, la chasse aux mineurs qui mentent sur leur âge n'a pas eu lieu

Snapchat, le média des millenials, a fait le choix de continuer de permettre aux moins de 16 ans d'utiliser sa plateforme. Les adolescents étant ses utilisateurs les plus fidèles et actifs, il est impératif pour le réseau social de conserver cette tranche d’âge dans son giron. En vertu du nouveau règlement sur la protection des données personnelles, tout comme ses rivaux Instagram et Twitter, l'entreprise a dû adresser un message à ses utilisateurs mineurs de moins de 15 ans afin d'obtenir le consentement de leurs parents ou tuteurs.


Le réseau social s'est engagé, en outre, à réduire la quantité de données collectées auprès des mineurs. Il a également mis en place un centre de confidentialité en ligne. Depuis le 25 mai, un site dédié permet aux utilisateurs de plateforme et à leurs parents de consulter la politique de confidentialité du réseau social : par exemple, quelles sont les informations collectées, pour quelle raisons et pour combien de temps, conformément à la nouvelle loi sur la protection des données personnelles. Snapchat n'a visiblement pas été aussi répressif que ses concurrents, Twitter et Instagram, afin de bloquer les comptes des utilisateurs mineurs qui trichent sur leur âge. On comprend aisément pourquoi...

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Le RGPD, le plan de l’Europe pour protéger vos données personnelles

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