Des doigts à la colonne vertébrale, les smartphones sont-ils en train de changer notre morphologie ?

Des doigts à la colonne vertébrale, les smartphones sont-ils en train de changer notre morphologie ?

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MUTATIONS - Une dizaine d’années auront suffi pour que les médecins observent des effets de l'usage intensif des smartphones sur notre corps. Des études scientifiques ont récemment alerté sur ces risques. LCI fait le point.

La recherche est encore balbutiante sur les effets de l’utilisation intensive des smartphones, un phénomène récent à l’échelle de l’histoire de l’humanité. Outre la dépendance qu'ils engendrent, on sait déjà que leur usage croissant a un impact sur notre concentration, perturbe notre sommeil et pousse notre rétine à s’auto-détruire, en raison de la lumière bleue émise par l’écran. Ce que l’on sait moins, en revanche, c’est qu’il aurait commencé à déformer notre main, comme le rapporte un article de Slate.


Une étude américaine, relayée cette semaine par la version française du site d’information, révélait l’an dernier que les étudiants déverrouillaient leur téléphone en moyenne cinquante fois par jour et y passaient quotidiennement 262 minutes, soit près de 1600 heures par an. Or, à force de verrouiller et déverrouiller l’écran, de "scroller" et "swipper" sur les applications, notre pouce est soumis à rude épreuve.

Un pouce de plus en plus gros ?

En 2016, une étude réalisée sur 2000 personnes au Royaume-Uni par l’entreprise de téléphonie O2 avait révélé que 5% de la population avait un pouce plus gros que l’autre. Cette surprenante déformation serait directement liée à l’utilisation des smartphones, les muscles du pouce actif étant plus utilisés que ceux de l’autre. Une évolution relativement rapide du corps humain qui toucherait donc une personne sur vingt. Chez les plus jeunes (entre 18 et 34 ans) ce chiffre monte à un sur dix. Néanmoins, pas de panique, nous ne devrions pas tous avoir des pouces géants dans le futur. Si elle est avérée, cette évolution morphologique devrait être stoppée par le développement de la reconnaissance vocale, qui permettra de déverrouiller les téléphones sans utiliser le pouce.

Une "bosse du smartphone" ?

Autre conséquence : avec l’agrandissement des modèles de téléphone, une courbe plus prononcée de l’auriculaire, celui sur lequel repose le téléphone dans la main, avait également été observée chez 8 % des personnes interrogées au cours de cette enquête. Partout ailleurs dans la main, la pulpe des autres doigts ou de la paume prend la forme de l'objet pour amortir la pression, explique Sonia Duprey, chercheuse au Laboratoire de biomécanique et mécanique des chocs (LBMC) à l'Université Claude-Bernard-Lyon 1, interrogée par Slate.


Mais la zone de l'auriculaire où est maintenu le smartphone n'est pas censée supporter un objet et ne comporte que peu de tissus mous. Conséquence : la pression est plus grande et l'épiderme s'épaissirait. "Il est possible qu’à l’avenir, plus personne n’ait cette bosse de l’écriture et que tout le monde ait cette bosse du smartphone", estime la chercheuse Sonia Duprey, du Laboratoire de biomécanique et mécanique des chocs (LBMC) à l'Université Claude-Bernard-Lyon 1, interrogée par Slate. Mais cette callosité auriculaire ne serait que temporaire, comme l'a déjà montré le passage du stylo au clavier.

Attention à "l'iPosture"

Mais ce n'est pas tout. L’abus de smartphone nuirait également à la colonne vertébrale. En effet, les écrans mobiles nous obligent à baisser la tête. Vous avez peut-être déjà entendu parler de l'"iPosture", un terme pour désigner la tête penchée sur son iPhone, ou du "text-neck", que l'on pourrait traduire par "coup du texto". En 2014, une étude relayée par le Washington Post avait démontré qu’utiliser son téléphone portable en baissant la tête, qui pèse entre 4,5 et 5,5 kilos chez l'adulte, revenait à supporter une pression de 27 kg sur le cou. Cette position peut provoquer des problèmes de dos sur le court terme, mais sur la durée elle pourrait conduire à une déformation de la colonne vertébrale, pouvant mener à une opération chirurgicale. 

Pour alléger la pression sur la colonne vertébrale, notait cette même étude, il faut au contraire adopter une position où "les oreilles sont alignées avec les épaules et ces dernières rejetées en arrière". D’autres études démontrent même que se tenir bien droit peut améliorer le bien-être. En effet, un bon alignement de la colonne vertébrale augmenterait le niveau de testostérone ou de sérotonine et diminuerait le niveau de cortisol, l’hormone du stress.

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