A la campagne, le "Smart Village" veut parler d'égal à égal avec la "Smart City"

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DÉCONCENTRÉS - Si la campagne gagne en population depuis plusieurs décennies, tous les villages ne sont pas concernés. Ceux qui s'en sortent le mieux sont ces "Smart Villages", qui multiplient les projets numériques. Des initiatives qui commencent par l'accès au très haut débit, mais pas seulement. Explications.

Vu des villes, on considère souvent les campagnes comme des territoires en déclin. Une idée globalement fausse, l'exode rural s'étant arrêté dans les années 1970. Depuis 40 ans, les petites villes gagnent en population, surtout quand elles sont à portée d'un ou plusieurs bassins d'emploi. Selon le Commissariat à l'Égalité des territoires, sur les sept millions de Français qui déménagent chaque année, plus de la moitié se déplacent ainsi vers une zone moins dense en population. 


Un constat réjouissant qui cache une réalité beaucoup plus contrastée : dans les villages de France, il y a ceux qui avancent et ceux qui stagnent. Affaire de moyens, de situation géographique, de démographie, mais aussi d'initiatives. Parmi celles dopant l'attractivité des campagnes, figurent les "Smart Villages", ces actions locales qui créent du lien, de l'activité et permettent de conserver les administrés et d'en gagner de nouveaux. Alors, un peu de fibre optique et le problème serait donc réglé ?  Pas forcément.

L'enjeu, c'est de dessiner le futur que l'on veut, de créer des projets de territoires, des projets coopératifs à écrire avec ses habitantsSébastien Côte, Commissaire Général du forum RuraliTIC

Pour Sébastien Côte, président du forum RuraliTIC, qui observe le développement de ces "Smart Villages", l'association avec l'accès au très haut débit n'est en fait que la première pierre de l'édifice. "En tant que maire d'un petit village, si votre problème est technique, il est déjà résolu. Les solutions pour amener le très haut débit partout existent pour tous. D'ici à 2025, la France sera dans le tiercé de tête de la fibre en Europe", explique-t-il à LCI. "Mais l'enjeu, c'est de dessiner le futur que l'on veut, de créer des projets de territoires, des projets coopératifs à écrire avec ses habitants". 


Des projets dont le numérique est évidemment souvent le levier, quand il s'agit de les co-créer avec ses administrés pour favoriser leur participation ou pour organiser des initiatives. Sans plateforme numérique commune, pas de formation à distance, de téléconsultation ou d'auto-partage efficace.  Mais comme le répètent à l'envi les élus locaux, là où le bât blesse, c'est le financement. Difficile en effet de se lancer dans de grands travaux avec des dotations de fonctionnement de l'ordre d'un euro par habitant quand les villes en engloutissent le double. 

Aujourd'hui, l'essentiel de l'emploi est dans les villes, et l'essentiel de l'habitat dans les campagnes. Il faut transformer ce déséquilibre en atout.Thierry Suaud, Maire du Portet-sur-Garonne

Mais, la bonne nouvelle, c'est que le "Smart Village" n'est pas juste affaire de technologie. Il peut aussi aider à résoudre les soucis des grandes villes. Au Portet-sur Garonne, dans la banlieue sud de Toulouse, l'arrivée de la fibre a ainsi permis de nouveaux projets. Dans cette ville de 10.000 habitants, on travaille notamment à transformer un ancien centre culturel en un tiers-lieu, un espace de télétravail d'une dizaine de bureaux. Les habitants de la commune pourraient les utiliser quelques jours par mois plutôt que d'affronter les bouchons toulousains. 


Une initiative menée de front avec d'autres petites villes de l'agglomération. L'objectif : qu'elle soit  financée à terme par des entreprises -on pense forcément à Airbus- qui auraient tout à y gagner. "Ce n'est pas révolutionnaire", sourit Thierry Suaud, le maire du Portet, "on est juste malins. Les grandes entreprises gagneront en productivité à favoriser le télétravail et nos administrés gagneront en bien être. Cela évite le temps perdu, on retrouve du pouvoir d'achat et de l'engagement dans la vie locale."

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Airbus : quand les avions créent des emplois à la campagne

Un "effet Gilets Jaunes" ?

Avec tant de potentiels et de besoins, pourquoi les "Smart Villages" ne se généralisent-ils pas ? Pour le fondateur de RuraliTIC, "le frein est mental et il est à Paris. Il faut arrêter de penser que big is beautiful, il faut égaliser les dotations. En ce sens, les Gilets Jaunes ont, selon lui, aidé la prise de conscience. "Nous avons vu que l'on s'asseyait depuis des années sur 60% du potentiel humain des territoires", plaide-t-il. Le 'Smart Village' aujourd'hui, c'est une manière de montrer qu'en face de la 'Smart City', il y a des villes avec lesquelles on peut créer du Smart Territoire", ajoute-t-il.


Une prise de conscience qui existe d'ailleurs désormais à l'échelle européenne : depuis 2016, l'UE a lancé un programme de soutien aux 'Smart Villages', dans le cadre de ses actions de soutien à la ruralité. Pour les communes françaises, une  autre piste tient également dans le "Manifeste des Smart Villages". La prochaine édition du forum Ruralitic se tiendra, elle, à la fin du mois d'août.

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