Traçage numérique : entre suivi et surveillance, les pays étrangers ont déjà commencé à expérimenter

Différentes applis de traçage numérique sont testées à travers le monde
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RETOUR D'EXPERIENCE - Si la France s’interroge encore sur les dispositions de mise en place de son application de traçage StopCovid, que l’Allemagne et la Grande-Bretagne peaufinent aussi leur projet, de nombreux pays ont déjà opté pour un suivi numérique de leurs concitoyens. Tour d’horizon des expériences à travers le monde.

Application ou pas application ? Piste évoquée parmi les mesures de déconfinement à partir du 11 mai, l'application ne fait finalement pas partie du plan gouvernemental présenté aux députés mardi par le Premier ministre. Son utilisation fera l'objet "d'un débat spécifique, suivi d'un vote spécifique", a précisé Edouard Philippe. 

Cependant, nombreux sont les pays à se poser la question pour tenter d’endiguer l’épidémie de coronavirus qui frappe la planète. Suivre ou repérer les personnes contaminées, prévenir les personnes croisées ou surveiller la propagation du virus : derrière les applis mobiles qui ont vu le jour se cachent des philosophies bien différentes.

L'Europe peine à mettre en place une solution centralisée

Si l’Asie s’est majoritairement pliée à ce traçage numérique des habitants, l’Europe freine encore des quatre fers. Les pays européens ont tenté la mise en place d’un protocole unique pour unifier les processus et centraliser les données anonymisées afin de s’échanger des informations sur l’évolution du virus. Mais l’idée semble avoir fait son chemin, en raison des risques avancées pour les libertés individuelles. La France attend de s'assurer de toutes les garanties de protection de confidentialité avant de mettre en place son appli StopCovid tout comme la Grande-Bretagne. La Norvège, l'Autriche ou encore l'Islande ont lancé leur appli de traçage des contacts potentiels de malade. 

L'Espagne mise sur son appli d'auto-diagnostique et accompagnement. Madrid a même autorisé en plus le pistage de 40 millions d'appareils après un accord avec les opérateurs Telecom. L'Italie prépare le terrain pour Immuni, son application mêlant traçage Bluetooth et suivi GPS qui devrait bientôt arriver. La Lombardie, épicentre de l'épidémie dans le pays, a commencé à tester une application de traçage (AllertaLOM) pour juger de la contamination de la population invitée à remplir un questionnaire (vidéo ci-dessous). L’Allemagne, quant à elle, attend désormais la mise en service du protocole élaboré conjointement par Apple et Google -rejeté par le ministère de la Santé britannique- pour concevoir une solution qui serait compatible avec la majorité des smartphones.

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En Italie, la Lombardie teste déjà une application de traçage des malades du Covid-19

Faute d'application "officielle", d'autres ont vu le jour en parallèle pour pister le virus et ses symptômes. En Grande-Bretagne, les chercheurs du King's Cross College ont très tôt lancé Covid Symptom Tracker, téléchargée près de 2,7 millions de fois. Par le biais d'un questionnaire et du partage de données personnelles (taille, poids, sexe, antécédents...), ils ont ainsi pu savoir que le virus était sans doute entré sur le territoire dès janvier, bien avant que les premiers cas soient détectés, et que le nombre de malades était nettement supérieur aux chiffres officiels. Leur énorme base de données sur la maladie avait également permis d'identifier la perte du goût ou de l'odorat comme symptômes.

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Singapour : un exemple en trompe-l’œil

La France a toujours revendiqué que son modèle d’appli de traçage était celui expérimenté à Singapour. Pourtant, beaucoup de choses différencient l’Hexagone de la cité-Etat. Déjà sa superficie et surtout sa population (5,7 millions seulement, moins que l'Île-de-France). Réputés plus technophile et early adopters que les Français, les Singapouriens n’ont pourtant été que 19% à télécharger l’appli locale, TraceTogether. Celle-ci fonctionne exactement comme StopCovid, basée sur le Bluetooth et les suivi des personnes croisées pour identifier la circulation du coronavirus, sans utiliser d’informations personnelles autres que le numéro de téléphone et des identifiants chiffrés. Singapour s’était félicité des premiers résultats obtenus pour endiguer l’expansion de l’épidémie dans le pays. Mais la seconde vague a été plus forte et l’application, trop peu téléchargée, n’a pas empêché les autorités d’avoir finalement recours au confinement dès le début avril.

Taiwan : le tracking sécuritaire des mises en quarantaine

Taiwan a joué la carte sécuritaire dès la mi-mars. Car l’application n’est pas là pour vous avertir si vous avez croisé une personne malade, mais plutôt pour vérifier si une personne contaminée respecte bien sa quarantaine. Une "clôture électronique" en quelque sorte pour "empêcher les gens de courir et propager l’infection", expliquait le responsable du département de cybersécurité de Taiwan. L’appli mise en place envoie des signaux téléphoniques si la personne s’éloigne un peu trop de son domicile ou éteint son téléphone. Pour éviter que les malades laissent leur smartphone à la maison pour se déplacer, les fonctionnaires d’Etat appellent également deux fois par jour. Et l'amende peut monter jusqu’à 30.000 euros.

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Thaïlande : stopper le virus dès la descente de l’avion

Avant même que le transport aérien ne soit arrêté, le pays avait obligé tout visiteur présentant de possibles symptômes à télécharger une application de surveillance. Celle-ci permet de savoir où un individu se trouve en cas de test positif.

Australie : pister pour libérer

COVIDSafe utilise aussi le Bluetooth pour avertir les personnes qui se sont trouvées à moins de 1,5 mètre d'un malade durant au moins 15 minutes. L’appli permet de récupérer la liste des numéros de téléphone. En misant sur une appli de tracking, les autorités sanitaires espèrent ainsi pouvoir lever certaines restrictions de déplacement et de rassemblement. Gratuite et basée sur le volontariat, il faudra évidemment qu’elle suscite l’adhésion du plus grand nombre. Pour y parvenir, le gouvernement a expliqué qu’elle pourrait être utilisée sous un faux nom et que les données seraient toutes effacées au bout de trois semaines. Après quelques jours, déjà deux millions d’Australiens l’avaient téléchargée.

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QR Code, géolocalisation et bracelets d'activités parmi les alternatives

La Chine : le QR Code pour signaler le niveau de risque

L’Empire du milieu a également opté pour une application, mais un peu différente. Et pour éviter d’être confronté à un manque de téléchargement pour être suffisamment efficace, Alipay Health Code est tout simplement devenue obligatoire… pour pouvoir sortir. Car l’appli conçue par le groupe chinois Alibaba se base sur les déplacements de l’utilisateur enregistrés par le GPS du smartphone pour savoir s’il s’est rendu dans des lieux à risques et donc s’il est potentiellement porteur du virus. De ces informations, l’appli en tire un QR Code coloré : vert, vous êtes libres d’aller où vous voulez ; rouge, sortie interdite et quarantaine de 14 jours (jaune, 7 jours de mise à l’écart). Pour accéder à certains endroits publics, il faut donc montrer patte blanche et son QR Code. 

La Corée du Sud : géolocalisation et suivi de pointe

Pas de confinement dans le pays, ce qui a fait rêver plus d’un chef d’Etat. Mais un système de pistage et dépistage très précis. La Corée du Sud a opté pour un dépistage massif de la population. En parallèle, elle a mis en place un tracking de tous les déplacements d’un malade en cas de déclaration d’infection. Et par le biais de tous les moyens possibles de géolocalisation par satellite notamment (smartphone, utilisation de la carte bancaire, caméras de surveillance…). Les personnes qui ont croisé un malade sont averties par notification. Elles ont accès à l’itinéraire très précis et horodaté qu’a emprunté celui-ci les jours précédents (restaurants, transports, magasins…), ainsi que des informations sur la personne (sexe, âge, port du masque…). Mais certains Coréens ont déploré la stigmatisation d’établissements et de personnes qui en ressortait. 

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L’Allemagne : le suivi via… les bracelets d’activité

Avant son appli de tracking Bluetooth, l’Allemagne teste d’autres alternatives. Et en premier lieu, les bracelets connectés de fitness. L’institut Robert Koch, en charge de la lutte contre l’épidémie, a lancé début avril une appli nommée Corona-Datenspende (dons de données corona) basée sur le volontariat. Elle s’appuie sur les données des traqueurs d’activité comme les bracelets Fitbit et autres montres connectées de type Apple Watch. Les données remontées (géolocalisation, rythme cardiaque, température corporelle, etc.) ont ainsi permis de cartographier la propagation du virus. Ici, pas de notification si vous avez croisé une personne malade ou si vous l’êtes vous-même. Mais un moyen de vérifier si les mesures prises par le gouvernement sont efficaces.

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