Trolls, abus, harcèlement... : pour le patron de Twitter, "la priorité, c'est la sécurité physique des utilisateurs"

Trolls, abus, harcèlement... : pour le patron de Twitter, "la priorité, c'est la sécurité physique des utilisateurs"

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RÉSEAUX SOCIAUX - Dans une longue interview -conduite en public sur Twitter-, Jack Dorsey, le patron de l'entreprise, dit vouloir s'attaquer aux comportements toxiques qui polluent son réseau social. Et confirme qu'il a du mal à rentrer dans les détails sur la manière d'y parvenir.

L'affiche était belle. D'un côté, Jack Dorsey, @jack himself, cofondateur de Twitter et patron de l'entreprise. De l'autre, Kara Swisher, ex-prêtresse du high-tech au Wall Street Journal, aujourd'hui éditorialiste au New York Times. Tous deux réunis pour une interview-choc consacrée à Twitter, aux fake news ou encore à la toxicité ambiante et la capacité du réseau social à l'endiguer. Le tout agrémenté par les questions et les commentaires en temps réel des internautes.


Dès le début, Swisher affiche la couleur. "J'aimerais des réponses précises (...) On dit de vous que si  on insiste pour avoir un exemple clair et sans ambiguïté de quoi que ce soit, vous vous refermez." La suite lui donnera raison, même si l'entretien recèle quelques pépites.

Sortir de la culture de l'outrage

Si Jack Dorsey prend la parole, c'est parce que Twitter est devenu l'un des moteurs de la conversation sur le web, comme un pouls du réseau, où la température monte très vite quand le débat s'enflamme. Aux États-Unis, l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche n'a rien fait pour policer les conversations, bien au contraire. Rajoutez à cela le phénomène des fake news, toutes les agressions verbales du quotidien, et Twitter se voit soudain comme faisant partie du problème plutôt que comme la solution. 


Le passage à 280 caractères de la taille limite des messages n'y aura rien fait : il est toujours plus facile de mal interpréter un message court sans contexte, de prendre ombrage d'une expression mal dite, bref, de s'enflammer face à un tweet dont on n'aurait compris ni le contexte, ni l'intention, ni l'auteur, anonyme ou non.

"Je n'aime pas la façon que Twitter a d'encourager l'outrage, les raccourcis, la pensée à court-terme, les chambres d'écho et les conversations fragmentées. Est-ce réparable ? Je pense que nous pouvons faire beaucoup. Et notamment changer nos fondamentaux"

Ne pas laisser les victimes seules responsables

Tout cela, Dorsey l'a analysé, compris, et c'est promis, il veut agir. Premier constat : en cas de souci, de harcèlement, d'insultes, de menaces, tout repose pour l'instant sur les épaules de la victime. À elle de signaler les tweets, les comptes incriminés et d'attendre la réaction de Twitter, pas toujours aussi décisive et rarement aussi rapide qu'on l'aurait voulu. Faire la police du tweet n'est il est vrai pas chose simple pour une entreprise de 3.500 personnes qui compte plus de 350 millions d'utilisateurs. 


Arriver à anticiper, à prendre en main une situation avant qu'elle ne dégénère, "c'est la chose la plus importante dont on doit s'occuper, on doit y remédier", admet le patron de Twitter. "Il faut que l'on devienne proactifs dans le maintien de l'ordre et le soutien à une conversation plus saine. Il faudra changer nombre de fondamentaux pour y arriver. (...) Il faut que signalement et blocage ne soient que le dernier ressort". Comment ? Nous n'en saurons pas plus pour le moment, toujours ce souci avec les détails...

Pour autant, au moment de s'attaquer à l'hydre des contenus toxiques sur sa plateforme, Jack Dorsey a trouvé sa priorité : éviter tout débordement au-delà de Twitter. En clair, s'inquiéter de la sécurité physique de ses utilisateurs, quand le harcèlement en ligne se transforme parfois en harcèlement tout court, voire en agression physique. 


"Nous n'allons pas créer une force de police. Mais il faut que l'on s'inquiète en premier des activités en ligne qui peuvent avoir un impact sur la sécurité physique. Les entreprises comme la nôtre l'admettent trop peu, et ne s'en occupent pas assez." (...) "Au travers de la plateforme et de nos règles de fonctionnement, nous devons faire baisser les probabilités que cela arrive."

Nous avions une idée en tête en créant Twitter. Le monde nous a montré comment il voulait l'utiliser. Il y a eu beaucoup de choses formidables, beaucoup de choses inattendues, et beaucoup de choses négatives. Nous n'avons pas été assez rapides pour observer, pour apprendre, et pour faire mieux.

En vidéo

Scandale de la "Ligue du lol" : de quoi parle-t-on ?

L'aveu est bien là : plus de dix ans après son lancement, Jack Dorsey, longtemps concentré sur la rentabilité du réseau social, aujourd'hui assurée, est un peu dépassé par ce que Twitter est devenu. Twitter est aujourd'hui un réseau ouvert, façonné par ses utilisateurs, pour le meilleur et pour le pire. Et pour le pire, c'est promis, les solutions arrivent. Il faudra juste être patient, avant d'en connaître le détail.


Ndlr : à noter que même si le New York Times, le journal où travaille Kara Swisher, a consacré un article à l'affaire de la "Ligue du Lol", le sujet n'a pas été abordé dans cette interview.

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