Twitter rend-il bête ? Oui si l'on en croit cette expérience menée sur des étudiants italiens

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INTERNET - Une étude menée par des chercheurs italiens montre que l'utilisation de Twitter en classe, à des fins d'apprentissage, nuit aux résultats des élèves.

Utilisé quotidiennement par quelque 186 millions de personnes à travers le monde (dont 10 millions en France), Twitter est régulièrement pointé du doigt pour son rôle dans la prolifération des "infox" et pour être devenu, au fil du temps, un "déversoir de haine" plutôt qu’un lieu d’expression comme à ses débuts. Mais le réseau social à l'oiseau bleu rend-il bête ? C’est la question, pour le moins radicale, que s’est posée une équipe de chercheurs italiens. Et selon leurs conclusions, la plateforme pourrait effectivement nuire à l’intelligence de ses utilisateurs. 

Rassurez-vous : les hashtags, retweets et autres "likes" ne détruisent pas vos cellules cérébrales. Toutefois, selon ces chercheurs du département des sciences économiques et financière de l’Université catholique du Sacré-Cœur de Milan, Twitter ne permet pas d’accroître les capacités cérébrales de ses utilisateurs. Pire, à les croire, le réseau social contribuerait à faire décliner leur intellect.

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Relayée par le Washington Post, leur enquête a été réalisée sur un échantillon d'environ 1500 étudiants en littérature fréquentant 70 lycées italiens au cours de l'année universitaire 2016-2017. La moitié des étudiants a utilisé Twitter pour analyser Le décès de Mattia Pascal (1904), de Luigi Pirandello, prix Nobel italien de Littérature, qui fait la satire des questions de connaissance de soi et de destruction. Ils devaient poster des citations et leurs propres analyses de l’œuvre, tout en commentant les tweets écrits par leurs camarades de classe. L'autre moitié a étudié l’œuvre en suivant les méthodes d'enseignement classiques, en classe. Les élèves ont dû ensuite remplir un questionnaire permettant d’évaluer la compréhension et la mémorisation du livre. 

Résultat : l’utilisation de Twitter aurait réduit les performances au test "d'environ 25 à 40% par rapport à la moyenne globale", souligne l’étude.  De "très gros effets" selon Jeff Hancock, directeur fondateur du laboratoire de médias sociaux de l’Université de Stanford, cité par le Washington Post. La baisse a été particulièrement marquée chez les élèves les plus performants. Dans ses conclusions, le principal auteur de l’étude, Gian Paolo Barbetta, professeur d’économie politique, souligne que cette enquête renforce la conclusion selon laquelle les blogs et les sites de réseautage social nuisent activement aux performances, au détriment de l’apprentissage. Une porte-parole du réseau social, jointe par le Washington Post, a refusé de commenter l'étude.

Si ces travaux interpellent, ils ont également leurs limites. Jack Dorsey, le PDG de Twitter, ne prétend en aucune manière que Twitter puisse rendre ses utilisateurs plus intelligents. Surtout, l'auteur principale de l'étude reconnaît lui-même que des travaux complémentaires sont nécessaires avant de  tirer des conclusions définitives sur les "éventuels effets néfastes" de cet outil sur l'apprentissage. "Au fur et à mesure que les résultats s'accumulent, nous devrions absolument nous méfier de la manière dont nous utilisons les plateformes sociales", dit-il. 

Quoi qu'il en soit, l'étude contribue au scepticisme croissant quant au fait qu’un certain nombre d’activités humaines, et  notamment l'apprentissage, peuvent être transférées vers les outils numériques. Il y a deux ans, un rapport académique a montré que la lecture sur écran poussait au survol. Dans une étude de 2016, il a été découvert que les résultats aux tests étaient plus faibles chez les étudiants américains de premier cycle affectés dans des salles de classe où l’utilisation d’ordinateurs était autorisée, par rapport à ceux qui devaient utiliser un stylo et du papier.

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