Michel Ancel : "le jeu vidéo, un terrain de jeu infini à parcourir"

Michel Ancel : "le jeu vidéo, un terrain de jeu infini à parcourir"

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JEU VIDÉO - Parmi les visages familiers de l'univers du jeu vidéo, Rayman, personnage sans bras ni jambes, est reconnaissable entre tous. Un héros d'Ubisoft que l'on doit à un Français. A l'heure où "Rayman Legends" vient de faire son apparition, rencontre avec Michel Ancel, son créateur.

Au royaume des têtes familières du jeu vidéo, aux côtés de Mario et Sonic, un troisième larron compose la sainte-Trinité ancestral - entendez, des années 1980-90 : Rayman. Un petit être à la houppette et au tee-shirt violet, sans bras ni jambes, que l'on doit à un Français, Michel Ancel, devenu l'un des créatifs les plus reconnus à travers le monde. Basé à Montpellier quand l'art vidéo-ludique se joue souvent dans la capitale, il aime sa vie au grand air loin du tumulte parisien. "J'ai l'espace, le calme, la plage. Le matin, je pète des moules et je vais nourrir un poulpe qui se trouve près de chez moi", confie-t-il à MYTF1News. Le décor est planté et le ton (humouristique) est donné. C'est parti pour un long entretien avec l'un des fers de lance de la création de jeu vidéo à la française.


Michel Ancel est un amoureux du jeu vidéo et sa passion est communicative. "J'y suis venu par amour et par curiosité pour cet univers qui me fascinait", explique-t-il. "Quand j'étais jeune, je n'en avais pas car, à l'époque, ça coûtait cher. Alors, j'imaginais ce qu'était un jeu vidéo, les mondes fabuleux qui allaient s'offrir à moi. C'était le début des images de synthèse, des premiers mondes virtuels que je me voyais déjà aller visiter". Michel Ancel a gardé cette âme d'enfant émerveillé par le jeu "Turbo", le film "Tron" ou encore les premières consoles des années 1980.

"Donner une clé"

Ce même enfant qui, devenu adolescent, crée ses premiers jeux à 14-15 ans, avant d'être embauché par Ubisoft deux ans plus tard, après avoir présenté son tout premier projet. "A l'époque, on était vraiment gamers, on avait senti qu'il y avait quelque à faire dans le jeu vidéo et on voulait en être acteur", explique le Montpelliérain. Près de 25 ans plus tard, il garde cette même envie, jamais lassé de la richesse que peut toujours apporter son monde virtuel. "C'est un terrain de jeu encore plus grand aujourd'hui, avec de plus en plus d'outils, une planète infinie à parcourir. C'est magique," renchérit-il.


Car c'est ainsi que Michel Ancel voit son métier: "Donner une clé vers un univers qui n'existe pas, dont le joueur devient acteur et dont l'exploration est sans limite". Un monde qui se crée et s'anime autour de l'image et de la musique. Une philosophie que l'on retrouve dans toutes ses créations et notamment dans l'univers poétique de Rayman. A l'entendre parler avec enthousiasme de son quotidien, on comprend d'ailleurs qu'il se retrouve un peu dans ce personnage emblématique : un grand enfant rêveur, un brin décalé, mais toujours enjoué.

Spielberg et Jackson ont été séduits

Jade, l'héroïne du jeu Michel Ancel a une imagination fourmillante, nourrie d'une enfance vagabonde, de pays en pays à la suite d'un père militaire. On lui doit aussi bien les déjantés Lapins Crétins que Jade, la photoreporter réaliste du jeu d'aventures très acclamé "Beyond Good and Evil" (2003). Il n'hésite d'ailleurs pas à se mettre en scène dans une vidéo délirante, attaqué par les Lapins Crétins dans son studio. C'est sans doute ce mélange de créativité et de grain de folie qui a plu à Peter Jackson et Steven Spielberg, lesquels sont venus chercher ce petit Frenchy pour réaliser les jeux vidéo accompagnant les blockbusters "King Kong" et "Tintin : Le Secret de la Licorne". "Ce sont de grands gamins et de vrais joueurs. On voit qu'ils ont envie de s'amuser", raconte Michel Ancel.


Ils avaient tous les trois de quoi être sur la même longueur d'onde. Et s'il a trouvé "frustrant" de ne pas pouvoir travailler plus étroitement avec ces deux monstres du cinéma, il avoue avoir pris du plaisir à le faire et rêve de les retrouver pour une véritable création vidéo-ludique. "On a réalisé qu'on pouvait tout à fait travailler avec des réalisateurs, surtout eux qui sont joueurs. Car, ils étaient capables de comprendre les spécificités du jeu vidéo et de notre travail", résume ce fan de cinéma.

Non au cinéma, oui au jeu mobile

Mais pas de quoi imaginer déjà son nom sur grand écran. "Le cinéma, ça ne me tente pas du tout", répond-il quand on lui demande s'il troquerait son ordinateur pour une caméra. "Je n'aurais ni l'énergie ni le temps pour devenir un bon. Si le jeu vidéo n'existait pas, peut-être. Mais je m'accomplis dans ce que je fais et j'ai envie de progresser", explique ce fidèle à Ubisoft depuis ses débuts. Pourtant, pour son comparse Christophe Héral, compositeur de musique de films et désormais de jeux vidéo, Michel Ancel a contribué à faire sauter des barrières entre les deux univers en n'hésitant pas à faire appel à des "concept artists" et autres métiers issus du cinéma pour réaliser ses jeux au sein d'Ubisoft Montpellier. Un pont avec le cinéma d'animation qu'il ne souhaite pas pour autant franchir.


Car le créatif du sud n'échangerait pour rien au monde ses univers virtuels. Il s'est déjà fixé d'autres objectifs comme les jeux mobile, le jeu online ou en communauté. "La connectivité, c'est la véritable innovation aujourd'hui", avance-t-il. Il réfléchit également à des possibilités sur les consoles nouvelle génération qui verront bientôt le jour. "On ne veut pas faire du portage (déployer un jeu identique sur plusieurs consoles, ndlr) pour du portage, mais réfléchir aux capacités de chaque console pour être au plus près de la façon de jouer des gens", confie-il. Dans un coin de sa tête aussi, trotte aussi un autre projet, un retour de l'un de ses personnages fétiche : Jade, l'héroïne de "Beyond Good and Evil".

Portrait Geek

 Console ou ordi ? C'est dur, mais je dirais console


PS3 ou Xbox 360 ? PS3


Matin ou Soir pour jouer ? Soir... les deux en fait.


Mario ou Luigi ? Mario. Luigi, il est crétin non ? C'est bien 'crétin', mais bon... C'est un peu Mickey et Dingo ces deux-là quand même.


FIFA ou PES ? Je n'y joue pas en fait. Mais bon, j'aime bien Konami donc je vais dire PES


Rayman ou les Lapins Crétins ? (hésitation...) Rayman, bien sûr ! C'est une histoire de temps passé et d'affection avec le personnage. Mais ça me plairait de refaire du "Lapins crétins"


FPS ou RPG ? Plutôt FPS, mais maintenant, il y a 250 000 trucs différents.


Steven Spielberg ou Peter Jackson ? joker... Peter Spielberg ?!


Paris ou Montpellier ? Montpellier ! J'adore la nature et la mer. C'est un peu comme le jeu vidéo : une surface où on ne voit rien au-dessus, et dessous, il y a tout. On n'imagine pas tout ce qu'il y sous la mer à Montpellier.

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