Un détecteur de mensonges dopé à l'intelligence artificielle contrôlera bientôt les passeports aux frontières de l'UE

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IMPLACABLE - Il s'appelle iBorderCTRL, c'est le nouvel agent virtuel qui contrôlera dès 2020 les passeports à l'entrée de l'Union. Un détecteur de mensonges dopé à l'intelligence artificielle, déjà testé dans trois pays européens.

Les Français qui prennent l'avion et nombre d'Européens connaissent déjà Parafe, le système automatisé de contrôle des passeports biométriques. Un moyen de fluidifier les passages aux frontières - quand les portiques fonctionnent - et de vérifier à coup sûr l'identité du porteur d'un passeport. Des systèmes de ce genre, il en existe plusieurs à l'intérieur de l'Europe, et tous se préparent à une sérieuse mise à jour. Son nom, c'est iBorderCTRL, un système intelligent de contrôle aux frontières dopé à l'intelligence artificielle.

Première différence : le système commencera à travailler bien avant que vous ne vous présentiez à un poste de contrôle. Sur un ordinateur personnel ou grâce à une application mobile, iBorderCTRL vous demandera de fournir à l'avance des informations de base sur votre voyage, des détails d'état-civil, et renseigner les données de base de votre pièce d'identité, sur le modèle des informations courantes que vous demanderait un agent au moment du contrôle. Pendant le voyage, ces données pourront être vérifiées, comparées à ce que le système sait de vos titres de transports, de vos déplacements passés, voire même de ce que vous avez publié sur les réseaux sociaux. L'application pourra également demander à prendre votre photo, pour la comparer à des clichés précédents.

Hongrie, Lettonie et Grèce le testent déjà

À partir de ces données, le système vous assignera une note, une évaluation du risque de fraude que vous représentez ou non, qui déterminera la suite des événements une fois arrivé au poste-frontière, ce que sont déjà en train de tester la Hongrie, la Lettonie et la Grèce, pour un premier programme pilote de six mois à l'une de leurs frontières. Là, un appareil fixe ou mobile contrôlera votre passeport biométrique, et vérifiera que vous en êtes bien le titulaire. Si tout concorde, vous pourrez passer. En cas de doute,  un agent virtuel affiché à l'écran pourra vous poser des questions simples, pas tant pour utiliser le contenu de vos réponses que pour analyser vos réactions à chaque question. "Que contient votre valise ?" pourra par exemple être suivi de "Si j'ouvre votre valise, est-ce que je constaterai que vous m'avez menti ?".

Le système va collecter des données qui dépasseront la simple biométrie, pour aller jusqu'aux bio-marqueurs du mensonge.- George Boultadakis, Coordinateur du projet iBorderCTRL

Selon nos confrères du New Scientist, le système sait tenir compte du sexe, de l'origine ethnique et de la langue parlée, pour s'adapter à son interloculeur. Il sait surtout détecter 38 micro-expressions du visage, celles qui vous trahissent quand vous vous écartez de la vérité. Un détecteur de mensonges qui se baserait uniquement sur votre image, sans besoin de capteurs supplémentaires. Si vos réponses et vos réactions ne suffisent pas à lever les doutes du système, vous serez orienté vers un contrôle plus poussé, et entièrement humain, celui-là.

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Éviter les "faux-positifs"

Si le système garde une couche d'humanité en dernier recours, c'est parce que ses concepteurs savent que son efficacité a encore des limites. Pour l'instant, le système arriverait à détecter l'intention réelle d'un voyageur dans les trois-quarts des cas, un chiffre que les promoteurs du projet voudraient porter à 85%, pour en faire un filtre efficace, un premier moyen de contrôle simple, sans pour autant remplacer les agents de contrôle aux frontières. Le projet, dans lequel l'UE a investi près de cinq millions d'euros, n'a pas encore de date de déploiement prévue. Ironie du sort : il est co-développé avec les chercheurs de l'université de Manchester, qui pourraient comme tous les Britanniques le trouver sur le chemin quand ils visiteront un pays de l'UE post-Brexit, comme les 700 millions d'autres voyageurs qui passent les frontières de l'Europe chaque année.

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