"11-11 : Memories Retold", ou comment aborder la Grande Guerre par le jeu

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HISTOIRE – A l'occasion du Centenaire de l'armistice de la Première Guerre mondiale, le jeu "11-11 : Memories Retold" vient narrer une autre vision du conflit. Celui des hommes et de la vie, loin des armes et des combats. Un jeu sur la guerre et pas de guerre, humain et esthétique.

Parler de la guerre dans le jeu vidéo sans réduire cela à un jeu de tir, sans focaliser sur ses atrocités ou limiter l'ensemble à des tranchées dans un paysage. Opter plutôt pour la narrer de l’intérieur, pour instruire le joueur sans l’abrutir d’informations, le divertir tout en ne lui faisant pas oublier. 


C’est le pari fait par le studio montpelliérain DigixArt avec le très poétique 11-11 : Memories Retold ("Souvenirs racontés" en VF), disponible ce vendredi. Poétique car, oui, il est possible de parler de la Première Guerre mondiale sans tirs, chars d’assaut et pertes humaines. Il y a eu de la vie à côté de la mort. "On croit toujours que les soldats ne faisaient que combattre. Mais ils passaient la majorité de leur temps à attendre dans les tranchées, à jouer aux cartes pendant qu’à l’arrière, la vie s’organisait", rappelle à LCI le directeur créatif, Yoan Fanise. 


11-11 : Memories Retold raconte l’histoire de deux hommes, Kurt l’Allemand (avec la voix de l'acteur Sebastian Koch) et Harry le Canadien (Elijah Wood), qui s'engagent dans l'armée pour des raisons différentes. L'un est en quête de son fils parti au front, l’autre d’aventures exaltantes. "On va vivre la fin de la Première guerre des deux côtés des lignes de front, pour comprendre ce que chacun a vécu," résume Yoan Fanise. "C’est un jeu sur la vie pendant la guerre, pas sur la guerre, abordée de manière très humaine".

Le jeu vidéo pour lutter contre l'oubli

Ici, pas d’arme à tenir, pas de bataille à mener ni stratégie à développer. Pour se détacher de l’horreur de la guerre sans pour autant l’exclure, Memories Retold se pare d’un style graphique original, tel un coup de pinceau impressionniste accompagné d'une musique envoûtante qui porte une émotion forte. Ce choix visuel lumineux, le studio DigixArt l’a développé avec Aardman Animations, à qui l’on doit Wallace & Gromit et qui s’initie ici au jeu vidéo. Deux historiens, l’un Anglais, l’autre Allemand, ont aidé à la conception "pour être sûr d’avoir une juste vision de la guerre de chaque côté et une véracité historique." Le joueur incarne chaque personnage à tour de rôle, a des choix à faire, des décisions à prendre. Et tout cela aura des répercussions sur le destin de ses héros, pas sur le fond historique.


"J’ai une crainte, c’est que l’on oublie cette guerre," déplore Yoan Fanise alors qu’il tient en main des objets de guerre ayant appartenu à son arrière-grand-père. "On est en train de l’oublier. Les derniers poilus sont morts, la génération suivante, nos grands-parents, est, elle aussi, en train de disparaître, et la mémoire de cette guerre avec eux. On a envie de raviver cette flamme." Alors, il veut croire que le jeu vidéo peut sauver cette mémoire : "En tant que créateurs de jeux vidéo, nous disposons d'un média très intéressant qui place le joueur dans la peau d’un personnage. Nous pouvons faire ressentir des choses, mettre dans des situations très difficiles et faire réfléchir à la réaction que le joueur aurait pu avoir s’il avait vécu à cette époque."

Un nouveau moyen d'apprendre

Porté par les souvenirs transmis de génération en génération dans sa famille, par des lettres récupérées, Yoan Fanise n’en est pas à son coup d’essai pour raconter la Grande Guerre. En 2014, alors chez Ubisoft, il était derrière une autre petite perle vidéoludique sur le sujet, Soldats Inconnus - Mémoires de la Grande Guerre. Plus documenté sur la vie au front et dans la France en guerre, plus enfantin aussi dans son approche graphique, mais tout aussi riche en émotions, le jeu racontait le destin croisé de plusieurs personnages français, américain, belge et américain. 


Les deux jeux ont plusieurs points communs : raconter la guerre sans avoir besoin de tuer ses ennemis, montrer qu'il y avait une vie qui continuait à travers des écrits et des objets intégrés au jeu (comme la médaille de guerre de l'arrière-grand-père Félix Chazal que l'on découvre au fil de l'histoire dans Soldats Inconnus).

En vidéo

Soldats Inconnus - Mémoire de la Grande Guerre : la bande-annonce

D'Assassin's Creed Origins sur l'Egypte ancienne à Call of Duty WWII,  qui s'emparait du conflit 1939-45,  ou Versailles 1685 Complot à la cour avant eux, la manette devient de plus en plus vecteur d'apprentissage pour les jeunes générations. "Nous n'avons pas voulu faire une leçon d'histoire", se défend Yoan Fanise. "C'est un jeu vidéo avec tout ce qu'il y a 'de fun et d'interactif'. Mais on espère que cela amène à être plus curieux par rapport à cette époque, à ce qu'est la guerre, à se demander ce qu'il s'est passé pour sa famille et à ouvrir des discussions."


Interroger, faire réfléchir tout en jouant ou comment faire apprendre aussi différemment, une mission dans la transmission du savoir dont le jeu vidéo s'acquitte, de manière générale, de mieux en mieux.


11-11 : MEMORIES RETOLD – Un jeu Bandai Namco disponible sur PS4, Xbox One et PC, à partir de 25 euros.

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Centenaire de l'armistice de la Première guerre mondiale

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