VIDÉO 360 - Dans l'atelier du couturier geek Julien Fournié

VIDÉO 360 - Dans l'atelier du couturier geek Julien Fournié

Retrouvez toutes les vidéos LCI 360 sur l'application LCI disponible sur Android et sur iOS

High-tech
DirectLCI
MODE - Le couturier Julien Fournié nous a ouvert les portes de son atelier parisien. L'occasion de découvrir les technologies que le styliste français de 43 ans a utilisées pour créer sa dernière collection.

Geek jusqu’au bout des doigts, le créateur français Julien Fournié n'utilise plus que son iPad Pro pour dessiner les créations de ses nouvelles collections. Depuis trois ans, le "Frenchy" conjugue la mode au futur et a relégué sa boîte de crayons et son carnet de croquis tout au fond du placard. "Il m'a fallu un mois et demi pour m'habituer et maîtriser complètement la technique du stylet. Maintenant, je ne pourrais plus revenir en arrière", reconnaît le designer, dont la maison fait partie depuis un an et demi du Gotha de la haute-couture française.


L’an dernier, Tim Cook, le patron d’Apple, lui a justement rendu visite dans son atelier parisien, devenu une sorte de laboratoire de recherche au sein duquel il expérimente les outils technologiques qui révolutionneront la mode de demain. "Je suis né à l’ère de l’Amstrad CPC 6128 [ndlr : un des premiers micro-ordinateurs commercialisés en France] et de la NES, la mythique console de Nintendo. Comme beaucoup de gens de ma génération, j’ai grandi avec la technologie et les films de super héros de Marvel. Cela fait partie de mon ADN", confie Julien Fournié.

Le 3 juillet, le designer présentera sa nouvelle collection lors d’un défilé à l’oratoire du Louvre, avec comme leitmotiv Hitchcock et ses égéries. Si le thème n’a rien de futuriste, ce n’est pas le cas des créations qui seront dévoilées à cette occasion. Car utiliser une tablette lui a ouvert de nouvelles possibilités créatives. "J’utilise un logiciel qui me permet de créer différents calques virtuels à chaque étape de réalisation d'un croquis, s’enthousiasme le designer. Ensuite, je n’ai qu’à piocher parmi une palette de couleurs, que j’ai moi-même prédéfinie, puis à remplir. Une fois terminé, chaque dessin est envoyé en AirDrop (ndlr : le système d’Apple pour transférer des fichiers sans fil) sur l’iPad de madame Jacqueline, ma première d’atelier. A tout moment, elle peut zoomer sur un détail pour le voir plus précisément."

Des outils de design en 3D qui permettent de modéliser les créations de manière virtuelle, voire holographique

Toujours à la recherche de la prochaine innovation, Julien Fournié a travaillé pendant six mois à Séoul, en Corée du Sud, en tant que directeur artistique de trois grandes marques au début des années 2000. "On dit aujourd’hui de ce pays qu’il est le laboratoire du futur. Déjà à l’époque, il y avait  ce vivier créatif lié aux nouvelles technologies", se souvient-il. En 2012, Dassault Systèmes l’a contacté pour créer un "fashion lab" (comprenez,  un laboratoire de mode). "Cette entreprise me demande d’être visionnaire et d’imaginer ce que sera la mode dans les vingt, trente ou cinquante prochaines années", confie-t-il.

Avec les ingénieurs de Dassault Systèmes, Julien Fournié réfléchit à l'élaboration d'outils pour les designers. "On travaille notamment sur des logiciels de gestion de projet (ou PLM, en jargon) qui nous permettent de centraliser toutes les informations au cours des différentes phases d'un projet. Cela nous aide à faire le lien entre les fabricants de tissus, les sous-traitants et l’atelier. On expérimente également des outils de design qui permettent de modéliser les créations de manière virtuelle, voire holographique (ndlr : image affichée en 3D) d’ici quelques années". 

Dans la mode, la technologie n'est intéressante que lorsqu'elle devient invisible"Le couturier Julien Fournié

Les obsessions technologiques du créateur français ont conduit l’entreprise DasCoin, spécialiste de la blockchain (la technologie sur laquelle repose le Bitcoin) à contacter Julien Fournié pour lui demander de travailler au développement d’une solution permettant de partager et de protéger une création mais aussi de l'authentifier par le biais de "Smart Contracts" (en français, des contrats intelligents). "La technologie de la blockchain pourrait aider les stylistes à mieux protéger leurs œuvres à chaque étape du processus de création de façon simple et rapide". Dernièrement, le couturier a lancé  son propre modèle de chaussures. "Grâce à l’impression en 3D, on a pu réaliser un prototype en quelques jours. Cela nous a fait gagner un temps précieux qui nous a permis d’économiser de l’argent pendant la phase de développement."


"La haute-couture, c'est un vêtement unique pour une personne unique, si la technologie peut nous aider, pourquoi s’en priver ?", reprend Julien Fournié. Cependant, d’après lui, la technologie n'a d'intérêt que si elle est furtive. Inutile donc d’espérer le voir un jour élaborer une robe ornée de panneaux solaires qui génère de l'énergie lorsqu'on la porte. "La nouvelle technologie ne consiste pas à faire des robes avec des lumières clignotantes. Dans la mode, la technologie n'est intéressante que lorsqu'elle devient invisible", tranche-t-il. Sur le réseau social Instagram, où le couturier est suivi par plus de 17.000 personnes, Julien Fournié partage des images de ses créations et de ses défilés. "Je m’en sers de moins en moins, tout comme Twitter, car c’est très chronophage, souligne-t-il. Je l’utilise principalement pour envoyer des photos et communiquer de manière confidentielle avec mes clients à l’étranger. La technologie, c'est bien, mais il ne faut pas non plus lui abandonner notre liberté."

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter