REPORTAGE - Salon de l'innovation de Tokyo : des capteurs à la 5G, la médecine passe à l'ère "cyborg"

High-tech

SANTÉ CONNECTÉE - En imaginant tous les aspects de nos vies futures, les Japonais déroulent une vision impressionnante de notre santé à l'ère des capteurs et du très haut débit omniprésents. Toutes les briques technologiques ou presque sont déjà là, il n'y a plus qu'à les assembler. Nous avons pu tester quelques-uns de ces engins dans les allées de Ceatec, le salon des nouvelles technologies.

C'est une caméra, baptisée Orbeye, pensée par Sony et Olympus. Une caméra 4K, presque banale, avec la résolution vidéo d'un simple smartphone récent. Une caméra pensée pour répondre à un problème très prosaïque des chirurgiens, mais qui préfigure une chirurgie largement repensée. Le problème à régler, c'est celui de la posture du praticien, penché sur son patient, avec des "lunettes-loupes" pour voir en détail le vaisseau à opérer, la tumeur à retirer. Une position pas très confortable, et une opération que seul le chirurgien voit de près.

En lui permettant de regarder droit devant lui, sur un grand écran 4K, en zoomant à volonté, la caméra ménage ses cervicales. Mais elle permet surtout à tous les autres participants à l'opération de visionner la même chose, au même moment. Le potentiel réel de l'innovation prend surtout tout son sens quand on déroule le fil de ce que permet Orbeye. Car si l'on connecte cette caméra à un réseau à très haut débit -la fibre aujourd'hui, la 5G pourquoi pas demain-, l'écran du chirurgien n'aura plus besoin d'être fixé au mur du bloc opératoire. Il pourrait soudain se trouver à l'autre bout de la ville, du pays, voire au-delà des océans. Bref, partout où se trouverait le meilleur chirurgien pour la spécialité très précise que demande l'opération. 

Télé-chirurgie à très haut débit

Et à Tokyo, tout ce que le salon Ceatec consacré aux nouvelles technologies présente autour de la santé connectée fonctionne un peu sur la même logique. Avec Orbeye, on peut donc déporter les yeux du praticien. Reste à faire le même pour ses mains. Et c'est justement là qu'arrive, quelques stands plus loin dans les allées, une autre innovation : le premier télé-robot tactile. 

On avait déjà vu des mains robotisées commandées à distance. Celles-ci ajoutent un retour haptique, un sens du toucher au bout des doigts. Tout ce que la main télécommandée ressent, l'opérateur le ressentira aussi dans ses gants à lui. Nous avons essayé l'engin : c'est confondant. Même sans voir l'image de ses mains robotisées, on ressent bien l'objet que l'on tient dans la main, son contact, la résistance des surfaces. Couplé avec une caméra comme Orbeye, c'est bien l'avenir de la télé-chirurgie que l'on vient de toucher du doigt.

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Au quotidien, c'est surtout la nouvelle profusion de capteurs embarqués qui promet beaucoup, tant pour le bien-être que pour la santé. Chez Paramount Bed, on a par exemple intégré des capteurs de mouvements dans un lit motorisé. Certes, rien de très nouveau sur le papier. C'est à l'usage que l'idée change tout. Si la position allongée accompagne au mieux le sommeil profond, on s'endort cependant mieux sur un lit incliné que vraiment plat. Et c'est également une bonne position pour le moment du réveil. Si certains lits permettaient déjà de programmer le passage de l’incliné à l’allongé, celui-ci va plus loin : en détectant votre état de veille, il sait passer de l’un à l’autre tout seul, en quelques dizaines de secondes, assez lentement en fait pour éviter de vous réveiller d'un seul coup.

Le futur sera cyborg

Mais le meilleur reste à venir. Avec la miniaturisation de capteurs de moins en moins gourmands en énergie, les géants du secteur imaginent des appareils que l’on pourrait porter sur soi, directement reliés au corps. Ainsi, DNP et l’Université de Tokyo ont présenté des bio-capteurs flexibles que l’on pourrait porter comme un sparadrap au bout du doigt  pour mesurer toutes sortes de choses (température, humidité, fréquence cardiaque...). Une information que l’on pourrait lire en direct sur un autre pansement, qui ferait lui office d’écran.

De quoi offrir au patient une information immédiate, transparente, dans un dispositif qui pourrait l’accompagner sans être tributaire d’une machine fixe ou encombrante à transporter. Avec un petit module sans fil supplémentaire, les données pourraient aussi être envoyées directement vers le médecin traitant pour collecter des informations sur le long terme sur l’évolution du patient. Tout ce que montre Ceatec cette année est promis pour 2030 environ. Une décennie qui ouvrirait l’ère des cyborgs, en sortant le mot du domaine de la science-fiction.

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