Emploi 3.0 : en plus de votre CV, l'I.A. des recruteurs analyse désormais votre... visage

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Jusqu'où ira l'intelligence artificielle ?

MONDE DE DEMAIN - En automatisant en partie le processus de recrutement, l'utilisation des entretiens d'embauche en vidéo ouvre la voie à une analyse très fine de ce que vous dites, mais aussi des expressions de votre visage. Pour le meilleur ?

Sur le papier, le système conjugue les avantages. Loin du vieux couple CV/lettre de Motivation, l'entretien d'embauche en vidéo permet de faire passer à l'étape suivante du recrutement beaucoup plus de candidats que les recruteurs ne pourraient en recevoir directement. Le principe est simple : le recruteur liste les questions qu'il voudrait poser aux candidats, et eux répondent en vidéo, souvent sur leur smartphone, en mode selfie.

Résultat : davantage de données à analyser pour les nombreux systèmes qui filtrent les CV selon les mots-clés que ces derniers contiennent,  systèmes qui savent aussi décoder vos réponses dans la vidéo pour comprendre si vous êtes ou non fait pour le job. Mais l'analyse va désormais plus loin. Au-delà de l'écrit et du verbal, c'est votre visage qui intéresse l'I.A. des recruteurs.

La tête de l'emploi

Pour autant, le logiciel de recrutement ne s'est pas transformé en directeur de casting, pas question ici de concours de beauté. Plus que les traits de votre visage, ce sont ses expressions et leur adéquation avec votre discours qui sont analysées. Pionnier du genre, Hirevue. Cette startup américaine développe toute une série de logiciels et d'applications mobiles pour les recruteurs pour leur permettre de mener des entretiens par vidéo interposée, voire d'y ajouter des tests psycho-techniques ou des questionnaires plus centrés sur le métier pour lequel ils embauchent.

En analysant non seulement le contenu de vos réponses, mais aussi la façon, le ton, le rythme auquel elles sont délivrées, le logiciel va pouvoir afficher, dans l'ordre, ses candidats préférés selon le poste concerné. Difficile d'embaucher un rédacteur technique qui aurait peu de vocabulaire ou un vendeur qui parlerait beaucoup trop vite ou trop lentement. Du côté de l'analyse du visage, s'il s'assure que votre expression colle bien avec vos réponses, le système cherche surtout à trouver dans vos expressions des similitudes avec celles d'autres candidats déjà recrutés et qui ont réussi dans le même emploi.

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Un système impartial qui reproduirait les préjugés humains ?

C'est ici que la technologie se heurte à un écueil, bien connu : en tentant de reproduire des choix humains dont l'humain estime qu'ils ont été un succès, l'I.A. peut reproduire les préjugés ou les mauvais choix d'un recruteur en chair et en os. Avec, en outre, des avis auréolés de l'intelligence analytique de la machine. Si c'est l'ordinateur qui le dit... Chez Hirevue, on s'en défend. La société met en avant qu'à l'inverse, la machine permet de faire remonter à la surface des profils que la seule analyse du CV aurait écartés.

Pour autant, la startup a rapidement compris les problèmes éthiques ou moraux que pouvaient poser sa technologie. Hirevue s'est désormais entourée d'un conseil d'experts en psychologie. Elle a aussi signé des partenariats avec des associations qui œuvrent pour l'emploi de candidats aux profils atypiques, les autistes par exemple, tous ceux dont l'I.A. pourrait un jour estimer qu'ils n'ont pas la tête de l'emploi. À ce jour, ces systèmes ont déjà été utilisés pour décoder plus de dix millions d'entretiens.

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