VIDÉO - Journée mondiale du recyclage : pourquoi votre smartphone est un désastre écologique

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PLANÈTE - L'impact des smartphones sur l'environnement inquiète de plus en plus les associations de protection de l'environnement. Si les constructeurs ont une grosse de part de responsabilité, les consommateurs ont aussi un rôle à jouer. LCI se penche sur la question à l'occasion de la journée mondiale du recyclage ce mercredi 15 novembre.

Depuis 2007, et la sortie du tout premier iPhone, pas moins de 7 milliards de smartphones ont été vendus à travers le monde. Des chiffres qui ont de quoi donner le tournis : 139 millions écoulés en 2008, plus d'un milliard en 2013 et jusqu'à près de 1,5 milliard en 2016. Toujours plus beaux, toujours plus puissants, toujours plus innovants, ils n’en sont pas pour autant plus écologiques. Et leur impact sur l’environnement est de plus en plus préoccupant, comme le souligne une synthèse réalisée conjointement par l'Agence française de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) et l'ONG France Nature Environnement (FNE), parue en septembre dernier.


La faute, en premier lieu selon eux, au turn-over infernal alimenté par les offres d'abonnement des opérateurs télécoms et la politique de renouvellement des gammes opérée par les constructeurs, qui pousse les consommateurs à changer de smartphone alors qu'ils n'en ont pas forcément besoin. "Nous changeons de téléphone portable en moyenne tous les deux ans, alors que dans 88% des cas l'appareil est encore en état de fonctionner, déplore Héloïse Gaborel, chargée de mission gestion et prévention des déchets chez France Nature Environnement. Parfois, l'appareil entier finit à la poubelle ou dans un tiroir, après quelques mois ou années d'utilisation, dès que la batterie montre des signes de faiblesse."

"Seuls 15% des téléphones en fin d'usage sont collectés"

Selon un rapport du Sénat paru l'an dernier, au moins 100 millions d'appareils dorment aujourd'hui dans nos tiroirs, alors qu'ils pourraient avoir une seconde vie en étant recyclés. "En France, seuls 15% des téléphones en fin d'usage sont collectés, relève Erwann Fangeat, ingénieur à l'Agence française de l'environnement. On se dit que l'on peut s'en servir encore, mais au final on s'en sert jamais." Pourtant, d'après cet expert, on parvient désormais, grâce à de nouveaux procédés, à recycler "jusqu'à 80% de l'appareil". Les consommateur peuvent agir, rappelle la porte-parole de France Nature Environnement : "En utilisant son smartphone le plus longtemps possible, on évite la production de nouveaux appareils et on préserve ainsi davantage l'environnement." 

Dans la plupart des cas, les smartphones ne sont pas conçus pour être robustes et réparables, ni compatibles et évolutifs dans le temps.Erwann Fangeat, ingénieur à l'Agence française de l'environnement.

Cependant, si les consommateurs peuvent en effet jouer un rôle pour limiter les dégâts sur la planète, ce sont avant tout les constructeurs de smartphones qui sont à blâmer, rappellent les deux organisations. "Dans la plupart des cas, les smartphones ne sont pas conçus pour être robustes et réparables, ni compatibles et évolutifs dans le temps. Les batteries, qui ont une durée de vie limitée, sont collées ou soudées, sans parler du fait que les pièces de rechange qui sont souvent indisponibles", reprend l'ingénieur de l'Ademe. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, l'utilisation d'un smartphone, que ce soit la recharge de la batterie ou ou l'énergie dépensée pour capter le Wi-Fi ou la 4G, a un impact relativement faible sur l'environnement.


"Avant d'arriver dans la poche de son utilisateur, un smartphone fait quatre fois le tour du monde, souligne l'écologiste. Les trois quarts de la pollution générée par le smartphone sont liés à sa fabrication", reprend Héloïse Gaborel. On considère, en effet, qu'il faut au moins cinq ans d'utilisation pour que l'impact environnemental de l'usage soit égal à celui de la fabrication. En dix ans, environ 968 TWh (milliards de kWh) ont été utilisés pour fabriquer des smartphones, a ainsi calculé l'ONG Greenpeace. Cela corespond à environ six ans et demi de consommation électrique pour la France.

Ce qui pose problème, c'est l'extraction des minerais

Au total, une cinquantaine de métaux sont nécessaires pour fabriquer un smartphone, soit deux fois plus que pour un téléphone portable d'ancienne génération. En Chine, par exemple, l'exploitation du néodyme - utilisé dans les aimants des smartphones - génère des rejets d'eau acide et des déchets chargés en radioactivité ainsi qu'en métaux lourds. Mais ce qui pose tout particulièrement problème, souligne Héloïse Gaborel, c'est l'extraction des minerais (aussi appelé "terres rares) et des métaux précieux, en particulier l’or, le tantale, l’étain et le tungstène.

"Les méthodes d'extraction causent des dégradations importantes sur l'environnement, reprend notre écologiste. D'autant que cette industrie est tout sauf durable, puisque toutes ces ressources sont épuisables". Un rapport des Nations Unies avait déjà tiré la sonnette d'alarme en 2014, soulignant que certains stocks comme ceux du cuivre, de l’argent, de l’or, du palladium ou du tantale étant dans un état critique. Plus enquiétant encore, pour pallier à ce manque de ressources, les entreprises d'extraction de métaux se tournent désormais vers les océans.


Un article du Japan Times relayé par le site américain The Verge rapportait dernièrement qu'une entreprise japonaise vient de parvenir à extraire du zinc, de l'or et d'autres minéraux en eaux profondes, dans un gisement situé à 1500 mètres de profondeur, au large de l'île d'Okinawa. Alors que l’extraction de ressources minérales dans les fonds marins est en passe de devenir réalité, et cette nouvelle ruée vers l'or suscite l'inquiètude des associations de protection de l'environnement, en raison de son impact sur l'écosystème marin et les espèces vivants qui s'y trouvent.

Que faire en attendant l'arrivée du premier téléphone bio ?

Ces appareils rejettent encore trop souvent leurs polluants dans l'air, les sols et les nappes phréatiques, une fois jetés à la poubelle, pointent les deux organisations. Conscients problème, les constructeurs de smartphone, notamment Apple et Samsung, ont mis en place des plateformes pour aider les consommateurs à recycler leurs anciens téléphones. En avril dernier, la marque à la Pomme a publié une nouvelle version de son rapport sur l'environnement et le constructeur y a ajouté un engagement pour le moins ambitieux. L'entreprise espère un jour ne plus dépendre du tout de matériaux issus de l'exploitation minière de la Terre. Comment ? En recyclant les matériaux de ses anciens produits pour en fabriquer de nouveaux. 

Les opérateurs veulent aider les consommateurs à recycler leurs vieux téléphones

Le opérateurs télécoms, eux aussi, semble avoir pris la mesure du problème. Fin septembre, Orange a annoncé un partenariat avec le constructeur européen Fairphone pour commercialiser dans ses boutiques le tout premier smartphone modulaire et éthique, le Fairphone 2. De son côté, l'opérateur Bouygues Telecom, filiale du groupe Bouygues (principal actionnaire du groupe TF1), a mené en octobre une opération de collecte de vieux téléphones mobiles, en coopération avec l'ONG WWF, Suez, Samsung et la société Recommerce, dans le but de "sensibiliser les citoyens au recyclage et réemploi des téléphones mobiles".


"Un iPhone, c'est 70 kilos de matière. Il faut apprendre, collectivement à produire et consommer plus intelligemment, être plus vertueux et mettre fin au gaspillage de matière", a souligné Isabelle Autissier, présidente de WWF France.

En attendant l'arrivée du premier smartphone zéro-déchet, l'Agence française de l'environnement propose sur son site internet une série de conseils pour limiter l'empreinte environnementale du smartphone, en adoptant quelques gestes simples.

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