Il pourrait tuer les consoles de jeux vidéo : le "cloud gaming", c'est quoi exactement ?

High-tech

DÉCOUVERTE - On en parle depuis des mois. Ce sera incontestablement la star du salon E3 du jeu vidéo qui se tient à Los Angeles du 11 au 13 juin. Le cloud gaming s’implante petit à petit dans l’univers vidéoludique. Qu’est-ce que c’est ? Comment cela fonctionne-t-il et quels sont les avantages ? On fait le point.

Avec la présentation de son offre Stadia en mars dernier, Google a sans doute fait entrer un peu plus concrètement dans les esprits ce que sera le futur du jeu vidéo : le "cloud gaming". Le "jeu vidéo dans un nuage" ? C’est en fait une image assez claire de ce qui attend les joueurs d’ici quelques années, voire peut-être quelques mois seulement, et dont on connaît déjà quelques prémices aujourd’hui. 

Car si Google, qui a enfin détaillé jeudi son offre qui sera lancée en novembre prochain, sera indiscutablement l’un des acteurs forts et moteurs de cette innovation, il est cependant loin d’être un pionnier dans ce domaine.

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Le cloud gaming, une idée qui a près de 20 ans

Au début des années 2000, alors que les connexions internet sont encore faiblardes, apparaissent de nouvelles envies en matière de jeu vidéo. G-Cluster a alors l’idée d’un boîtier qui permettrait, via internet, de lancer un jeu sur sa TV sans avoir à le télécharger. Le résultat a le mérite d’exister même si la qualité n’est pas au rendez-vous. Le cloud gaming pointe alors le bout de son nez. En 2002, la Xbox raccorde sa console de salon à internet et propulse le jeu vidéo dans la nouvelle ère du jeu en ligne. L’idée de passer par internet pour jouer fait son chemin. 

En 2010, l’Américain OnLive Game System ajoute l'usage de manette via un boîtier connecté à un PC, Mac, tablette Android ou TV connectée. Là encore, la connexion est l'épine dans le pied du projet. Mais l’explosion des débits internet arrive. Au même moment, les fournisseurs d’accès à internet, qui ont déjà leur box, proposent aussi, avec plus ou moins de succès, leur offre de jeux sur abonnement (SFR, Orange en tête). 

Puis, les ténors du secteur se lancent. Sony tout d’abord avec son service PlayStation Now qui permet de jouer en streaming à des jeux PS2, PS3 et PS4 sur console PlayStation ou PC. Microsoft ensuite, avec Xbox Game Pass, son offre de jeu en illimité sur abonnement -mais en téléchargement. En avril dernier, Google annonce donc se jeter dans la bagarre avec l'intronisation de Stadia. En réaction, Microsoft s’apprête à hausser le ton en dévoilant les contours de xCloud, un véritable projet de cloud gaming sur console et PC. Apple a de son côté présenté Apple Arcade, son offre de jeux mobiles sur abonnement attendue pour l’été, tandis qu’Amazon et même Netflix, forts de leurs serveurs, ont également des velléités.

Qu’est-ce que le cloud gaming ?

C’est la possibilité de lancer depuis un ordinateur ou une console de salon, voire un smartphone ou une TV connectée, un jeu vidéo que vous ne possédez pas physiquement avec vous. Il se trouve en fait sur un serveur situé possiblement à des milliers de kilomètres de chez  vous. Mais il est à votre disposition à tout moment et n’importe où. Tout est désormais dématérialisé et géré par le serveur qui, lui, doit être suffisamment puissant et à jour en termes de matériel pour répondre à la demande. Le joueur y gagne les temps de téléchargement et d’installation qui n’existent plus.

Plus qu’une révolution technologique, le cloud gaming va également bousculer les habitudes économiques. Il ne sera plus forcément utile d’avoir un "PC gamer" hors de prix, boosté par les dernières technologies matérielles, un smartphone embarquant un nombre indécent de mémoire vive ou la console de dernière génération avec des teraflops à ne plus quoi savoir en faire. Non, il suffira sans doute d’avoir le bon abonnement à un service, avec les jeux qui vous font envie, et d’investir dans une connexion internet très haut débit.

La perspective de pouvoir basculer d’un support à l’autre, de commencer une partie sur sa console pour la poursuivre sur son téléphone dans les transports et éventuellement sur un navigateur web ensuite, a de quoi séduire. Ce sera là l’un des atouts indéniables du cloud gaming.

Va-t-il tuer les consoles ?

“Cela va faire du tort aux constructeurs de PC et de consoles, c’est une évidence”, prédit pour LCI Emmanuel Freund, patron de Shadow, société qui propose une offre de cloud computing, un ordinateur puissant disponible via le cloud. “Car toute la puissance sera dans des serveurs et non plus chez vous. Vous pourrez donc jouer à partir de quasiment n’importe quel appareil compatible, quelle que soit sa puissance. Plus besoin donc d’investir 400-500 euros dans une console qu’il faudra changer dans les 6-7 ans pour qu’elle soit à nouveau à niveau.”

Le cloud gaming nécessitant des débits élevés et stables (même si Google ou Microsoft annoncent que 5-6 Mbits pourraient être suffisants), il ne sourira cependant pas à toute le monde, notamment si vous habitez en “zone blanche” loin des villes. Là, la console ou le PC, et l’achat de jeux physiques qui va avec, seront encore la norme pour quelques temps. Au moins, jusqu’à ce que la prometteuse 5G se généralise. Mais ce ne sera pas avant 2025 pour la grande majorité des joueurs éloignés dans les campagnes.

En vidéo

Le Cloud computing, mon ordinateur dans les nuages

Les autres avantages du cloud gaming

Hormis la puissance déportée et la mise à jour sur les serveurs, de nombreux autres avantages économiques sont liés au cloud gaming. En misant sur des abonnements a priori sans engagement -même si les futurs catalogues sont encore flous, notamment chez Google qui n’a rien communiqué en ce sens pour Stadia-, le cloud gaming va faire le bonheur des joueurs occasionnels qui pourront goûter à tout sans avoir à investir 70 euros pour un jeu qui s’avérerait décevant. Les gros consommateurs vont également faire des économies. Fini aussi l’empilement des boîtes de jeu qui prennent de la place. Là, la bibliothèque sera totalement virtuelle.

Les inconvénients

Jouer sur un serveur, c’est pratique. Encore faut-il qu’il ne soit pas trop éloigné pour que le flux arrive rapidement chez vous. Sinon, entre la commande de la manette et la réponse à l’écran (latence), vous risquez de connaître quelques déconvenues au moment d’affronter des adversaires. C’est là l’un des aspects encore compliqués que doit gérer le cloud gaming : le temps de réponse. Mais en multipliant les serveurs au plus près des joueurs, les fabricants et tous ceux qui vont proposer ce type de service sauront séduire.

Il faut aussi bien avoir conscience qu’aucun jeu ne vous appartiendra plus. Pas plus qu’il ne sera possible de le prêter à un ami. Autre question en suspens : pour les développeurs, si le travail sera facilité avec la création d’une seule version capable de tourner d’une console à un navigateur web, quid de la rémunération ? Car ces services de streaming vont tourner à la façon d’un Spotify ou d’un Apple Music pour lesquels la rémunération des artistes est souvent compliquée...

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