VIDÉO - Amazon veut vous livrer des produits avant même que vous souhaitiez les commander

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STRATÉGIE - Derrière l’acquisition récente d’une start-up, derrière les milliards investis dans Alexa, se profile en fait une stratégie déterminée, et un Amazon maître du monde. Explications.

C’est l’histoire d’une start-up qui s’appelle Ring, basée à Los Angeles qui, il y a cinq ans, a inventé des interphones connectés. Sonnez à la porte, la caméra s’allume et vous connecte à son propriétaire sur son smartphone, qu’il soit à la maison ou pas. Une start-up devenue grande, qui vient de se vendre à Amazon pour un milliard de dollars. Pourquoi Amazon serait-il prêt à faire un si gros chèque pour un fabricant de sonnettes ? Simplement parce que Ring est l’une des briques qui manquait à son projet fondateur. Il y a presque vingt ans, Amazon inventait le one-click shopping, la commande en un seul clic... L’entreprise de Jeff Bezos est aujourd’hui en route vers sa quête du Graal, sa véritable ambition : le zero-click shopping, ou comment Amazon va vous vendre toutes sortes de choses avant même que vous en ayez exprimé le besoin.

Des entrepôts partout, Alexa comme majordome

Depuis son premier jour, depuis qu’il n’était encore qu’un site de vente de livres, Amazon a pour obsession de vous fidéliser, et pour ce faire de simplifier, de fluidifier l’acte d’achat, bref, de détruire tous les obstacles entre vous et votre envie d’acheter. D’où la livraison en un jour, d’où Amazon Prime, et tous les services qui vont autour, d’Amazon Prime Video au stockage de vos photos en ligne.


Reste que le cœur du métier, c’est bien la vente en ligne, et surtout la logistique qui se cache derrière. Si depuis ses débuts, Amazon a toujours affiché très peu de bénéfices, c’est parce qu’il les réinvestit, en mode monomaniaque, pour améliorer constamment sa qualité de services. Aujourd’hui, la moitié de la population américaine vit à moins de 35 kilomètres d’un entrepôt Amazon, et donc à portée d’une livraison dans la journée. Un modèle qu’Amazon réplique aujourd’hui dans tous les pays où il est présent, y compris en France.


La France qui va bientôt découvrir une autre brique de l’édifice qu’Amazon est en train de construire : Alexa, son propre assistant numérique, pas encore sorti chez nous mais grand leader du secteur aux Etats-Unis, où il a pris Google et Apple de vitesse. Alexa sait répondre à vos questions, faire des recherches sur internet, mais surtout prendre vos commandes sans avoir besoin d’en passer par un écran. Elle peut même vous suggérer vos produits préférés ou les promos du moment. En terme d’enjeu, Alexa pour Amazon c’est la même chose qu’Android pour Google ou iOS pour Apple, une brique technologique centrale qui lui permet de vous garder dans son univers, dans son écosystème de produits et de services. De quoi expliquer que selon des sources concordantes, Alexa soit déjà à elle seule une activité qui emploie plus de 5000 personnes chez Amazon.

Et c’est là qu’arrive justement l’acquisition de Ring. Depuis quelques mois, Amazon propose aux Etats-Unis un nouveau service, baptisé Amazon Key. Achetez sur le site une serrure connectée et une caméra sans fil, installez-les, et Amazon pourra désormais vous livrer chez vous, même en votre absence. Si vous n’êtes pas là, le livreur pourra demander à son terminal de déverrouiller votre porte, la caméra se déclenche alors pour surveiller l’opération, le livreur pousse votre colis à l’intérieur, l’opération ne prend que quelques secondes, et vous voilà livrés du colis que vous attendiez… ou pas. Car le génie de l’opération, c’est justement qu’il permet désormais d’imaginer des scénarios impossibles jusque-là, qui n’ont rien à voir avec le commerce en ligne à la papa d’aujourd’hui.


Avec Alexa comme majordome, avec la richesse d’informations qu’Amazon détient sur vos commandes passées et sur vos goûts, le service pourra un jour deviner les choses dont vous avez besoin, celles dont vous pourriez avoir envie, lister vos achats récurrents, et vous les livrer, directement, sans même que vous les ayez commandés, déposés directement dans votre entrée. Vous n’en voulez pas, il y a dans le lot des articles qui ne vous plaisent pas ? D’un clic dans l’appli, vous pourrez demander à Amazon de passer les chercher, ils ne vous seront pas facturés, la livraison comme le retour étant évidemment gratuits. Un niveau de service irrésistible et sans équivalent, nulle part ailleurs. On comprend soudain mieux pourquoi Amazon est prêt de mettre un milliard pour un fabricant d’interphones connectés.

Et à la fin, c'est Amazon qui gagne

Aujourd’hui, aux Etats-Unis, un client Amazon Prime dépense environ 1300 dollars sur le site. Amazon pourrait multiplier ce chiffre par quatre ou cinq, d’abord en prenant à son compte tous les achats de routine, les articles du quotidien dont on a toujours besoin, en attendant de pouvoir devenir une sorte de personal shopper, d’acheteur personnel dopé à l’intelligence artificielle, qui saurait ce qui est bon pour vous. En tout cas, tous les ingrédients sont là, Amazon a désormais toutes les cartes en main pour développer sa vision du futur du commerce, pas de l’e-commerce, mais du commerce tout court. Et pour l’instant, on voit mal qui, dans le commerce en ligne comme parmi les enseignes traditionnelles, pourrait bien rattraper Jeff Bezos.

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