"Deepfake" : du simple amusement à la manipulation, on a testé ces applis qui surfent sur la vague des vidéos truquées

Un exemple de "métamorphose" via l'application Doublicat.
High-tech

POST-VÉRITÉ - Les applications permettant de remplacer un visage par un autre dans une vidéo connaissent actuellement un énorme succès. Elles suscitent néanmoins des inquiétudes, notamment dans le but de manipuler l'opinion. Doublicat, la nouvelle venue, Zao, Xpression... Nous avons passé au crible trois solutions gratuites afin de se faire une idée de leur potentiel.

De nos jours, à partir d’un simple "selfie" et en quelques clics, il est possible de manipuler des extraits vidéo. Elles se nomment Doublicat, Zao ou Xpression et surfent sur la vague du "deepfake", une technique permettant d’insérer numériquement un visage à la place d’un autre, en quelques secondes. Gratuites, ces applications font fureur auprès des jeunes générations qui les utilisent principalement à des fins de divertissement. 

Les progrès technologiques aidant, à mesure que le temps passe, le réalisme de ces vidéos truquées grâce à l’intelligence artificielle (IA) devient de plus en plus bluffant, au point de susciter des inquiétudes.

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Lancée il y a quelques jours, l'application Doublicat (Android et iOS) utilise l’apprentissage automatique pour "coller" un visage sur des GIFs populaires présélectionnés par l'éditeur. Pour l’instant, l’utilisateur choisit sa vidéo animée dans un catalogue, avant d'insérer un portrait. Mais le PDG de la startup a déclaré au site The Verge que son système permettrait à l’avenir d’insérer des visages dans n’importe quel contenu. 

Pour s'en faire une idée plus précise, nous avons apposé un selfie sur le visage de Leonardo DiCaprio dans un GIF extrait du film Gatsby le Magnifique. Visuellement, le résultat est assez convaincant. Néanmoins, en l’absence de son, l’illusion n’est pas totale.

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"Deepfake" : on a testé l'application Doublicat

L’été dernier, c’est une autre application, Zao (iOS), qui a fait parler d’elle. A peine lancée, elle est devenue virale, au point de devenir en quelques heures l’application la plus téléchargée sur l’AppStore chinois d’Apple. Le principe est quasiment le même qu'avec Doublicat. A une différence près : elle permet d’apposer son visage dans de véritables scènes tirées de films ou de clips musicaux. Il n'a fallu que huit secondes à Allan Xia, un développeur néo-zélandais, pour réaliser la vidéo ci-dessous. Le résultat, encore une fois, est impressionnant. Surtout, elle témoigne des progrès fulgurants réalisés dans ce domaine ces dernières années.

A l'heure actuelle, Zao reste néanmoins encore très limitée : il n’est possible de modifier que les extraits vidéo proposés directement par l’application. De plus, elle n’est disponible qu’en chinois. Et enfin, seuls les numéros de téléphone chinois et de huit autres nationalités permettent de de se créer un compte. Néanmoins, sa facilité d’usage alimente les craintes d’une utilisation massive, notamment à des fins de manipulations de l’opinion ou pour harceler une personne en ligne.

Enfin, dans la même lignée, on trouve Xpression (iOS). Son credo ? Faire dire n’importe quoi à n’importe qui grâce à la réalité augmentée. L'application mobile utilise le système avancé de reconnaissance faciale TrueDepth d’Apple. L’utilisateur se filme avec son iPhone puis l’application intègre sa voix à un extrait vidéo. Nous avons également testé cette solution. Même si le résultat est encore perfectible, en particulier le mouvement des lèvres qui n’est pas très naturel, le résultat est pour le moins bluffant.

En vidéo

"Deepfake" : on a testé l'application Xpression

Des vidéos toujours plus réalistes

Actuellement, chaque nouvelle vidéo convaincante créée via cette technologie fait le tour des réseaux sociaux. "Les premières vidéos deepfakes avaient toutes le même défaut, relève pour LCI Gérôme Billois, expert en sécurité informatique au sein du cabinet Wavestone. Généralement, la personne sur l’image ne clignait jamais des yeux. De ce fait, il était assez simple de détecter une vidéo qui avait été truquée". 

Mais ce ne sera probablement plus le cas demain, à en croire ce spécialiste en informatique. Ceux qui fabriquent ces contenus utilisent en effet de plus en plus des techniques empruntées à l'industrie du cinéma, avec des logiciels bien plus performants que ces applications grand public. Grâce à eux, ils sont capables de reproduire les clignements d’œil ou de modifier la voix de manière hyperréaliste.  Cet effet spécial, plus connu sous le nom de "morphing", n'est cependant pas à la portée du premier venu. "Pour réaliser ce trucage, cela nécessite d'avoir un ordinateur puissant et de maîtriser les logiciels de 3D. Et surtout d'y consacrer du temps étant donné que chaque retouche doit être effectuée à la main", explique Gérôme Billois.

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La nouvelle bête noire des géants du Web

Conscients du problème, les géants du web, dont les plateformes permettent la diffusion à grande échelle de ces contenus, se sont logiquement emparés du problème. Alors que ces contenus sont amenés à se multiplier, la riposte s'organise. En septembre dernier, Google a par exemple constitué une base de données avec des "deepfakes" dans le but d'entraîner des algorithmes d'apprentissage automatique à détecter plus efficacement ce type de contenus.

De son côté, Facebook a annoncé le 7 janvier 2019 que les vidéos falsifiées de manière malhonnête sont dorénavant interdites par ses règles d'utilisation. Cette décision, qui survient en cette année d’élection présidentielle aux Etats-Unis, ne s’appliquera pas "aux contenus parodiques ou satiriques", a précisé la vice-présidente, Monika Bickert. Simple parodie ou manipulation, la frontière est pourtant tenue. Une chose est sûre : 2020 sera l'année des "deepfakes". 

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