YouTube repart à la chasse aux commentaires pédophiles sous les vidéos réalisées par des mineurs

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PRÉDATEURS - Sous des centaines de vidéos d'adolescents visibles sur la plateforme, figurent régulièrement des commentaires tout sauf anodins, écrits par des utilisateurs qui s'échangent des liens, comme un réseau social informel pour pédophiles. Chez YouTube, on dit tout faire pour combattre un phénomène récurrent, sous la pression des internautes, mais aussi celle des annonceurs. Explications.

En elles-mêmes, les vidéos sont parfaitement innocentes. Des adolescents, plutôt des filles, souvent jeunes, qui se filment chez elles, en train de parler de leur garde-robe, de faire de la gym ou de montrer leur nouveau maillot de bain. Des vidéos YouTube un peu banales à l'heure des réseaux sociaux, si ce n'était par leur popularité. Certaines, qui ne devraient intéresser que le premier cercle des amis de celle qui se filme, engrangent des centaines de milliers de vues, en quelques semaines seulement. Pour comprendre pourquoi, il faut descendre jusqu'aux commentaires.

Ceux-ci font quelques mots, des compliments, parfois appuyés, certains de leurs auteurs tentent d'engager la conversation avec celui ou celle que l'on voit dans la vidéo, souvent pour lui demander son âge. Plus souvent encore, le commentaire tient en quelques chiffres en bleu, un lien vers un moment précis de la vidéo, des plans d'entrejambe, un t-shirt entrebâillé. Une suggestivité qui est souvent moins à l'écran que dans l’œil de celui qui la regarde. Sur YouTube, ces vidéos d'ados sont devenues comme un réseau social de la pédophilie "soft".

Des algorithmes, pour le meilleur et pour le pire

Difficile de reprocher à YouTube de ne pas censurer automatiquement des commentaires de quelques mots, parfois juste un lien, postés sous une vidéo innocente. Les algorithmes fonctionnent à plein pour détecter des vidéos pornographiques ou extrémistes -ce sont d'ailleurs eux qui détectent plus de 80% des vidéos retirées du site, avant même qu'elles n'aient été publiées dans 75% des cas. Mais comprendre le contexte et détecter l'intention d'un commentaire isolé est forcément plus difficile.

En revanche, là où YouTube a une responsabilité, c'est quand il aiguille ses utilisateurs vers des vidéos comparables. Un algorithme de recommandation qui fonctionne sur tous les types de sujets, même ici. À partir d'une première vidéo, le site vous en suggérera ainsi des dizaines d'autres. Résultat : sur leur compte, certains prédateurs que l'on retrouve dans les commentaires compilent donc leurs vidéos préférées. La nausée est totale.

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À l'origine de la polémique, un YouTubeur, Matt Watson, qui a découvert qu'avec un compte créé pour l'occasion, et en quelques clics seulement, il passait de l'autre côté du miroir. Surtout, il a relevé que certaines de ces vidéos étaient entourées de publicité. Et cette pilule-là a du mal à passer. En deux jours seulement, de grands annonceurs, comme Nestlé, Disney, ou Epic Games ont ainsi annoncé cette semaine avoir stoppé toutes leurs campagnes sur YouTube, en attendant de s'assurer qu'ils ne puissent plus être associés à ce genre de contenus.

Le problème, c'est que s'il revient à la lumière, le phénomène de ces pédophiles squatteurs de vidéos d'adolescentes n'a rien de nouveau. Il y a dix-huit mois déjà, YouTube s'était retrouvé dans la même tourmente, pour les mêmes raisons, et avec les mêmes effets. À l'époque, c'était Adidas, Lidl, ou HP qui avaient retiré leurs publicités. 

Nous avons immédiatement pris les mesures correspondantes (...) en désactivant les commentaires sur des dizaines de millions de vidéos incluant des mineurs. - Un porte-parole de YouTube à LCI

Sous pression, YouTube aussi a réagi. Sollicité par LCI, un porte-parole de YouTube France explique : "Tout contenu -y compris les commentaires - qui met en danger des mineurs est odieux et nous avons des règles claires les interdisant sur YouTube. Nous avons immédiatement pris les mesures correspondantes, en supprimant des chaînes et des comptes, en signalant toute activité illégale aux autorités et en désactivant les commentaires sur des dizaines de millions de vidéos incluant des mineurs. Il reste encore des choses à faire, et nous continuons à travailler pour améliorer notre dispositif et être encore plus rapide pour appréhender ces abus".

Surtout, le site dit avoir fermé plus de 400 chaînes du fait des commentaires laissés sur les vidéos et supprimé des dizaines de vidéos légitimes, mais dont il jugeait que le contenu mettait des mineurs en danger. Certains comptes, certains commentaires, feront, eux, l'objet d'un signalement à la justice. Pour autant, la plateforme sait que tout ne peut être prévenu par les algorithmes et les signalements d'internautes. L'année dernière, Google, à qui YouTube appartient, avait promis qu'il porterait à 10.000 le nombre de modérateurs qui vérifient vidéos et messages litigieux. Le facteur humain a donc encore de l'avenir.

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Avant l'âge, c'est pas l'âge

En fait, et malgré leur grande innocence, nombre des vidéos évoquées plus haut contreviennent par essence aux conditions d'utilisation de YouTube, à commencer par l'âge de leurs auteurs. Par défaut, Google n'ouvre pas de comptes aux moins de 13 ans, un âge porté à 15 ans en France. Chez YouTube, on dit supprimer des milliers de comptes par semaine sur ce seul motif. 

Seul moyen admis pour un jeune mineur d'avoir son propre compte sur YouTube : le faire ouvrir par ses parents, qui seront alors régulièrement notifiés de l'activité du compte. Des parents, justement, qui quel que soit l'âge de leurs enfants, devraient probablement s'intéresser de plus près à ce que leur progéniture publie sur YouTube. En toute innocence.

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