Qatar Prix de l’Arc de Triomphe : les Japonais sont-ils maudits ?

Qatar Prix de l’Arc de Triomphe : les Japonais sont-ils maudits ?

DirectLCI
Existe-t-il une malédiction pour les chevaux japonais au Qatar Prix de l’Arc de Triomphe ? Depuis 1969, aucun des 19 champions engagés dans la célèbre course hippique n’est parvenu à s’imposer. Une victoire, enfin, cette année ?

Dimanche, à Chantilly, Makahiki tentera d’apporter une toute première victoire dans le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe à son pays, le Japon. L’Arc est une course mythique au là-bas, par son prestige, mais aussi pour la légende qu’elle s’est créée suite aux différents échecs des chevaux japonais. Au point que certains parlent d’une véritable malédiction nippone dans le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe…

Récapitulatif des tentatives japonaises dans l’Arc

En tout, dix-neuf chevaux japonais ont tenté leur chance dans le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe. Le premier essai remonte à 1969, mais la qualité des chevaux japonais a réellement commencé à atteindre son apogée à la fin des années 90. Ceci est dû notamment à la progression de leur élevage et à leur ouverture au reste du monde hippique dans les années 80. Le premier prétendant japonais à l’Arc ayant une première chance fut le champion El Condor Pasa, en 1999. Le premier d’une longue série.

1999 : quand le champion tombe sur un crack

Les appellations de champion et de crack (entendez très grand champion) sont souvent attribuées un peu trop facilement, mais le japonais El Condor Pasa et son tombeur de l’Arc, Montjeu, méritent leur titre respectif. Avec El Condor Pasa, les Japonais avaient mis toutes les chances de leur côté pour le Prix de l’Arc de Triomphe. 


El Condor Pasa a été un champion au Japon en 1998. En 1999, pour préparer au mieux l’Arc, son entourage l’envoie en France dès le début de l’année – et non pas en août ou septembre comme cela est l’habitude – afin de laisser tout le temps au cheval de s’acclimater et de s’adapter aux courses françaises. Et cela a failli marcher… Deuxième pour sa première course en France, El Condor Pasa remporte ensuite le Grand Prix de Saint-Cloud, épreuve prestigieuse disputée au début du mois de juillet, puis le Prix Foy, une des préparatoires à l’Arc. 


Le Jour J, El Condor Pasa a un bon parcours et, dans la ligne droite, il accélère, laissant ses rivaux sur place. À 200 mètres du poteau, il semble avoir course gagnée. Mais c’était sans compter sur la fin de course d’un "avion de chasse" : Montjeu. Dans le parcours, Montjeu est enfermé, bloqué contre la lice, entouré de plusieurs chevaux. Mais il a réussi à trouver une ouverture et à placer une accélération hors du commun pour aller chercher El Condor Pasa aux abords du poteau. Ce qu’a réalisé Montjeu ce jour-là est quelque chose de vraiment exceptionnel, si ce n’est de quasi impossible. C’est la marque des très grands. Pour certains, la malédiction est lancée… 

2006 : Deep Impact, un drame national

En 2006, Deep Impact est le meilleur cheval ayant jamais été élevé et entraîné au Japon. Et, aujourd’hui encore, il a le droit de conserver ce statut. Deep Impact était un cheval hors du commun. Lorsqu’il se présente au départ du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe, Deep Impact avait couru à onze reprises au Japon, pour dix victoires. Le Japon y croit : l’élu, c’est lui ! Des milliers de Japonais viennent en France et à Longchamp uniquement pour assister à ce moment historique : celui de leur triomphe. Il est le grandissime favori, partant à la cote de 11/10 : c’est tout simplement la cote la plus basse que puisse avoir un cheval dans une course. Cela revient à dire, en simplifiant, que si vous pariez un euro sur ce cheval et qu’il gagne, la somme que vous allez récupérer au guichet sera de un euro… et dix centimes. Les Japonais présents à Longchamp et en France ont en effet tout misé sur lui : pas forcément des grosses sommes car la très grande majorité de leur ticket n’étaient pas destinés à être encaissés, mais à être conservés comme souvenir…


Deep Impact rendra vrai un célèbre adage des courses : aucun cheval n’est imbattable. Ils ne sont que huit dans la course et, dans cette configuration, le piège est de se retrouver dans une épreuve où il n’y a pas de rythme. C’est ce qu’il s’est passé, et Deep Impact n’a jamais connu une telle chose. Son jockey Yutaka Take, légende vivante au Japon, choisit de lancer son cheval de beaucoup trop loin. Fatigué, Deep Impact ne pourra pas tenir son effort jusqu’au bout et conclura troisième, battu par des chevaux qui n’auraient jamais dû le battre.


L’histoire est assez douloureuse et pourrait s’arrêter là… Mais ce n’est pas le cas. Deep Impact a été malade avant la course, souffrant de problèmes respiratoires. Son entourage l’a donc soigné mais le médicament donné n’a pas disparu à temps de l’organisme. Quinze jours après le Prix de l’Arc de Triomphe, Deep Impact est disqualifié pour contrôle positif. Une erreur de jugement plus qu’un acte malveillant. Cela fera un véritable scandale au Japon, quasiment une affaire d’état, et des excuses publiques seront présentées par les officiels japonais pour ce qui reste, aujourd’hui encore, ressenti comme une honte nationale.

2010 : Nakayama Festa, à une tête de la victoire

Une tête : c’est l’écart dans le Prix de l’Arc de Triomphe 2010 entre l’anglais Workforce et le japonais Nakayama Festa. En Europe, les jockeys japonais sont régulièrement critiqués pour la façon de monter les chevaux et, quatre ans après Deep Impact et Yutaka Take, la monte de Masayoshi Ebina sur Nakayama Festa a quelque peu enfoncé le clou. 

En effet, la ligne droite a été un bras de fer entre le jockey japonais et Ryan Moore, partenaire de Workforce. Et c’est Ryan Moore qui a gagné, obligeant le cheval japonais à s’écarter assez vers l’extérieur pour pouvoir laisser passer Workforce, qui a ensuite lutté jusqu’au bout pour s’imposer de très peu. Si Masayoshi Ebina et Nakayama Festa n’avaient pas "ouvert la porte", l’histoire aurait peut-être été autre… Nakayama Festa était un très bon cheval, mais pas un champion. Cependant, cette édition 2010 de l’Arc était ouverte et il aurait eu le droit de s’imposer.

2012 : Orfèvre, celui qui avait choisi de perdre

En 2012, Orfèvre s’impose comme la meilleure chance pour le Japon de remporter l’Arc, six ans après Deep Impact. Orfèvre est en effet un champion, un cheval doté d’une accélération assez phénoménale. Mais le talent naturel d’Orfèvre était aussi à la hauteur de son caractère : Orfèvre faisait ce qu’il désirait… Et même perdre la plus grande course du monde. En 2012, le Prix de l’Arc de Triomphe n’aura jamais été aussi shakespearien : la chute du héros après avoir touché du bout des doigts les sommets.


Pourtant, à la sortie du dernier tournant, les supporters japonais peuvent y croire. Un cheval, longtemps vu parmi les derniers, contourne le grand peloton en quelques foulées, comme si lui était au galop et les autres au pas. Cet éclair de classe, c’est Orfèvre. Dans la ligne droite, il se détache, rien ne semble pouvoir l’arrêter. Et c’est ensuite le coup de tonnerre. Orfèvre ralentit beaucoup. Il va percuter la lice à son intérieur. Ses foulées sont beaucoup plus courtes, sa vitesse a beaucoup diminué. Le jockey Olivier Peslier, en selle sur Solemia, est encore au sein du peloton, mais il voit que quelque chose ne va pas devant lui… Et il ne laisse pas passer sa chance. Il lance Solemia à la poursuite du fuyard. Il a beaucoup plu à Longchamp, le terrain est lourd, et Solemia n’est jamais meilleure qu’en ayant les sabots dans la boue. Elle refait son retard et crucifie le rêve japonais au passage du poteau, s’imposant avec une encolure d’avance sur son adversaire. Orfèvre ne doit sa défaite qu’à lui-même. On ne saura jamais ce qu’il a bien pu se passer : a-t-il eu peur de quelque chose ? A-t-il voulu se montrer joueur ? Peut-être… Pour l’anecdote, Olivier Peslier, le jockey victorieux, a longtemps monté au Japon durant l’hiver et est une véritable star là-bas. L’idole a crucifié les rêves.


Orfèvre conclura de nouveau deuxième du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe l’année suivante. Il est battu à la régulière, par la championne Trêve. Sa chance, il l’avait laissé passer un an auparavant, dans le bourbier de Longchamp…

>> Le Qatar Prix de l'Arc de Triomphe est à suivre en direct dimanche sur LCI à partir de 15h35 dans l'émission Au coeur de la course, présentée par Rebecca Fitoussi.

>> Suivez Au coeur de la course sur Facebook et Twitter @LCIacdlc 

Plus d'articles

Sur le même sujet