100.000 ménages exclus du crédit immobilier ? La Banque de France veut rassurer (mais n'y parvient pas)

100.000 ménages exclus du crédit immobilier ? La Banque de France veut rassurer (mais n'y parvient pas)
Immobilier

PANIQUE - Espérant couper court aux inquiétudes liées à un éventuel durcissement des conditions d'octroi du crédit immobilier, la Banque de France vient d'assurer que le chiffre qui circule de 100.000 ménages exclus du prêt cette année était "sans fondement". Pourtant, les courtiers observent que désormais certains dossiers "ne passent plus", rapporte Meilleurtaux à LCI.

"L'accès au crédit immobilier sera maintenu, sans le moindre doute". Écrite noir sur blanc par les autorités financières françaises dans un communiqué diffusé lundi 3 février, cette phrase est-elle suffisante pour faire retomber le vent de panique qui souffle depuis la semaine dernière sur le monde des crédits immobiliers ? 

Pas si sûr, à en croire un réseau de courtiers en crédits immobiliers contacté par LCI ce mardi et qui constate bel et bien que les banques refusent des dossiers qui étaient jusqu'ici acceptés. 

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D'où est partie la polémique ?

Le chiffre de "100.000 ménages" exclus du crédit immobilier en 2020 (soit 10% des nouveaux emprunteurs potentiels), a été avancé le 29 janvier par l'économiste Michel Mouillart, professeur à l'université Paris-Ouest, en marge d'une présentation de l’Observatoire des crédits aux ménages dont il est responsable. Cet Observatoire s'attend notamment à un resserrage du robinet du crédit en raison de la sonnette d'alarme tirée mi-décembre par les autorités financières françaises.

Le Haut conseil de stabilité financière, qui rassemble notamment le ministère de l'Économie et la Banque de France, a en effet recommandé aux banques d'être plus strictes afin d'éviter une surchauffe du marché immobilier dans un contexte de taux d'intérêt historiquement bas accompagné d'un développement du crédit sans précédent en 2019. L'organisme a ainsi recommandé de limiter les crédits d'une durée supérieure à 25 ans et de ne pas dépasser un taux d'endettement de 33%, c'es-à-dire que les remboursements doivent rester inférieurs à un tiers des revenus du ménage.

Quelle est la réplique des autorités financières ?

Ces affirmations sont "sans fondement", ont donc assuré ce lundi dans leur déclaration commune la Banque de France et l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, chargée de superviser le secteur de la banque et de l'assurance en France. "Il s'agit de protéger les ménages et non de les exclure du crédit immobilier", affirment-elles. Elles soulignent également que les banques peuvent déroger aux nouvelles règles de limite de durée et d'endettement "jusque dans la limite de 15%, ce qui est significatif" de leur production de crédit. Et pour ne pas pénaliser les jeunes acquéreurs, il est préconisé que "les trois quarts [de ces 15%] soient réservés aux primo-accédants". 

À ce stade, il ne s'agit toutefois que de mesures de prudence. Mais des contrôles sont cependant d'ores et déjà annoncés "avant de passer éventuellement à une phase plus contraignante".  

Quels profils sont affectés selon les courtiers ?

"Depuis le début de l'année, on ne passe plus les crédits sur 25 ans sans apport alors que ces dossiers étaient accepté l'an dernier", regrette Maël Bernier, porte-parole du réseau de courtiers Meilleurtaux, contactée ce mardi 4 février par LCI. Ce sont donc les jeunes et les ménages qui accèdent pour la première fois à la propriété, surtout lorsqu'ils disposent de peu d'apport, qui sont touchés de plein fouet", analyse-t-elle. Elle rappelle en outre que "l'an dernier, les dossiers avec moins de 5% d'apport représentait 28%" des prêts obtenus via le réseau de courtiers. 

De manière plus étonnante, "des dossiers d'investisseurs locatifs aisés sont désormais refusés" car leur taux d'endettement dépasserait alors les 33%, quand bien même leur reste à vivre serait confortable du fait que leurs revenus sont élevés et qu'ils toucheront des loyers. 

En fin de compte, Maël Bernier estime que le chiffre de 100.000 ménages écartés du crédit est "cohérent et sans doute même sous-estimé". 

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