Cet artiste propose de transformer les cendres de vos proches en... vaisselle

Insolite
MÉMOIRE – Un artiste de Santa Fe aux Etats-Unis s’est lancé dans la confection d’objets en céramique du quotidien à partir des cendres des proches défunts. LCI s’est entretenu avec ce créateur controversé.

Sur la table, une tasse à café bleu pastel. Simple, élégante, tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Pourtant, dans cet objet fonctionnel se cache une grand-mère défunte, un oncle trépassé, ou quelque autre parent décédé. Derrière cette drôle d’idée : Justin Crowe, artiste de Sante Fe au Nouveau-Mexique et fondateur de Chronicle Cremation Designs. Sa devise : "Chérissez la mémoire de vos êtres aimés dans la vie de tous les jours".


Bouleversé par la mort de son grand-père, l’artiste souhaitait donner du sens à la mortalité autrement que par une urne froide ou une simple photo sur une étagère. "Je savais que la cendre d’os est un ingrédient courant en céramique – la porcelaine à la cendre d’os est faite avec à peu près 30% d’os d’animaux", explique Justin Crowe, interrogé par LCI. "Utiliser de vrais os à l’intérieur d’un objet familier semblait être un concept parfait".

200 os humains pour un service à vaisselle

Coup de chance : aux États-Unis, la législation est souple en la matière. Il est possible d’acheter, de vendre et de posséder des restes humains, généralement destinés à la science, dans la plupart des régions. "Tant qu’ils n’appartiennent pas à des Indiens d’Amérique", précise l’artiste bien informé. À partir de 200 os d'humains anonymes achetés sur Internet, le céramiste a façonné un service à vaisselle complet pour huit personnes. Un projet baptisé "Nourish", qui a exigé quatre mois de travail.

Autour d’un repas servi dans cette porcelaine insolite, l’entourage de Justin Crowe l’a encouragé à personnaliser ses créations. Il a donc décidé d’utiliser sa recette (tenue secrète) pour proposer une nouvelle façon de se souvenir des êtres disparus, en les "côtoyant" dans le quotidien. "Nous envoyons un ‘kit de collecte’ pour récupérer la quantité exacte de cendres dont nous avons besoin pour faire le vernis personnalisé", précise le façonneur.

"Nous comprenons que notre procédé soit perçu comme surprenant ou peu conventionnel, mais nos produits apportent une opportunité unique pour les gens de s’entourer de la mémoire de quelqu’un qu’ils ont aimé."Justin Crowe, artiste et fondateur de Chronicle Cremation Designs

Les cendres reçues – généralement collectée à hauteur d’une tasse - sont ensuite mélangées dans une préparation comprenant de l’argile, du silex et du feldspath (une pierre notamment utilisée pour la faïence). L’artiste utilise ce revêtement pour concevoir l’objet désiré. Et, à raison de 199 dollars (près de 180 euros), l’expéditeur endeuillé se voit retourner une tasse à café, un petit luminaire à 249 dollars (225 euros) ou encore un pendentif pour 189 dollars (170 euros).

Aux âmes choquées, que répond l’artiste ? "On peut être critiqué pour désirer la crémation plutôt que l’enterrement et ce sont deux options de fin de vie très communes", compare-t-il. "Nous recevons des critiques et nous comprenons que notre procédé soit perçu comme surprenant ou peu conventionnel, mais nos produits apportent une opportunité unique pour les gens de s’entourer de la mémoire de quelqu’un qu’ils ont aimé". Depuis le lancement de son commerce en octobre 2016, l’artiste a d’ores et déjà reçu cinq commandes. "Jusqu’ici, le produit le plus populaire est la tasse à café", constate-t-il.

Une pratique interdite en France

Mais si Justin Crowe est ouvert au commerce international, il devra encore attendre avant de prospérer en France. Michel Kawnik, président de l’Association française d’information funéraire, nous explique : "En France, la loi interdit de séparer les cendres depuis 2008. Elles doivent avoir une seule et même destination, qu’elles soient dispersées hors des voies publiques ou immergées dans l’eau à un minimum de cinq kilomètres de la côte." Même si à ce jour, ni plainte ni condamnation n'ont été recensées, la loi défend même de conserver les restes incinérés après 2008 chez soi.

Dans le même registre et avec une simple mèche de cheveux du défunt – ce qui dans ce cas, n’est pas prohibé - des joaillers suisses proposent même de créer des diamants synthétiques, raconte le spécialiste de la logistique post-mortem. "C’est une façon de garder l’être cher près de soi". Ou dans le cas de cette vaisselle mortuaire, sur la table à manger.

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