Pourquoi des touristes français risquent-ils la prison pour avoir ramassé (beaucoup) de sable en Sardaigne ?

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À LA LOUPE – Un couple de Français a été arrêté en Sardaigne avec 40 kg de sable qu'ils avaient ramassé sur les plages de l'île italienne. Un souvenir qui peut coûter très cher. Explications.

Ce couple de touristes français se souviendra longtemps de ses vacances en Méditerranée. Le jeudi 15 août, un homme et une femme ont été arrêtés par les douaniers italiens lors de l'embarquement à Porto Torres, port situé au nord de la Sardaigne. Leur délit ? Ils tentaient de ramener à bord du ferry plus de 40 kilogrammes de sable blanc prélevés sur les plages de l'île. 

Une interdiction totale des prélèvements en Sardaigne

L'arrestation du couple s'est déroulée lors du contrôle d'embarquement du navire à destination de Toulon. L'attention des douaniers a été attirée par d'étranges bouteilles en plastiques détenues par le couple. En effet, ils avaient placés en tout 14 bouteilles en plastiques remplies de sable dans le coffre de leur voiture. 

Comme l'explique le journal sarde Sassari Oggi, les deux passagers ont été conduits au poste pour examiner le contenu exact des bouteilles. Il se trouve que ces 40 kg de sables blancs proviennent de la plage de Chia, un lieu paradisiaque très prisé des touristes situé au sud de la Sardaigne. Les époux ont assuré qu'ils ignoraient que les prélèvements étaient interdits et qu'ils voulaient simplement rapporter un souvenir de vacances. Avec 14 bouteilles remplies à ras bord, les autorités italiennes vont surtout vérifier que les vacanciers malheureux n'avaient pas l'intention de le revendre sur internet, une circonstance aggravante qui, comme l'indique Il Corriere Della Sera, les expose à une peine de prison allant d'un à six ans... 

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Car en Sardaigne, ce commerce est totalement prohibé. Emporter du sable, des galets, des coquillages ou tout autre élément qui proviendrait d'une plage est passible d'une lourde amende pouvant aller jusqu'à 3.000 euros. Des peines de prison sont également possibles. 

L'été dernier, un homme a été condamné à une amende de 1.000 euros après que la police l'ait arrêté en possession d'une bouteille de sable provenant de la plage de Gallura, sur la côte nord de l'île. Si prélever du sable, une pierre ou un coquillage peut paraître anodin, multiplier par le nombre de touristes ces petits gestes ont de lourdes conséquences pour l'écosystème maritime. D'après The Guardian, les autorités italiennes ont retrouvé, en tout, une tonne de sable dans les bagages des touristes en 2017.

Le sable prélevé retourne sur les plages pillées

En Sardaigne, les habitants excédés par les écarts de conduite des touristes promeuvent même le retour du sable sur leur plage d'origine. Comme on peut le voir sur le groupe Facebook Sardegna Rubata e Depredata, en français "Sardaigne Volée et Pillée", des opérations sont organisées par des bénévoles pour remettre sur les plages tous les minéraux dérobés par les touristes. 

Sur cette page Facebook, on apprend par exemple qu'une famille espagnole a été arrêtée au mois de juillet avec huit bouteilles remplies de graviers et de galets provenant du site de Cala Goloritzé. Pour justifier leur geste, les touristes ont précisé qu'ils voulaient les utiliser pour remplir leur aquarium. Les minéraux ont depuis retrouvé leur place à Cala Goloritzé. 

Dans de rares cas, les touristes pilleurs se repentissent d'eux-mêmes. A l'instar de cette Britannique qui a décidé de rendre le sable rose emporté 29 ans plus tôt et provenant la plage de Budelli, une petite île au large de Sardaigne. Elle a accompagné son geste d'un petit mot d'excuse : "J'ai lu dans certains journaux et j'ai entendu à la télévision ce qu'est ce sable et comment il se constitue. J'ai compris à quel point la Sardaigne est unique. Je me sentais coupable." 

Cette pratique est-elle aussi interdite en France ?

Tout à fait. "Il est interdit de prélever du sable sur les plages, mais en France, et dans d'autres pays une tolérance existe si le prélèvement est modéré", nous explique Alain Couette, arénophile, nom donné aux collectionneurs de sables. Sa collection rassemble plus de 5.000 échantillons provenant de l'intégralité des pays du monde. 

En France, le code de l'environnement précise bien que "les extractions de matériaux [...] sont limitées ou interdites lorsqu'elles risquent de compromettre, directement ou indirectement, l'intégrité des plages, dunes littorales, falaises, marais, vasières, zones d'herbiers, frayères, gisements naturels de coquillages vivants et exploitations de cultures marines." Si les petites collectes sont effectivement tolérées, les voleurs de sables qui en feraient commerce encourent une amende de 1.500 euros pour atteinte au domaine public maritime. Mais sur certains sites classés en réserve minéralogiques, comme Etretat ou l'île de Groix, le moindre prélèvement est totalement prohibé. 

En 2017, Le Télégramme rapportait que des personnes vendaient en tout illégalité du sable prélevé sur plusieurs plages bretonnes ou normandes. Par exemple, 85 grammes de sable de la Baie du Mont-Saint-Michel s'échangeaient contre 4,50 euros. 

Alain Couette fustige l'attitude des touristes irresponsables mais aussi des revendeurs illégaux. Et pour cause, ils portent préjudice aux arénophiles.  Ces derniers collectionneurs sont signataires d'une charte, qui leur impose de ne pas vendre ou d'acheter du sable, eux échangent. "Je l'ai rappelé maintes fois aux vendeurs de sables de collection sur des sites d'enchères, je me suis fait souvent insulter en retour." 

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