VIDÉO - A la rencontre des "Ama", ces grands-mères japonaises qui pêchent en apnée

VIDÉO - A la rencontre des "Ama", ces grands-mères japonaises qui pêchent en apnée

DÉCOUVERTE - Au Japon, les "mamies plongeuses" sont vénérées comme des divinités. On les appelle les "Ama", littéralement les "femmes de la mer". Une équipe de TF1 est partie à leur rencontre.

Au pays du Soleil levant, de drôles de sirènes peuplent les eaux de la péninsule de Shima-Hanto. Chaque matin, Michiko, 76 ans, enfile sa combinaison de plongée puis emprunte un petit escalier en pierre pour rejoindre le rivage en contrebas. Péniblement, une marche après l’autre. Ce n’est qu’une fois dans l’eau que la métamorphose opère et la grand-mère devient sirène. "Je suis plus à l’aise dans l’eau", explique-t-elle. Michiko est une "Ama", littéralement une "femme de la mer". Autrement dit, une pêcheuse sous-marine professionnelle. 

Sans bouteille ni tuba, durant près de deux heures, elle va plonger des dizaines de fois, en apnée, pendant une à deux minutes, pour décrocher à cinq mètres de profondeur des ormeaux, des mollusques très prisés qui s’agrippent aux rochers. La septuagénaire utilise pour cela une technique de respiration par sifflement, transmise de mère en fille depuis des siècles chez les "Ama". Aiko Ohno, 83 ans, en est la doyenne. "Le syndicat des pêcheurs nous demande de ne pas passer plus d’une heure et demie dans l’eau. Mais à vrai dire, en plongeant et en nageant, j’y reste plutôt deux heures", s’amuse-t-elle. Des études ont montré que certaines d'entre elles ont des poumons proches de celui d’une trentenaire.

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De nos jours, les "Ama" ne sont plus que 2.000

Cependant, le métier d'"Ama" n'est pas sans risque. "Une de mes amies s’est noyée. Elle tentait de remonter à la surface. Mais des algues se sont accrochés à son cordon", relate Michiko, venue se recueillir devant la stèle rendant hommage aux "femmes de la mer" disparues. Un peu plus loin, au large, un couple de pêcheurs s'active. La femme est dans l’eau et le mari, lui, est sur le bateau. Un partage des rôles qui peut étonner. Mais si l'on en croit ce pêcheur, il y a une explication. "Les femmes ont plus de graisse. De ce fait, elles supportent mieux le froid", avance-t-il. Autre raison avancée : à l'époque, les hommes partaient pêcher au large, si bien que les femmes devaient rester à terre pour s’occuper des enfants. 

Aujourd'hui, dans le village de pêcheurs d’Osatsu, l’âge moyen des "Ama" est de 70 ans. Pourtant, autrefois, les plongeuses fascinaient par leur jeunesse. Jusqu’au début du 20e siècle, elles pêchaient nues, ce qui a aussi contribué à leur légende. Les estampes puis les photographies d’époque les ont transformé en véritables icônes sensuelles. "Les Ama ont fasciné beaucoup d'hommes. C’est même un sujet qui a inspiré des films pornographiques", explique Mai Yoshimura, historienne au centre de recherche de l’université de la province de Mié, dans le sud-est du pays.

De fantasme sexuelle pour les hommes, elles sont aussi devenues au fil du temps des symboles de la féminité. Des sanctuaires leur sont même dédiés. Chaque année, ils attirent des milliers de femmes venus de tout le pays pour y déposer des offrandes. Malheureusement, les "femmes de la mer" risquent de disparaître et leur métier aussi. De nos jours, les "Ama" ne sont plus que 2.000. C’est dix fois moins que dans les années 1950. De moins en moins de jeunes japonaises choisissent ce métier. Une crise des vocations qui s'explique aussi par l'appauvrissement des ressources marines. Nombre d’entre elles ne gagnent plus aussi bien leur vie. Pour survivre, la plupart n’ont pas d’autre choix que d’avoir un autre métier.

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