100 morts en une semaine en Irak, le président Barham Saleh annonce des élections anticipées

Un manifestant à Bagdad, en Irak.
International

HÉCATOMBE - Depuis la reprise, jeudi 24 octobre, du mouvement de contestation antigouvernementale, au moins 100 personnes ont été tuées et 5.500 blessées selon la Commission gouvernementale des droits de l'Homme. Jeudi 31 octobre, le président irakien a promis des élections anticipées après une nouvelle loi électorale.

La crise sociale et politique se poursuit dans le sang en Irak. Au moins 100 personnes ont été tuées et 5500 blessées en une semaine de manifestations et de violences dans le pays, selon la Commission gouvernementale des droits de l'Homme. Le mouvement de contestation antigouvernementale avait déjà fait 157 morts lors de sa première semaine, du 1er au 6 octobre.

Une crise si profonde que le président irakien Barham Saleh a finalement annoncé, jeudi dans une allocution télévisée, que des élections anticipées seraient organisées dès l'adoption d'une nouvelle loi électorale qui sera soumise au Parlement "la semaine prochaine". Le Premier ministre, sur la sellette, a accepté de démissionner si les courants politiques du Parlement se mettaient d'accord sur un remplaçant, a précisé le chef d'Etat. 

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Les manifestants réclament le départ de la classe politique et dénoncent la corruption

Dans la soirée du mercredi 30 octobre, la violence faisait encore rage dans les rues de la capitale irakienne. Un militaire irakien a été tué dans l'explosion d'une roquette tombée sur un check-point près de l'ambassade des Etats-Unis, dans la Zone verte de Bagdad, où se trouvent les principales institutions de l'Etat. Selon des responsables de sécurité irakiens, trois militaires irakiens ont également été blessés et une seconde roquette a été tirée sans exploser.

L'origine de ces tirs de roquette est inconnue à l'heure actuelle. De même, les tireurs qui ont abattu des dizaines de manifestants lors de la première semaine de contestation, début octobre, n'ont pas été identifiés. Ce lourd bilan n'a pas découragé les protestataires, rassemblés jour et nuit place Tahrir à Bagdad, ou dans différentes villes du sud du pays. Ils réclament la "chute du régime", le départ de toute la classe politique arrivée au pouvoir à la chute du dictateur Saddam Hussein en 2003, et dénoncent le manque de services publics ainsi que la corruption.

Le Premier ministre sur la sellette

Mardi soir, le président irakien Barham Saleh avait reçu le Premier ministre Adel Abdel Mahdi et le chef du Parlement Mohammed al-Halboussi, lequel avait appelé plus tôt le Premier ministre à se présenter "immédiatement" devant l'Assemblée. Le sort du chef du gouvernement, âgé de 77 ans et sans base partisane ni populaire, était entre les mains du Parlement. 

Les lignes semblent d'ailleurs bouger au sein du Parlement, notamment entre les deux plus gros groupes, celui des députés favorables à l'influent leader chiite Moqtada Sadr, et celui des députés fidèles au chef des paramilitaires pro-Iran, Hadi al-Ameri. Ce dernier, qui avait jusque-là soutenu le Premier ministre Abdel Mahdi, a dit accepter de "travailler avec" Moqtada Sadr. Celui-ci réclame depuis début octobre la démission d'un gouvernement qu'il avait aidé à former il y a un an.

Les manifestants veulent une nouvelle constitution

Selon Maria Fantappie, du centre de réflexion International Crisis Group, la démission ou le limogeage du Premier ministre auraient été vus "comme un tournant par les manifestants" sans pour autant mettre un terme à celui-ci. En effet, "un scrutin à venir avec la même loi électorale amènerait les mêmes visages au Parlement et les mêmes tractations (...) pour trouver un Premier ministre", dans une Assemblée fracturée entre des membres s'accusent mutuellement d'allégeance à des puissances étrangères : Iran, Etats-Unis, Arabie saoudite ou Turquie, entre autres. 

Raison pour laquelle les manifestants ont réclamé une nouvelle constitution et la fin du complexe système de répartition des postes par confession ou par ethnie, rongé par le clientélisme. Pour l'heure, c'est une nouvelle loi électorale et des élections qui se profilent donc. 

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