11-Septembre : 3 photos devenues iconiques racontées par leurs auteurs

11 septembre, une histoire française - Un reportage de Véronique LhormeImages : Thierry SimonetMontage : Aurélie Boiron-LarocheProduction : YN PRODUCTIONS/LA CUISINE AUX IMAGES-Marc NardinoLes attentats du 11 septembre 2001 sont les plus meurtriers jamais perpétrés dans le monde. Leur impact a été colossal aux Etats-Unis, mais aussi partout dans le monde. Jusqu’alors, aucun documentaire ne s’était intéressé à ses répercussions sur la société française, sur les Français. Et pourtant, si l’onde de choc a démarré dans les tours de Manhattan, elle a aussi frappé la France à distance avec une violence inouïe. Retour sur les faits grâce à des témoignages et des archives inédites, mais aussi sur l’impact de cette catastrophe sur les Français.

DANS L'HISTOIRE - Les photographes Suzanne Plunkett, Richard Drew et Stan Honda se trouvaient à New York lors des attentats du 11 septembre 2001, dont le monde commémore les 20 ans ce week-end. Tous trois sont les auteurs de clichés désormais passés à la postérité.

Des symboles de l'horreur vécue en cette effroyable journée. Le 11 septembre 2001, alors que des terroristes d'Al-Qaïda viennent de détourner quatre avions et de frapper de plein fouet l'Amérique, le monde entier est sous le choc. À New York sans doute plus qu'ailleurs. Au sud de Manhattan, dans le quartier d'affaires de Wall Street, deux appareils ont été propulsés coup sur coup droit dans les tours du World Trade Center (WTC), incarnation de la puissance des Etats-Unis. 

Au milieu de la foule incrédule, les journalistes présents sur place sont alors nombreux à tenter de saisir les premières images du drame. Parmi eux, trois photographes, Richard Drew, Suzanne Plunkett et Stan Honda, vont se distinguer pour des clichés - pris respectivement avant, pendant et après que l'édifice ne soit réduit en poussière - entrés dans la mémoire collective. Clichés que leurs auteurs ont ensuite racontés. 

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"The Falling Man"

"Je n’ai jamais regretté d’avoir pris cette photo, c’est l’une des seules qui montrent quelqu’un mourir ce jour-là." À l'occasion du quinzième anniversaire des attentats, le photographe d’Associated Press (AP) Richard Drew, auteur de ce cliché au retentissement planétaire baptisé avec le temps "The Falling Man" (le magazine Esquire a été le premier à employer ce titre) était revenu auprès du Time sur la portée prise depuis par l'image saisissante de cet homme chutant la tête vers le bas de l'une des tours du World Trade Center, dans un ultime geste de désespoir. "Cette photo est en fait très paisible. Contrairement à d’autres clichés d’événements désastreux et violents, on ne voit pas de sang, il n’y a rien de sale. Les gens réagissent à cette photo car ils peuvent s’y identifier. Ils se disent qu’ils auraient pu avoir à faire le même choix que cet homme (toujours pas identifié à ce jour, ndlr)." 

Ce 11 septembre 2001, le photographe, qui mitraille à l'aide de son objectif la scène qu'il a sous les yeux, ne se rend pas tout de suite compte qu’il vient de figer un instant appelé à devenir iconique. Et ce n’est d'ailleurs qu’en arrivant à son bureau qu’il finit par la voir sur son écran d'ordinateur. "J’ai appelé l’un de mes responsables, je lui ai montré la photo et je lui ai dit : 'C’est celle-là, ça doit être LA photo.' Cet gars était comme une flèche coupant en deux le World Trade Center."

L'effondrement de la tour Sud

Lorsque Suzanne Plunkett - elle aussi photographe de l’AP - prend ce cliché, elle se trouve dans le quartier de Broadway, dans le sud de Manhattan. La tour Sud du World Trade Center (WTC) est alors sur le point de s’écrouler. "Alors que les gens courraient vers moi, j’ai sorti mon appareil et j’ai pris 13 photos, parmi lesquelles celle qui allait devenir célèbre", expliquait la reporter en 2016 dans un récit publié par le Guardian au titre éloquent : "Au cœur de l'horreur du 11-Septembre, prendre cette photo a changé ma vie". 

"Un agent de police obstiné m’a probablement sauvé la vie. Moins d'une minute avant que la tour ne s'effondre sur le matin du 11 septembre 2001, je me trouve tout près du WTC. J’essaye de me rapprocher, en agitant ma carte de presse devant le visage du policier, mais il ne veut pas m’entendre. Campant sa position, il me hurle que les lieux ne sont pas sûrs." "Puis l’enfer s’est abattu sur nous", poursuit Suzanne Plunkett. "Quelqu'un est passé devant nous en criant : 'Ça vient vers le bas'. Des flots de poussière et de fumée se sont mis à tapisser le ciel. L’adrénaline est montée d’un seul coup et j’ai commencé à courir à travers Broadway, vers le bas de Fulton Street, poursuivie par les débris." La photographe parvient finalement à s’abriter dans une boutique et à envoyer sa photo à l’AP. Avant de repartir sur le terrain, en quête d’autres clichés. 

"The Dust Lady"

"Il y avait un énorme grondement, comme un train, et à travers les immeubles, j’ai pu voir un impressionnant nuage de fumée et de poussière d’avancer. Les gens essayaient de s’en échapper. La première tour était en train de s’effondrer." Quand le photographe de l’AFP Stan Honda - auteur de plusieurs clichés retentissants de l'événement - découvre de ses yeux le chaos de Manhattan, il ne sait pas qu’un deuxième avion a été précipité dans le WTC. Alors qu’il tente de s’approcher, il aperçoit une foule terrorisée courir dans le sens opposé. "J'étais près du hall d'entrée d’un bâtiment. Un officier de police tirait les gens à l'intérieur pour les éloigner du danger. Je suis moi-même rentré et, d’un seul coup, tout a été plongé dans le noir pendant plusieurs minutes", détaillait-il dans un texte posté sur une page Facebook de l’AFP à l’occasion des dix ans du 11-Septembre. 

"Une femme est alors arrivée, complètement recouverte de poussière. On pouvait voir qu'elle s’était bien habillée pour le travail. Pendant une seconde, elle s’est tenue là, dans le hall de l’immeuble. J’ai pris une photo d’elle avant que le policier ne commence à diriger tout le monde vers un lieu plus sûr." Son one-shot, connu sous le nom de "The Dust Lady ("la Dame poussière"), qui illustre parfaitement le chaos vécu ce jour-là, allait lui aussi faire le tour du monde. Identifiée plus tard comme Marcy Borders, une employée de la Bank of America, la "Dust Lady" est finalement décédée en 2015 des suites d’un cancer de l’estomac. 

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