30 ans de Tchernobyl : chronologie d'un mensonge et d’une catastrophe non-maîtrisée

30 ans de Tchernobyl : chronologie d'un mensonge et d’une catastrophe non-maîtrisée
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ENVIRONNEMENT – Il y a tout juste 30 ans mardi, le 26 avril 1986, à 1h23 du matin, le réacteur n°4 de la centrale nucléaire ukrainienne de Tchernobyl explosait durant un test de sécurité. Mais l’ampleur de l’accident, qui projette un nuage radioactif lourd de conséquences pour l’environnement et la santé publique, n’est reconnue que trois semaines plus tard. Récit.

Il y a 30 ans, le 26 avril 1986, une fusion incontrôlée du cœur du réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl, au nord de l’Ukraine, provoque ce qui deviendra la plus importante catastrophe du nucléaire civil du XXème siècle, avec des milliers de victimes. Les conséquence sont lourdes : un "nuage" composé d’éléments radioactifs (iode-131, césium-134 et césium-137) s’échappe du site pendant une dizaine de jours, poussé par les vents, et contamine une bonne partie de l’Europe. Cependant, la catastrophe n’est connue de l'Occident que trois jours plus tard, le 29 avril, son ampleur étant minimisée par les autorités soviétiques jusqu’à la mi-mai. Retour sur une gestion de crise controversée.

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26 avril
A 1h23 du matin, lors d’un exercice de sécurité mal opéré après l’arrêt planifié de la centrale, le réacteur n°4 de Tchernobyl de type RBMK 1000 (réacteur à système simplifié) s’emballe après une montée incontrôlable de sa puissance en son cœur. Deux explosions sont suivies d’incendies et déjà un nuage radioactif se disperse sur l’Ukraine et la Biélorussie voisine.

"Les pompiers sont arrivés aussitôt, le Kremlin a ensuite été informé et très rapidement un comité d’expert est dépêché pour évaluer la situation", explique à metronews Galia Ackerman, journaliste et essayiste franco-russe, auteure de plusieurs ouvrages sur la catastrophe dont Traverser Tchernobyl (éd. Premier Parallèle ; 2016) . Dans la centrale, un employé meurt sur le coup, un deuxième décède de ses blessures quelques heures plus tard, et les pompiers qui essayent d’empêcher l’incendie de se propager au réacteur n°3 sont très fortement irradiés.

 27 avril
En début d’après-midi, plus de 36 heures après l’explosion, les autorités soviétiques organisent l’évacuation de Pripyat, une ville de 45.000 habitants située à trois kilomètres de la centrale seulement. Les résidents sont priés d’emporter le strict minimum, sans plus d’informations. Pour tarir la fuite et refroidir le réacteur, des hélicoptères larguent des sacs de sable, de plombs et d'argile en continu. Dans la nuit, deux des pompiers qui ont contribué à maîtriser l’incendie décèdent. Ils n’avaient aucune protection spécifique, comme leurs collègues qui succombent dans le mois qui suivent. 

 28 avril
Au petit matin, les agents de la centrale nucléaire de Forsmark, en Suède, relèvent un niveau anormal de radioactivité. Le site est évacué : on craint une fuite radioactive. Mais les analyses des premiers relevés transmis à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) indiquent que la contamination est extérieure. Dans l’après-midi, une dépêche AFP informe que "des niveaux de radioactivité inhabituellement élevés ont été apportés vers la Scandinavie par des vents venant de l’Union soviétique". L’agence de presse soviétique, Tass, confirme le soir dans une dépêche de cinq phrases qu’un "accident" est survenu à la centrale de Tchernobyl.

 29 avril
La nouvelle de la catastrophe est annoncée par les médias occidentaux, sans précision, en raison du peu d’informations existantes qui parviennent d’URSS. La taux de radioactivité "anormalement élevé" détecté en Scandinavie suscite déjà des inquiétudes : est-ce qu'il y a "réel danger pour les hommes et vers où" peut se diriger le panache nucléaire ?, interroge Marie-Laure Augry sur TF1. 

Mais pour les responsables du nucléaire français, la météo favorable – un anticyclone – préserve la France des retombées radioactives. Invité du 13 heures de TF1, le professeur Pierre Pellerin, directeur du Service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI), soutient que la radioactivité "ne présente aucun inconvénient sur le plan de la santé publique". "On a fait tellement de catastrophisme sur le nucléaire, qu’on risque de déclencher des paniques", poursuit-il. Et de soutenir : "Même pour les Scandinaves, la santé n’est absolument pas menacée, (…) sauf dans le voisinage immédiat de l’usine".

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 30 avril
Le panache radioactif majoritairement composé de césium 137 stationne jusqu'au 5 mai au-dessus du territoire français, notamment à l'Est, dans les Alpes, en Paca et en Corse. Au plus fort du nuage le 1er mai, la concentration monte jusqu'à 25 becquerel m3 . Pourtant, le Service central de protection contre les rayons ionisants (SCPRI ) annonce que la situation est sous contrôle et qu’aucune hausse de la radioactivité n’a été constatée en France.

 1er mai
Le périmètre de sécurité autour de la centrale est élargi : les personnes situées dans un rayon de 30 km autour du site sont évacuées. Au total, ce sont plus de 115.000 personnes qui seront évacuées jusqu'à la fin du mois d'août 1986. A un peu plus d'une centaine de kilomètres, à Kiev, la population n'est toujours pas mise au courant : les écoliers défilent dans la rue pour le 1er mai. 

► 4 mai
Une semaine après l’accident nucléaire, la télévision soviétique diffuse les premières images du site prises d’un hélicoptère. Les informations sur le nombre de blessés et de personnes évacuées sont données au compte-gouttes. "Les premiers jours, il n’y avait aucune information sur la catastrophe", se souvient Oleg Veklenko, un des 600.000 "liquidateurs" dépêchés pour décontaminer le site de Tchernobyl, que l’on rencontre à la mairie du IIe arrondissement de Paris. L’ancien officier réserviste ukrainien ajoute : "Il y avait quelques lignes dans la Pravda [ndlr, le journal du parti communiste de l’union soviétique] et à la radio, on parlait d’une petite fuite sans gravité : donc on était obligé de lire entre lignes et on a tout de suite compris que ce n’était pas si petit que ça".

 6 mai
A Tchernobyl, l'émission du réacteur tombe en moins de vingt minutes à 1/50 de sa valeur précédente, puis à quelques curies par jour. Le coeur du réacteur s'est solidifié : l'incendie finit par être maîtrisé. Pendant ce temps, une cinquantaine d'opérateurs sont envoyés sur le toit pour collecter les débris très radioactifs. Ils ne disposent que de 45 secondes pour effectuer leur tâche, leur équipement dérisoire ne permettant pas de les protéger de la radioactivité. Un grand nombre d'entre eux mourra dans les années suivantes de cancers.

 11 mai
En France, la presse s'interroge sur la sérénité des autorités françaises face au nuage radioactif et ses conséquences. Dans un éditorial à charge, Libération dénonce "le mensonge radioactif". En France, contrairement aux Pays-Bas, à l'Allemagne de l'Ouest ou la Suède aucune mesures n'a été prise pour interdire la consommation de lait ou de fruits et légumes frais.

 14 mai
Dans une allocution télévisée, Mikhaïl Gorbatchev, dirigeant de l’URSS, reconnaît l’ampleur de la catastrophe trois semaines après l’explosion. "Gorbatchev disait qu’il ne pouvait pas faire sa déclaration avant sans savoir ce qui se passait. Après je ne sais pas si c’est vrai ou si c’est faux", confie à metronews la journaliste Galia Ackerman. Les "liquidateurs" venus de Biélorussie, d'Ukraine ou de Russie, chargés de décontaminer la zone sont mobilisés pour construire une chape de béton autour du réacteur afin de confiner les émissions de matière radioactive. La construction de ce sarcophage à la va-vite prend sept mois. Fin 1986, les réacteurs n°1 et 2 de Tchernobyl sont à nouveau démarrés. Les conséquences de la catastrophe sont cependant très loin d'être résorbées...

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