À Istanbul, les touristes ont déserté la vieille ville

À Istanbul, les touristes ont déserté la vieille ville

REPORTAGE - Depuis six mois, la Turquie est durement touchée par le terrorisme, venu de l’État islamique et des extrémistes kurdes. Principale conséquence : le tourisme, pourtant vital pour le pays, s’est effondré d’un seul coup. A Istanbul, avant même l'attaque qui a tué plus de 40 personnes mardi soir à l'aéroport international, dans le quartier de Sultanhamet, coeur historique de la ville, les touristes sont devenus une denrée rare.

Il y a bien quelques barrières de police et des uniformes, par ci par là. "Mais n’espérez pas en voir beaucoup. Ils sont surtout en civil", croit savoir Erizon derrière son stand. À Sultanahmet, quartier utlra-touristique d’Istanbul, la place principale ne grouille ni de policiers, ni de militaires, et surtout pas du flot de touristes incessant qui d’habitude rend la place noire de monde.

Depuis les multiples attentats qui ont ensanglanté la ville turque, dont le dernier, mardi, a tué 41 personnes mardi soir à l'aéroport Atatürk, les touristes ont déserté la cité.

EN VIDEO >> Attentat à l'aéroport Atatürk : le point sur l'enquête


Aucune queue pour accéder au palais de Topkapi, à la basilique Sainte-Sophie, ou à la Mosquée bleue, alors que d’habitude, il faut patienter jusqu’à une heure pour pénétrer à l’intérieur. La ville semble figée dans la chaleur, et les quelques rares touristes présents préfèrent prendre l’ombre sous les palmiers de Sultanhamet, plutôt que de s’aventurer sur la place, où la température atteint facilement les 35 degrés. Officiellement, en Turquie, le tourisme a chuté de 30% en avril par rapport à l’année dernière, selon le ministère du Tourisme. Le pays a beaucoup à perdre : le secteur a généré plus de 28 milliards d’euros de revenus en 2015. 

Deux Français légèrement blessés

"Normalement, à cette heure-ci, j’ai déjà vendu 100, voire 200 livres de sirop [30 à 60 euros ndlr]. Là, je n’ai que 10 livres [3 euros] dans la poche", se désole Erizon, qui a installé pour le ramadan un stand en bois juste en face de la Mosquée bleue. Il se situe à quelques mètres de l’endroit où, en janvier dernier, un jeune extrémiste syrien s'est fait exploser devant l’obélisque égyptienne, entraînant la mort de dix touristes allemands. "Moi, je n’étais pas là. Mais bien sûr qu’ici, tout le monde est très choqué", confirme-t-il. Deux mois plus tard, c’est une bombe sur l’avenue Istiklal, poumon commercial de la ville, qui a fait quatre morts - quatre touristes, encore. Début juin, un véhicule piégé explosait devant le commissariat de Fatih, à quelques minutes du Grand Bazar. 

Et le dernier attentat, donc, le plus sanglant connu en Turquie depuis plusieurs mois, a encore une fois touché des touristes à l’aéroport Ataturk. Deux Français ont été légèrement blessés, a annoncé François Hollande.

"Il y a cinq ans, les gens se battaient pour être ici"

Pour Adnan, qui patiente à l’entrée de son bus touristique, les retombées se font durement sentir. "À la même période, l’année dernière, j’avais déjà vendu 400 tickets. Aujourd’hui, à peine 80, se désole-t-il. Ce sont surtout les Allemands et les Russes, nos principaux clients, qui ne viennent plus". Il a abandonné l’espoir de voir les touristes revenir. "À mon avis, personne ne reviendra avant 2017", professe-t-il.

Hôtels, tours, restaurants, tous les secteurs sont touchés. Dans le Grand Bazar, qui fourmille de boutiques de souvenirs et de bibelots typiques, de nombreuses boutiques sont désormais à louer. "Il y a cinq ans, les gens se battaient pour être ici. Maintenant, on n'écoule parfois rien de la journée…", s’inquiète Enes, qui vend des bijoux depuis six ans.

Un Airbus pour faire revenir les touristes

Ozan, qui gère plusieurs appartements sur Airbnb, a lui déjà baissé de 30% le prix de ses chambres. "Je me demande même si je ne vais pas laisser tomber", lâche-t-il, dépité. Même l’hôtellerie de luxe est touchée : le Swiss Hotel, l’un des plus haut de gamme de la ville, ne coûte désormais "plus que" 600 livres turques (185 euros). La presse turque prédit même  un chômage record dans le secteur , qui pourrait toucher près de 500.0000  personnes. 

La crise ne touche pas qu'Istanbul, mais tout le pays. Les plages d’Antalya, d’ordinaire bondées, se vident de leurs touristes. Les compagnies hôtelières pourraient perdre "30 à 40% de leurs revenus", s’inquiète Osman Ayik, président de la Fédération des hôteliers turcs, dans  la Tribune de Genève . Les Français seraient 38% en moins dans le pays. Sur sa page officielle, le ministère des affaires étrangères français recommande d’ailleurs  la plus grande vigilance aux voyageurs .

"On se dit qu’il peut y avoir des attentats partout"

En réaction, les autorités turques ont prévu un plan d’aide de plusieurs millions d’euros. Et début juin,  elles ont même coulé un Airbus, au large de Kusadasi , afin de créer un récif artificiel, susceptible de faire revenir les touristes sur ses plages de la mer Egée.

Les touristes présents sont pourtant peu effrayés. Candya est venue avec son mari et ses trois enfants. "On en avait envie depuis longtemps. On se dit qu’il peut y avoir des attentats partout, surtout à Paris. Alors ça n’a pas du tout pesé dans notre décision", dit-elle, en se prenant en ie devant la Mosquée bleue. Léonard, lui, est venu rendre visite à son frère, Valentin, étudiant Erasmus dans la ville. "Avant de venir, on a une petite crainte, et une fois sur place, on se rend compte que la vie quotidienne est bien différente". Sauf quand elle est rattrapée par l'horreur du terrorisme.

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