A Jérusalem, "une roquette est tombée à 50 mètres du lieu d'un mariage"

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REPORTAGE - Alors que la situation ne cesse de se tendre en Israël, notre journaliste sur place raconte un pays sur le pied-de-guerre, où les abris antiaériens sont rouverts et où l'on craint qu'un nouveau conflit ouvert n'éclate à tout moment avec les territoires palestiniens.

Jérusalem, mercredi soir. Il est dix-huit heures et dans la vieille ville, commerçants juifs et arabes ferment leurs échoppes. Dans les rues, les ventes de dernière minute se font sur les pavés, dans une ambiance bon enfant. Sur l'esplanade des mosquées, des dizaines de policiers israéliens, armés jusqu'aux dents, veillent. "Un service de sécurité normal", nous assure-t-on, tout sourire. Pourtant, depuis 48 heures, la ville Sainte est en alerte. Pour la première fois, en effet, Jérusalem a été attaquée. Pour la première fois aussi, la vieille, le son des sirènes y a retenti. Comme à Tel-Aviv, tous les abris antiaériens ont été ouverts. Et à peine arrivés sur le sol israélien, les étrangers se voient répéter les consignes que les Israéliens connaissent par cœur : "En cas d'alarme, vous avez une minute trente. Courez. N'emportez rien. Éloignez-vous des vitres et trouvez l'abri le plus proche." Une minute trente, c'est la durée maximum que met un missile à toucher sa cible une fois tiré.

La situation est inédite : jamais, jusqu'à présent, les roquettes lancées depuis Gaza n'étaient allées si loin. Parmi les 130 roquettes tirées ce soir-là, l'une est tombée sur Hadera, à 100 kilomètres du territoire palestinien. Mercredi matin, de nouveaux missiles ont été interceptés au-dessus de Tel Aviv. Le Dôme de fer, ce système de défense mobile aérien qui intercepte missiles et roquettes, fonctionne bien. Mais il n'est pas infaillible, et l'inquiétude subsiste. "Une roquette est tombée à 50 mètres d'une salle où se tenait un mariage", nous assure Gil, qui travaille comme guide à Jérusalem. "Pour la première fois, les trois quarts de la population d’Israël se trouvent désormais à portée de tir. C'est totalement nouveau pour eux", complète Denis Charbit, professeur de Sciences politiques à l'université ouverte d'Israël.

"Si un missile tombe sur la ville, tout va basculer"

En quelques jours, tout a basculé. Il semble déjà loin le 30 juin, ce jour où trois adolescents israéliens ont été retrouvés morts , et le lendemain quand c'est un jeune Palestinien qui a été assassiné . En moins d'une semaine, la tension a viré au conflit armé. Et la menace d'une nouvelle guerre à Gaza n'est plus une simple hypothèse. La position du Premier ministre Benjamin Netanyahou a elle aussi changé : il n'est plus question d'inciter le Hamas à cesser les hostilités, ni de "garder la tête froide". La réaction de l'Etat hébreu est sévère : depuis le lancement, lundi à minuit, d'une offensive aérienne, 43 Palestiniens ont déjà été tués dans les raids israéliens.

"Cette opération va servir de test, analyse Denis Charbit. La dernière guerre de Gaza, en 2009, avait provoqué un tollé : près de 1000 civils palestiniens avaient trouvé la mort. Le gouvernement va donc faire très attention et prolonger au maximum cette phase de dissuasion." Mais même pour ce spécialiste du conflit israélo-arabe, l’avenir est incertain : "L'opération peut durer 48 heures, comme dégénérer à tout moment. Si un missile tombe sur la ville et tue des civils, tout va basculer." En attendant, la vie suit son cours. Dans les rues de Jérusalem, chacun vaque à ses occupations. "Ne pas laisser la peur prendre le dessus : c'est notre ligne, affirme Gil, le guide. Sinon, le combat est perdu." Dans les esprits, pourtant, la guerre est presque là. Le fils de Gil, étudiant dans une école d'ingénieur, vient d'être rappelé par l'armée. Comme 40.000 autres réservistes.

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