A LA DÉCOUVERTE DU SVALBARD (4/4) - Dans les coulisses d'une croisière polaire

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DERRIÈRE LE RIDEAU - LCI s'est mêlée aux touristes d'une croisière polaire dans l'archipel du Svalbard, au cœur de l'océan Arctique. L'occasion aussi de s'intéresser, dans cet épisode, au personnel du bateau souvent venu de très loin pour espérer gagner un peu mieux leur vie.

Dans la brume, le navire se fraye un chemin à travers les fragments de banquise. La visibilité est quasiment nulle et la température avoisine les 5 degrés, en plein mois de juillet. Seul le bruit des vagues et du craquement de la glace se fait entendre au dehors. L'ambiance dans la cabine du capitaine est en revanche toute autre. Dans l'habitacle chauffé, samba et bachata rythment les heures de travail d'Alcibiades Barrios.


Ce Panaméen spécialiste de la navigation polaire travaille depuis 2008 sur l'Ocean Nova, un bateau qui transporte des croisiéristes aussi bien en Arctique qu'en Antarctique. Un métier qui l'emmène bien loin de chez lui. Tout comme bon nombre de ses collègues, il a fait le choix de quitter son pays et sa famille pour mieux gagner sa vie. Car sur les croisières polaires plus qu'ailleurs, la rémunération est très intéressante. Lui gagne par exemple 11.000 euros par mois. Soit environ le double du salaire d'un capitaine "ordinaire".

Un emploi nommé Passion

Si l'aspect pécuniaire était bien la motivation première d'Alcibiades Barrios lorsqu'il a débuté ce métier, la passion l'a vite rattrapé. "Je me suis toujours dit en pensant à l'avenir : "Encore un an, encore un an... Et depuis 2001, cette année ne s'est jamais terminée. J'imagine que c'est une sorte d'addiction", nous raconte-t-il. Et cela a sans aucun doute quelque chose à voir avec l'adrénaline que procure la navigation en milieu polaire. "Sur les autres bateaux, on va d'un point A à un point B. Alors qu'ici vous devez faire attention à tout : les conditions climatiques, l'état de la glace... Tout. Ça vous fait vous sentir vivant".


L'addiction a aussi touchée René Kipshoven, le manager de l'hôtellerie sur le bateau. Ce Norvégien y travaille depuis maintenant 17 ans. Il avait pourtant débuté sa carrière dans un café, en ville. C'est suite à son licenciement qu'il a choisi d'embarquer sur un navire. "Je ne voulais pas déménager pour travailler ailleurs, alors je me suis demandé ce que je pouvais faire et je me suis dit : "Tiens, je pourrais peut-être naviguer. J'ai donc postulé à un boulot, je l'ai eu et je n'ai depuis jamais arrêté de naviguer !" A bord, il gère la coordination entre les équipes du ménage, des cuisines, du service en salle... Il doit également s'assurer de l'approvisionnement du bateau avant chaque départ. Et il s'agit de ne pas oublier quelque chose. "Un jour, nous avons fait un point avec un bateau qui n'avait plus de papier toilette. Il leur restait encore dix jours de voyage. Heureusement, nous en avions plein et avons pu les dépanner. Ils étaient très, très, heureux de nous voir !", se souvient-il en riant.

Une famille loin des leurs

Celui qui vient d'adopter un petit garçon vit, comme le capitaine, très loin de sa femme, une Philippine qu'il a rencontré à bord de l'Ocean Nova. Il la retrouve chaque fois après quatre mois de mission, qui lui donnent droit à huit mois de vacances. Et quand le moral flanche, René Kipshoven a sa petite technique : "Quand tu en as marre, que tu as envie de rentrer chez toi, que ça fait trois, quatre mois que tu es parti, tu regardes juste par la fenêtre : des baleines sont en train de nager, il y a des ours polaires... Et tout va mieux".


Daisy Academia, l'une de ses seize employées, compte aussi les jours pour retrouver sa famille. Cette serveuse philippine vit avec son mari, lui aussi serveur, à bord de l'Ocean Nova. Ils ont ensemble un fils, qui vit chez sa mère aux Philippines. "C'est une longue période passée loin de la maison. Mais maintenant ça va, avec les technologies, on a moins le mal du pays. On peut chatter et parler à nos familles", dit-elle. La beauté des paysages traversés, ainsi que l'ambiance familiale du bateau l'aide aussi à passer ces moments difficiles. "Au lieu de former une équipe de travail, j'ai le sentiment que nous formons une famille. Et je pense que tous les membres d'équipage ont la même impression", conclut le capitaine. Si chacun est arrivé sur l'Ocean Nova avec ses propres raisons et sa propre histoire, tous, qu'ils soient Uruguayens, Panaméens, Russes ou encore Philippins, ont finalement trouvé une raison d'y rester.

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