"Esplanade des Mosquées" : un symbole au cœur du conflit

"Esplanade des Mosquées" : un symbole au cœur du conflit

SYMBOLE - La vieille ville de Jérusalem concentre les origines et les symboles des trois grandes religions monothéistes. Parmi ceux-ci, "l'Esplanade des Mosquées", ou "Mont du Temple", cristallise depuis 1967 les tensions entre Israéliens et Palestiniens.

C'est un des lieux les plus surveillés au monde. L'Esplanade des Mosquées surplombe le mur des Lamentations, dans l'exiguïté de la vieille ville de Jérusalem, où se concentrent géographiquement les symboles des trois grandes religions monothéistes. Après des violences qui ont fait près de 500 blessés sur ce site lundi 10 mai, l'affrontement israélo-palestinien pourrait prendre une dimension beaucoup plus large, selon un scénario qui s'est répété plusieurs fois dans l'Histoire récente.

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On peut s'y perdre. Pour les Palestiniens, c'est "Haram Al-Sharif" (le Noble Sanctuaire, troisième lieu saint de l'islam, NDLR). Pour les Israéliens, c'est une partie du "Mont du Temple", soit le site de l'antique temple de Jérusalem - le plus sacré des lieux saints du judaïsme. Mais il semble que seule la presse française ait retenu l'expression "Esplanade des Mosquées", qui ajoute encore un peu de confusion topographique à une situation déjà complexe. 

Un statu quo fragile depuis 1967

L'accès à l'esplanade est régi par un statu quo affirmé par le général israélien Moshe Dayan en 1967 lors de la prise de Jérusalem, interdisant aux Juifs de venir prier sur le mont du Temple. Son administration est depuis lors confiée au Waqf, une fondation religieuse islamique contrôlée par la Jordanie. On peut visiter l'Esplanade des Mosquées, mais le seul culte qui y est permis est musulman. C'est aussi depuis lors ici que se cristallise souvent la question du statut de Jérusalem, revendiquée comme capitale par les Israéliens comme par les Palestiniens.

Au fil de l'Histoire, presque tous les occupants successifs de Jérusalem ont voulu imposer sur le site du Temple le culte de leur propre religion. Dédié à Jupiter par les Romains, transformé en mosquée sous le califat arabe, ou remplacé par un temple chrétien par les Croisés.

À l'ère moderne, le statu quo fragile que nous observons aujourd'hui remonte à 1967. En 1990, une émeute palestinienne se déclenche alors qu'une organisation religieuse juive d'extrême-droite envisage de construire le mythique "troisième temple", qui raserait de facto la mosquée Al-Qods. Vingt-deux Palestiniens sont tués dans la répression qui s'ensuit.

2000 : La provocation d'Ariel Sharon, et la seconde Intifada

Mais c'est en 2000 que l'Esplanade des Mosquées sera le point de départ d'un mouvement de grande ampleur. Le 28 septembre, Ariel Sharon, alors simple député nationaliste du Likoud, effectue une visite sur le site qui sera l'étincelle. L'émeute déclenchée le jour même dans Jérusalem sera le premier acte de ce qu'on appellera bientôt "la seconde Intifada", un soulèvement généralisé des Palestiniens. 

2014 : Nouvelles tensions

Si une guerre larvée autour du site se poursuit toute la décennie, notamment sous la forme de querelles archéologiques, c'est en 2014 que l'Esplanade des Mosquées revient au cœur de l'actualité. La tentative d'assassinat d'un activiste religieux juif, lui aussi partisan de la construction d'un troisième temple, entraîne la fermeture du site par les autorités israéliennes, la première depuis la visite de Sharon en 2000. Si l'accès à la mosquée est rapidement rétabli, mais limité, les heurts s'accumulent et le président palestinien tient la décision pour une "déclaration de guerre". Benyamin Netanyahou réaffirmera rapidement le statu quo, coupant court à un nouvel embrasement, quelques mois seulement après une guerre sur Gaza meurtrière.

Plus récemment, en août 2019, les tensions sont à nouveau avivées. Le télescopage de fêtes religieuses juive et musulmane entraîne une limitation de l'accès aux fidèles musulmans, génère de nouveaux heurts. 

Des précédents qui alertent

Cette année, les heurts violents sur ce site hautement symbolique avaient débuté lors de la grande prière du vendredi 7 mai, mais ont culminé lundi pour faire plus de 500 blessés, alors que la manifestation coïncidait avec la "Journée de Jérusalem", commémoration de la prise de Jérusalem-Est en 1967. La vague de protestations provenait cette fois d'un autre quartier de Jérusalem, celui de Cheikh Jarrah, d'où des familles palestiniennes sont expulsées au profit de colons juifs.

Symbole à la fois territorial et confessionnel, l'Esplanade des Mosquées a été dans le passé la matrice d'affrontements de beaucoup plus grande importance. Les tirs de roquettes venus de Gaza à la suite des évènements, et les représailles israéliennes, ne peuvent qu'inquiéter les observateurs instruits de ces précédents.

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