Que sont ces "coronabonds" qui font achopper le plan de sauvetage Covid des Etats européens ?

La Banque centrale européenne à Francfort, Allemagne
International

CORONABONDS - Les ministres européens des Finances ne sont pas parvenus à s'entendre après une nuit entière de discussions, sur une réponse économique commune face au coronavirus. Les pays du Nord restent opposés à ceux du Sud, qui réclament un mécanisme européen de soutien exceptionnel pour faire face à la crise : les coronabonds.

Si l'Union européenne a montré ses limites pour lutter contre la propagation de l'épidémie du Covid-19 en raison d'une absence de compétence communautaire sur le terrain sanitaire, elle ne brille pas davantage sur la question économique et financière, pourtant socle de sa création. 

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Après d’âpres tractations la nuit dernière, les membres de la zone euro n'ont pas réussi à s'accorder sur la mise en place d'un plan économique commun pour se relever de la crise due au coronavirus. Après les dernières discussions entre les ministres de Finances, un plan en trois points est désormais sur la table. Jusqu'à 240 milliards d'euros de prêts du fonds de secours de la zone euro. La mise en place d'un fonds de garantie pour les entreprises. L'établissement d'un soutien au chômage partiel à l'échelle européenne. 

Un ensemble jugé insuffisant pour les pays les plus touchés par l'épidémie, comme l'Italie qui, milite activement pour la mise en place d'un instrument de dette commune surnommé les "coronabonds". Explications. 

Solidarité européenne grâce aux "coronabonds"

Les coronabonds sont la contraction des mots coronavirus et eurobonds, le mot anglais pour euro-obligations. Les euro-obligations sont des emprunts émis en commun par les pays de la zone euro sur les marchés financiers. Concrètement, les eurobonds consistent à mutualiser, à l’échelle européenne, la dette des pays de la zone euro. Les pays émettent ensemble des obligations sur les marchés financiers. Ceux qui versent habituellement les taux d'intérêt les plus élevés peuvent ainsi bénéficier des taux plus bas des pays plus solides. 

Les coronabonds sont vues comme une"réponse sérieuse et adaptée" par le président du Conseil italien Giuseppe Conte, pour qui seul un plan de sauvetage à l'échelle européenne serait efficace face à la crise économique qui s'annonce. L'idée italienne est soutenue par la France et l'Espagne, alliées de poids, mais aussi par la Grèce, Malte, le Luxembourg ou encore l'Irlande. 

Bruno Le Maire table sur un compromis en proposant un "fonds de relance" capable d'émettre de la dette commune aux Etats membres, mais limité aux services publics essentiels, comme la santé, ou aux filières menacées.

Allemagne et les Pays-Bas disent non

L'Allemagne et les Pays-Bas - deux nations se prétendant fourmis plutôt que cigales - ne voient dans ces mécanismes financiers que des dépenses supplémentaires. La ligne rouge reste, sans surprise, toute idée d'une mutualisation des dettes publiques ou la mise en place d'un emprunt commun. Une fin de non-recevoir également soutenue par le Danemark, l'Autriche, la Suède et les trois Pays baltes. 

Berlin privilégie les instruments déjà existants pour contrer le choc économique, comme le Mécanisme européen de stabilité (MES) créé en 2012 lors de la crise de la dette de la zone euro. Le MES peut théoriquement octroyer des prêts à un Etat en difficulté allant jusqu'à 2% de son PIB. Mais cela ne se fait pas sans contrepartie, la délivrance de l'aide est subordonnée à des contreparties qui peuvent prendre la forme, notamment, d'un programme d'ajustement macroéconomique. L’Etat emprunteur doit donc appliquer des réformes prédéfinies et déterminées par les Etats membres du MES. Or, l'Allemagne - comme la France et l'Italie - dispose d'un droit de veto. Berlin peut donc choisir de tout bloquer. 

Mais la position de l'Allemagne semble vaciller. Bien que le conseil économique de la CDU, le parti de la Chancelière Angela Merkel, se soit opposé au coronabonds, plusieurs pontes du parti majoritaire ont pris publiquement position pour leur mise en place.  Rejoignant ainsi la toute récente deuxième force politique du pays, Les Verts, dont l'europhilie les pousse à soutenir ces politiques budgétaires communes.

L'Eurogroupe dans l'impasse

Mais en attendant, les négociations bloquent. Sur son compte Twitter, le Portugais Mário Centeno, président de l'Eurogroupe, partage son dépit. "Après 16 heures de discussions, nous sommes proches d'un accord mais nous n'y sommes pas encore." Il annonce la suspension des discussions au sein de l'Eurogroupe. 

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Optimiste, Mário Centeno maintient les mêmes objectifs ambitieux de solidarité. Il souhaite la mise en place d' "un filet de sécurité européen solide contre les retombées de Covid-19 (pour protéger les travailleurs, les entreprises et les pays) et s'engager dans un plan de relance important." 

La prochaine réunion en ligne - confinement oblige - des ministres des Finances de l'Eurogroupe aura lieu le jeudi 9 avril. Si un accord est finalement trouvé, il devra toutefois être approuvé par les chefs d'Etat et de gouvernement. 

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