Abubakar Shekau, "l'impitoyable" chef de Boko Haram

Abubakar Shekau, "l'impitoyable" chef de Boko Haram

DirectLCI
PORTRAIT - Le leader du groupe Boko Haram, qui a revendiqué l'enlèvement de plus de 200 lycéennes au Nigeria, cultive un extrémisme qui a fait fuir ses anciens alliés islamistes.

Depuis un an, sa tête est mise à prix pour 7 millions de dollars par les Américains. Mais il aura fallu attendre le rapt de quelque 200 lycéennes mi-avril pour que le visage d'Abubakar Muhammad Shekau devienne le symbole de la folie meurtrière instaurée par Boko Haram au Nigeria. En particulier dans le nord-est du pays, où son mouvement aurait fait 3.500 morts depuis sa création en 2002.

Le fruit d'une lente dérive meurtrière, comme nous l'explique Philippe Hugon, directeur de recherche à l'IRIS. "Au départ, Boko Haram était une secte religieuse. Elle est devenue un groupe terroriste car les autorités nigérianes n'ont pas su l'appréhender, privilégiant la répression à la négociation. Des connexions se sont ensuite formées dans la région avec les autres groupes jihadistes, tel que Aqmi ou Ansar Dine."

Une spirale sanglante

Suite à l'exécution de son fondateur par la police nigériane en 2009, Abubakar Shekau prend la tête du mouvement. L'ancien numéro deux du groupe dont le nom signifie "l'éducation occidentale est un péché" instaure la terreur dans la région. "Avec Shekau aux commandes, Boko Haram est devenu beaucoup plus impitoyable, plus violent et plus destructeur", note l'International Crisis Group (ICG) dans un récent rapport. Ansaru, un groupe islamiste qui a enlevé des d'étrangers et diffusé des vidéos de leur exécution sur Internet, a même décidé de "prendre ses distances avec Boko Haram parce qu'il désapprouve les massacres à l'aveugle et le manque de tact de Shekau", selon l'ICG.

Avec l'attentat contre le siège des Nations unies à Abuja, en août 2011, qui a fait 23 morts, Boko Haram a en effet passé la vitesse supérieure. Les islamistes prennent pour cible des églises au même titre que des mosquées. Mais aussi des écoles, des universités et des dortoirs, massacrant des étudiants dans leur sommeil. Une spirale sanglante orchestrée par l'énigmatique Shekau.

Déjà donné deux fois pour mort, ce colosse s'amuse à réapparaître dans des vidéos où il vocifère contre le gouvernement nigérian . A d'autres moments, il paraît totalement déconnecté de l'actualité, menaçant des dirigeants mondiaux déjà morts, tels que l'ancien pape Jean-Paul II... "Les chances de libération des lycéennes sont accrues grâce à la mobilisation internationale , relève Philippe Hugon. Mais cela devrait lui permettre de faire monter les enchères, tel que la libération de prisonniers de Boko Haram."

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter