Accident ou attentat ? Six ans après le crash de Smolensk, la Pologne rouvre l’enquête

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DOUTES - Les corps de l'ancien président polonais et de sa femme ont été exhumés ce lundi. Les enqêteurs espèrent trouver de nouveaux indices sur le crash aérien qui avait causé leur mort en 2010, avec 95 autres personnes issues des plus hautes directions du pays.

Simple accident ou attentat savamment fomenté ? Plus de six ans après la catastrophe de Smolensk, dans laquelle avait notamment péri le président Kaczynski, la Pologne continue de s’interroger sur les causes du drame. La justice polonaise a en effet entamé lundi l'exhumation des victimes de ce crash survenu le 10 avril 2010 dans l’ouest de la Russie, en commençant par l'ancien chef de l'Etat et son épouse, elle aussi décédée. Au total, 83 corps devraient être réexaminés pendant environ un an. 


L'objectif prioritaire – mais non-officiel – des autorités judiciaires semble être de chercher sur les corps des traces d'explosifs ou de brûlures. La première enquête officielle réalisée par l'ancien gouvernement libéral avait conclu que l'accident était dû à des erreurs humaines et à de mauvaises conditions météo. Mais le parti Droit et Justice (PiS), conservateur et eurosceptique, de Jaroslaw Kaczynski, frère jumeau du défunt dirigeant, pense qu'une déflagration est survenue à bord de l'appareil avant qu'il ne s'écrase.

Dans le viseur polonais, la Russie crie au conspirationnisme

Officiellement, le parquet indique que le but de ces exhumations consiste à vérifier l'identité des victimes – quelques autopsies effectuées en Pologne après la catastrophe ont révélé plusieurs erreurs à ce niveau – et à préciser les causes de leur décès. Une décision qui soulève l'opposition de certains de leurs proches. La démarche est également justifiée, selon les procureurs, par la faiblesse des informations fournie jusqu’à présent par la Russie.


Moscou a en effet toujours refusé de remettre à la Pologne l'épave de l'avion et les boîtes noires originales, engendrant ainsi une certaine suspicion du côté polonais. Mais alors que rien n'est pour l'instant venu remettre sérieusement en cause la thèse de l'accident, cette réouverture d’enquête est vue par la Russie comme une forme de conspirationnisme à son égard. "Les théories du complot foisonnent à Varsovie", pointe par exemple le site d’information RT, réputé proche du Kremlin. 

Une sorte de chasse aux indices pour prouver la théorie absurde de l'attentat contre le président Lech KaczynskiPawel Deresz, journaliste qui a perdu son épouse dans la catastrophe

Un avis partagé par le journaliste Pawel Deresz, qui a perdu à Smolensk son épouse, la députée Jolanta Szymanek-Deresz. Il estime que ces exhumations ne sont rien d’autre qu’"une sorte de chasse aux indices pour prouver la théorie absurde de l'attentat contre le président Lech Kaczynski". Comme lui, beaucoup de familles ont montré leur scepticisme voire leur opposition au déterrement des victimes.  


Pour Anna Materska-Sosnowska, politologue à l'université de Varsovie, ces exhumations sont un moyen de donner du grain à moudre au PiS, qui a promis à ses électeurs de tout faire pour que les causes de la catastrophe soient révélées. Et de mener un combat politique intérieur ? Outre Moscou, le PiS soupçonne en effet également l'ancien Premier ministre libéral Donald Tusk, adversaire politique de des Kaczynski et actuel président du Conseil de l’Europe, d'avoir voulu cacher la vérité sur ce qui s'est passé le 10 avril 2010. Alors, simple accident ou attentat savamment fomenté ? Seule l’enquête permettra de le dire. 

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