Accusations mutuelles de "jeu dangereux" : pourquoi la France et la Turquie s'écharpent sur le dossier libyen

Un homme agitant un drapeau dans la ville de Tripoli, contrôlée par le GNA
International

DÉCRYPTAGE - Depuis quelques jours, la tension entre Paris et Ankara ne cesse de monter, sur fond d'oppositions sur la question du conflit qui ravage la Libye. LCI fait le point sur la situation.

"Je considère aujourd’hui que la Turquie joue en Libye un jeu dangereux et contrevient à tous ses engagements pris lors de la conférence de Berlin". Emmanuel Macron a fustigé lundi 22 juin la position de la Turquie dans la gestion de la guerre civile en Libye. 

Mais sa formule a été reprise et renvoyée à son expéditeur ce mardi matin par le le porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères, Hami Aksoy : "Par le soutien qu'elle apporte depuis des années aux acteurs illégitimes, la France a une part de responsabilité importante dans la descente de la Libye dans le chaos. De ce point de vue, c'est en réalité la France qui joue à un jeu dangereux". Une passe d'armes verbale qui illustre la tension croissante qui s'est installée entre les deux pays depuis quelques jours. 

Une enquête ouverte sur un incident naval

Depuis la chute en octobre 2011 du régime de Khadafi, par la mort du dictateur, la Libye a sombré dans le chaos de la guerre civile. Aujourd'hui, deux camps s'y opposent. D'un côté, le gouvernement d'union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj. Reconnu par l'ONU, il est activement soutenu par la Turquie. En face, l'autoproclamée Armée nationale libyenne (ANL). Née de la fusion de plusieurs tribus et groupes militaires, elle est dirigée par le maréchal Khalifa Haftar, proche de l'Egypte et des Emirats Arabes Unis. Dernièrement, le rapport de force a basculé en faveur du GNA, qui vise désormais la conquête de la ville de Syrte, bastion stratégique situé à mi-chemin entre Tripoli et Benghazi.   

Le début de la montée des "hostilités" diplomatiques entre la France et la Turquie date d'un incident naval qui s'est déroulé mercredi 10 juin. Un embargo international empêche en principe la livraison d'armes en Libye. Dans le cadre d'une mission de l'Otan et de la vérification de cet embargo en mer Méditerranée, une frégate française interroge alors à plusieurs reprises l'équipage d'un navire marchand turc suspecté de transporter des armes.  Vers 17h, une frégate turque s'interpose et se montre selon les dires de Paris "extrêmement agressive". D'après le gouvernement français, elle aurait illuminé le bâtiment français avec son radar de conduite de tir, et ce à plusieurs reprises. Il s'agit d'une manœuvre particulièrement hostile puisque c'est celle qui précède un tir. Les autorités turques ont de leur côté nié cette version des faits, parlant d'une simple "désignation". Jeudi dernier, l'Otan a annoncé l'ouverture d'une enquête pour faire la lumière sur les faits. 

Une possible intervention égyptienne

La tension n'a cessé de monter depuis cet incident. La France dénonce le soutien militaire qu'apporte la Turquie au GNA et l'accuse de saboter toute tentative de résolution pacifique de la situation. Parallèlement, la Turquie fustige l'aide supposée de la France à l'ALN, bien que Paris s'en soit toujours défendu. Le ministère turc des Affaires étrangères n'a pas mâché ses mots : "Si M. Macron faisait marcher sa mémoire et déployait son bon sens, il se souviendrait que les difficultés que traverse la Libye actuellement sont dues aux attaques du putschiste Haftar qu'il soutient". 

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Dernier développement en date, l'Egypte a menacé ce week-end d'une intervention militaire directe sur le territoire libyen si l'armée du gouvernement d'union nationale venait à avancer trop loin vers Syrte. Une menace qualifiée de "déclaration de guerre" par le GNA, qui parle d'une ingérence "inacceptable".

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